L'incroyable destin du diamant bleu de la Couronne de France

Le plus grand diamant bleu du monde a été volé pour la première fois en 1792 dans le tumulte du Paris révolutionnaire. Introuvable pendant des siècles, il a été retrouvé deux siècles plus tard.

Publication 17 avr. 2021, 11:00 CEST
Le diamant Hope, actuellement exposé au musée national d'histoire naturelle des États-Unis à Washington, est une ...

Le diamant Hope, actuellement exposé au musée national d'histoire naturelle des États-Unis à Washington, est une retaille du Bleu de France.

Photographie de GRANGER/ALBUM

Connu par les gemmologues sous la simple appellation du « Bleu », le plus grand diamant bleu du monde s'est volatilisé pour la première fois en 1792 lors d'un cambriolage dans le tumulte du Paris révolutionnaire. Depuis, il a refait surface et disparu à plusieurs reprises en Europe et de l'autre côté de l'Atlantique. La chasse au trésor a pris fin plus de deux siècles plus tard grâce au travail d'historiens et de joailliers.

Habituellement, les diamants sont prisés pour leur absence de couleur, mais cette pierre remarquable se distinguait par sa nuance d'un bleu profond. Découverte en Inde et rapportée en France au 17e siècle, la pierre pesait 115 carats, un poids lourd rarissime dans le monde de la gemmologie.

Le diamant retient l'attention du roi Louis XIV qui en fait l'acquisition en 1668 auprès de Jean-Baptiste Tavernier. Afin d'en faire un symbole digne du Roi Soleil, il ordonne que le diamant soit taillé, réduisant son poids à 69 carats tout en lui redonnant de l'éclat. Le roi le fait ensuite monter sur une broche en or qui inonde la pierre de ses reflets aux couleurs du soleil. Vers 1749, son arrière-petit-fils Louis XV demande à ce que le Bleu de France soit incrusté sur le riche insigne de l'Ordre de la Toison d'or, un ordre de chevalerie.

 

BANDITISME ET CORRUPTION 

Quarante ans plus tard, dans le sillage de la Révolution, le roi Louis XVI et Marie-Antoinette sont arrêtés alors qu'ils essaient de fuir le pays. Les monarques emprisonnés, le destin des joyaux de la Couronne de France tombe alors entre les mains du gouvernement naissant. À la mi-septembre 1792, alors qu'une vague d'émeutes s'empare de Paris, l'hôtel du Garde-Meuble est mis à sac et les voleurs emportent la plupart des joyaux de la Couronne en l'espace de cinq nuits.

Figurant parmi les rares diamants parfaits découverts à ce jour, le Régent a été ajouté à la collection des joyaux de la Couronne de France en 1717 par le duc d'Orléans, alors régent de France pour Louis XV. Il fait partie des trésors dérobés en 1792, mais il a été retrouvé un an plus tard. Après la Révolution, Napoléon Bonaparte a fait monter le Régent sur la garde de son épée. Il est aujourd'hui exposé au Musée du Louvre à Paris.

Photographie de STÉPHANE MARÉCHELLE/RMN

L'un des voleurs, un certain Cadet Guillot Lordonner, a quitté Paris avec l'insigne de la Toison d'or. Il en a retiré le diamant bleu ainsi que le spinelle dit Côte-de-Bretagne, une pierre précieuse rouge taillée en forme de dragon. Une fois arrivé à Londres, il a tenté en vain de revendre le Côte-de-Bretagne aux monarchistes français en exil, ce qui l'a mené tout droit en prison pour dettes. Le Côte-de-Bretagne a donc rejoint les joyaux de la Couronne avec une bonne partie du butin dérobé, mais le diamant bleu, lui, avait disparu. (À lire : Qui était vraiment l'homme au masque de fer ?)

Certains spécialistes pensent que le diamant bleu de la Couronne n'est jamais arrivé à Londres avec Lordonner. Ils penchent plutôt pour un scénario à l'intrigue toute politique. D'après leur théorie, les armées révolutionnaires avaient désespérément besoin d'une victoire à l'époque où l'Autriche et la Prusse menaçaient d'envahir la France, vers 1792. L'une de ces tentatives a été repoussée par les Français à Valmy et les troupes emmenées par le Prussien Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel ont dû battre en retraite par-delà le Rhin, le 20 septembre. Il n'en fallait pas plus pour redonner de l'élan à la Révolution et de la ferveur à ses partisans.

La lumière du soleil illumine la galerie d'Apollon au Musée du Louvre de Paris, où sont exposés les joyaux, les couronnes et les diadèmes de la royauté française.

