Découverte d'un géant du Crétacé en Thaïlande

Le Nagatitan chaiyaphumensis pourrait être le plus grand dinosaure découvert en Asie du Sud-Est. Selon les paléontologues, il pesait 30 tonnes et mesurait plus de 26 mètres de long.

De Riley Black
Publication 15 juin 2026, 09:08 CEST
La découverte récente du Nagatitan chaiyaphumensis, représenté sur cette illustration, en Thaïlande étaie l'hypothèse selon laquelle ...

La découverte récente du Nagatitan chaiyaphumensis, représenté sur cette illustration, en Thaïlande étaie l'hypothèse selon laquelle des habitats chauds, ouverts et relativement secs ont créé les conditions idéales pour l'évolution des sauropodes géants. 

PHOTOGRAPHIE DE DinoThaiThai

La découverte récente du Nagatitan chaiyaphumensis, représenté sur cette illustration, en Thaïlande étaie l'hypothèse selon laquelle des habitats chauds, ouverts et relativement secs ont créé les conditions idéales pour l'évolution des sauropodes géants. 

PHOTOGRAPHIE DE DinoThaiThai

Des titans dominaient autrefois la Thaïlande. 

Une équipe de chercheurs dirigée par Sita Manitkoon, explorateur National Geographic et paléontologue à l'université Mahasarakham en Thaïlande, a mis au jour un nouveau dinosaure au long cou dont ils estiment la longueur à plus de 26 mètres et le poids à près de 30 tonnes. 

« Les premières mesures des os mis au jour ont indiqué qu'il pourrait s'agir du plus grand dinosaure jamais découvert en Asie du Sud-Est », affirme Sita Manitkoon. 

Les ossements ont été découverts en 2016 par Thanom Luangnan, un habitant de la région, dans la province de Chaiyaphum, dans le nord-est de la Thaïlande. 

« Il a aperçu ce qu'il décrit comme des roches d'apparence étrange sur les rives d'un étang public », explique Sita Manitkoon. Thanom Luangnan a signalé sa découverte au département des ressources minérales thaïlandais. Il s'est avéré que ces roches étranges étaient en réalité des os de dinosaures et, lorsque Sita Manitkoon les a découverts, il a su que la créature avait forcément été gigantesque. 

Les chercheurs ont nommé cette nouvelle espèce Nagatitan chaiyaphumensis, en référence au lieu où elle a été découverte et au nāga, un serpent géant issu du folklore d'Asie du Sud-Est. Cette découverte, annoncée mi-mai dans la revue Scientific Reports, permet de mieux comprendre comment les changements climatiques et végétaux d'autrefois ont favorisé l'apparition de dinosaures géants. 

« Il s'agit du spécimen de sauropodes le plus complet découvert dans la formation Khok Kruat », explique Pedro Mocho, paléontologue à l'université de Lisbonne (ULisboa, qui n'a pas participé à l'étude. Selon lui, jusqu'à présent, on ne connaissait les gros dinosaures en Thaïlande que par des fragments de squelettes. Cette nouvelle découverte est nettement plus complète et révèle un dinosaure titanesque jamais observé auparavant dans le pays. 

 

DES SAUROPODES COLOSSAUX DU CRÉTACÉ

Le Nagatitan a laissé derrière lui quelques vertèbres, côtes, et os des hanches et des membres enfouis dans une roche vieille de 113 millions d'années. Son membre antérieur droit est plus long que celui d'autres sauropodes géants découverts récemment tels que le Patagotitan mayorum et le Dreadnoughtus schrani, bien que le dinosaure lui-même n'ait probablement pas été aussi grand que ces colosses dont le poids a respectivement été estimé à 60 et à 50 tonnes. 

Sita Manitkoon a supervisé la mise au jour du Nagatitan, le plus grand dinosaure jamais découvert ...

Sita Manitkoon a supervisé la mise au jour du Nagatitan, le plus grand dinosaure jamais découvert en Thaïlande. 

PHOTOGRAPHIE DE Tanintorn Ketburana

Sita Manitkoon a supervisé la mise au jour du Nagatitan, le plus grand dinosaure jamais découvert en Thaïlande. 

PHOTOGRAPHIE DE Tanintorn Ketburana

Les plus grands dinosaures de tous les temps n'étaient pas les plus proches parents les uns des autres. La taille des dinosaures sauropodes a évolué à plus de trente reprises en plus d'une centaine de millions d'années sur au moins six masses continentales. Le Nagatitan est devenu géant indépendamment des autres dinosaures gigantesques d'autres périodes et d'autres lieux, mais ses liens de parenté et son habitat suggèrent qu'il a vécu au début d'une période propice à l'apparition d'énormes dinosaures. 

Le Nagatitan appartenait à un groupe appelé Somphospondyli. Ces dinosaures avaient généralement des membres antérieurs plus longs que les autres sauropodes, ainsi qu'une posture large, explique Paul Upchurch, paléontologue à University College London (UCL) et coauteur de l'étude. Les autres différences auraient été difficiles à repérer sur un animal vivant mais ces indices subtils permettent d'identifier le Nagatitan comme appartenant à un groupe de dinosaures immenses qui s'est largement répandu il y a environ 110 ou 120 millions d'années, au cours du Crétacé inférieur. 

 

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COMMENT CES TITANS SE SONT-ILS DÉVELOPPÉS ?

Les conditions environnementales de la Thaïlande au Crétacé pourraient expliquer pourquoi le Nagatitan était si imposant. 