Photographie de SYLVAIN SONNET/ALAMY/ACI

Les sceptiques s'interrogent sur la façon dont un général prussien expérimenté à la tête d'une armée aussi bien équipée a pu être mis en déroute avec une telle rapidité. Ils émettent l'hypothèse que les chefs de la révolution auraient orchestré le vol des joyaux plus tôt dans le mois afin de soudoyer le duc de Brunswick. Ils lui auraient alors cédé le diamant bleu de la Couronne contre leur victoire à la bataille de Valmy. Ces théoriciens soupçonnent que le duc de Brunswick aurait ensuite fait parvenir le diamant à sa fille, la princesse Caroline, à Londres en 1805.

 

NOUVELLE IDENTITÉ 

En 1812, un diamant bleu plus petit que le célèbre joyau français est passé entre les mains d'un marchand londonien du nom de Daniel Eliason. Les circonstances de cette acquisition restent entourées de mystère, tout comme l'identité du propriétaire suivant. Ce que l'on sait en revanche, c'est que la pierre a été présentée par Eliason au joaillier Jean Francillon, celui-ci en a réalisé un dessin et l'a décrite comme étant un diamant de 45,52 carats d'un « bleu profond », « sans taches ni défauts. » Les historiens pensent que ce n'est pas une coïncidence si le diamant est réapparu deux jours après le début de la prescription légale des crimes commis pendant la Révolution, ce qui a peut-être encouragé son propriétaire à le revendre.

Evalyn Walsh McLean, une héritière américaine, portant le diamant Hope, vers 1920. Après avoir acheté le diamant en 1912, McLean l'a porté fréquemment lors de soirées mondaines.

Photographie de GRANGER/ALBUM

De qualité égale mais plus petit que le diamant bleu de la Couronne, ce « nouveau » diamant bleu a disparu à son tour jusqu'en 1839, lorsque des registres attestent de sa présence au sein de la collection du banquier Henry Philip Hope, dont le nom allait ensuite être donné à la pierre précieuse. La famille Hope a revendu le diamant en 1901, après quoi il est allé étoffer la collection de la riche héritière américaine Evalyn Walsh McLean, en 1912. À la mort de l'héritière en 1947, le joaillier Harry Winston s'est porté acquéreur du diamant avant d'en faire don au musée national d'histoire naturelle des États-Unis en 1958.

Les universitaires suspectaient depuis fort longtemps que le diamant Hope et le Bleu de France n'étaient qu'une seule et même gemme, mais ce n'est qu'en 2005, soit 213 ans après son vol, qu'ils ont été en mesure de le démontrer. Jeffrey Post, le conservateur de la collection de gemmes du musée d'histoire naturelle des États-Unis, et d'autres experts ont eu recours à une modélisation informatique basée sur des témoignages du 17e siècle, des illustrations détaillées du diamant bleu et des scans du diamant Hope. Leur étude a permis de conclure que la pierre Hope était bel et bien le diamant indien original, taillé à deux reprises.

La Toison d'or de la parure de couleur de Louis XV était l'une des pièces de joaillerie les plus prestigieuses jamais réalisées. Ci-dessus, une réplique créée en 2010 sur la base d'une illustration donne une idée de sa splendeur. Composée de pierres précieuses célèbres comme le diamant bleu de la Couronne et le Côte-de-Bretagne, la parure fut volée en 1792 avant d'être démantelée. Même si la plupart de ses composants ont disparu, ce n'est pas le cas de tous : le Côte-de-Bretagne a été retrouvé, il a rejoint la collection du Louvre, et le diamant bleu porte est aujourd'hui connu sous le nom de Hope Diamond.

Photographie de MANUEL COHEN/AURIMAGES

En 2007, un modèle en plomb de diamant en forme de bouclier a été découvert au muséum national d'histoire naturelle de Paris et identifié comme étant le modèle du diamant bleu de la Couronne de France. L'un des professeurs du musée, François Farges, écrit que l'étiquette associée à ce plomb apporte la preuve du destin de ce joyau royal. Elle porte la mention « Mr Hoppe de Londres », ce qui suggère que Henry Philip Hope aurait acquis le diamant bleu avant qu'il ne soit taillé pour créer la gemme plus petite.

Le modèle a permis de mesurer les dimensions exactes du joyau perdu et donc d'améliorer la précision des reconstitutions par ordinateur. Grâce à ces informations et aux données des précédentes études, les scientifiques ont pu résoudre le mystère et confirmer que le diamant Hope était autrefois le diamant bleu de la Couronne de France.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite

Découvrez National Geographic

  • Animaux
  • Environnement
  • Histoire
  • Sciences
  • Voyage & Adventure
  • Photographie
  • Espace
  • Vidéos

À propos de National Geographic

S'Abonner

  • Magazines
  • Newsletter
  • Livres
  • Disney+

Nous suivre

Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2017 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.