À l'époque où vivaient ces dinosaures, la Thaïlande était plus proche de l'équateur qu'elle ne l'est aujourd'hui. Des indices découverts dans la formation géologique où le Nagatitan a été enterré indiquent que la région était recouverte de zones arbustives relativement clairsemées et légèrement sèches. 

La Terre se trouvait alors dans un état de serre et une étude récente a suggéré que de grands dinosaures sauropodes auraient prospéré dans de telles conditions. Ces énormes herbivores pouvaient se déplacer facilement et efficacement à travers les zones boisées, broutant les arbres et grignotant les plantes telles que les prêles et les fougères au niveau du sol. Leur alimentation et le piétinement des sols contribuaient également à maintenir ces habitats plus ouverts et semblables à des savanes plutôt qu'à de denses forêts. 

Les fossiles ont été préparés et nettoyés à l'aide d'outils spéciaux dans le laboratoire du musée ...

Les fossiles ont été préparés et nettoyés à l'aide d'outils spéciaux dans le laboratoire du musée Sirindhorn, situé dans la province de Kalasin.

PHOTOGRAPHIE DE Tanintorn Ketburana
Deux habitantes de la région du musée Sirindhorn ont participé à la préparation des fossiles, qui ...

Deux habitantes de la région du musée Sirindhorn ont participé à la préparation des fossiles, qui a nécessité l'utilisation de stylos spéciaux, de compresseurs d'air, de scalpels, de brosses et de colle pour les extraire de la roche. 

Photographies de Tanintorn Ketburana
Gauche: Supérieur:

Les fossiles ont été préparés et nettoyés à l'aide d'outils spéciaux dans le laboratoire du musée Sirindhorn, situé dans la province de Kalasin.

Droite: Fond:

Deux habitantes de la région du musée Sirindhorn ont participé à la préparation des fossiles, qui a nécessité l'utilisation de stylos spéciaux, de compresseurs d'air, de scalpels, de brosses et de colle pour les extraire de la roche. 

Photographies de Tanintorn Ketburana

Le Nagatitan marque le début de ce développement de taille. En comparant d'autres sauropodes géants d'Asie, les chercheurs ont découvert que les dinosaures avaient atteint des tailles encore plus imposantes au cours des années chaudes du Crétacé qui ont suivi l'époque du Nagatitan.

« Des sauropodes tels que le Ruyangosaurus, qui pesait près de 60 tonnes, comptent parmi les plus grands d'Asie au Crétacé », affirme Sita Manitkoon. Autant d'indices que des habitats chauds, ouverts et relativement secs ont créé les conditions idéales pour que les sauropodes atteignent des tailles gigantesques. 

Selon Pedro Mocho, le tableau général est complexe. La taille des dinosaures sauropodes a à la fois augmenté et diminué selon les différentes périodes et les différents lieux. 

« On sait que les écosystèmes de type savane favorisent le développement de faunes composées d'animaux mégaherbivores et il ne serait pas surprenant que des facteurs environnementaux aient été liés au gigantisme des sauropodes », explique-t-il. 

Les interactions entre les grands animaux herbivores actuels, comme les éléphants, et leurs habitats pourraient aider les chercheurs à mieux repérer des schémas similaires dans les fossiles. 

« Il semble un peu étrange que les sauropodes aient pu s'adapter à des températures plus élevées », affirme Paul Upchurch, car les corps imposants ont plus de mal à se refroidir et retiennent plus facilement la chaleur. 

Toutefois, l'anatomie des sauropodes leur a probablement permis de déjouer les prévisions. 

On voit ici Sita Manitkoon posant à côté d'une réplique intégrale du fémur gauche du Nagatitan. ...

On voit ici Sita Manitkoon posant à côté d'une réplique intégrale du fémur gauche du Nagatitan. Ce spécimen est le plus grand membre de dinosaure jamais découvert en Asie du Sud-Est. 

PHOTOGRAPHIE DE Tanintorn Ketburana

On voit ici Sita Manitkoon posant à côté d'une réplique intégrale du fémur gauche du Nagatitan. Ce spécimen est le plus grand membre de dinosaure jamais découvert en Asie du Sud-Est. 

PHOTOGRAPHIE DE Tanintorn Ketburana

Selon Paul Upchurch, les longs cous des dinosaures augmentaient la surface corporelle par laquelle ils pouvaient libérer la chaleur. Leur système de sacs aériens complexe les aidait également à évacuer la chaleur corporelle lorsqu'ils expiraient. Lorsque leurs habitats se sont déplacés vers des forêts chaudes, riches en végétation à hauteur de broutage, les atouts évolutifs dont les sauropodes disposaient déjà leur ont permis de prendre de l'ampleur car ils étaient déjà bien équipés pour supporter la chaleur. 

« La découverte du Nagatitan et de ses parents géants en Asie indiquent que ces dinosaures ont atteint des tailles colossales dès le début du Crétacé inférieur, un mécanisme de survie efficace », explique Sita Manitkoon.

Les fossiles montrent qu'entre l'époque du Nagatitan et l'impact de l'astéroïde, ces titans ont évolué et atteint des tailles gigantesques lorsque les conditions s'y prêtaient. 

La National Geographic Society, une organisation à but non lucratif qui s'engage à mettre en lumière et à protéger les merveilles de notre monde, a financé les travaux de Sita Manitkoon. Découvrez-en davantage sur le soutien apporté par la NGS aux explorateurs. 

Riley Black est une écrivaine scientifique indépendante basée aux États-Unis. Elle rédige régulièrement des articles sur les sciences, la paléontologie et l'histoire naturelle pour National Geographic et est également l'autrice de l'ouvrage Les derniers jours des dinosaures.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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