Première prothèse oculaire imprimée en 3D : retour sur une innovation

Un patient anglais a reçu la première prothèse d’œil artificiel entièrement conçue par une imprimante 3D. Les fonctions de l’œil ne sont pas remplacées, mais la prothèse permet de reproduire presque à l’identique l’œil valide.

Publication 15 déc. 2021, 14:13 CET
La pupille d'un oeil laisse passer la lumière et offre une grande profondeur dans le regard.

La pupille d'un oeil laisse passer la lumière et offre une grande profondeur dans le regard.

PHOTOGRAPHIE DE Pixabay

Les délais de conception, la prise d’empreintes et le délai d’obtention d'une prothèse d'œil seront réduits de moitié grâce à cette nouvelle technique. Avec le processus habituel, les patients doivent attendre près de 6 semaines pour obtenir une prothèse temporaire et plus de quatre mois supplémentaires pour une prothèse personnalisée.

En novembre dernier, le Moorfields Eye Hospital, un centre hôpitalier d'ophtalmologie situé au cœur de Londres, a été le théâtre d'une innovation technique qui pourrait révolutionner la vie d’un peu plus de 8 millions de personnes dans le monde. « On estime que 0,1 % de la population mondiale a besoin d'une prothèse oculaire » confirme Gordon Harisson, le responsable de la communication du Moorfields Eye Hospital. En Angleterre, les scientifiques estiment entre 60 000 et 70 000 le nombre de personnes en attente de prothèse.

Cette prothèse oculaire, imprimée en 3D représente un grand changement pour les patients en attente d’œil artificiel, qui se joue sur trois points cruciaux : la précision de ce nouvel œil, la rapidité de prise en charge et surtout, la réduction du temps de moulage.

Les prothèses oculaires imprimées en 3D devraient réduire ce processus de fabrication à deux ou trois semaines, et le rendez-vous initial avec le patient à une demi-heure. Comme l’explique l’hôpital dans un communiqué, l'oculariste pourra d’ailleurs utiliser ce temps gagné pour voir plus de patients.

À ce jour avec les méthodes traditionnelles, après un premier rendez-vous avec un médecin généraliste, un opticien ou bien un spécialiste de l’oncologie oculaire, un patient doit subir une intervention chirurgicale. Ce n’est que six semaines après l’opération, une fois que les cicatrices ne sont plus à vif, qu’il reçoit une prothèse temporaire. Elle permet la cicatrisation du globe oculaire, mais ne correspond pas à la prothèse définitive. Ce n’est que quatre à cinq mois plus tard que le patient peut prendre rendez-vous pour le moulage de son œil artificiel définitif.

Dans le même communiqué, l’hôpital précise que depuis la crise sanitaire, « les laboratoires de prothèses oculaires du pays ont du mal à rattraper leur retard après la réduction du service ».

 

IMPRIMER UN ŒIL

« Ayant vécu avec ce problème pendant très longtemps, plus on se rapproche de la réalité, plus j'ai confiance en moi » a déclaré Steve Verze à ITV News. Ce patient d’une quarantaine d’années avait perdu son œil étant plus jeune et attendait une prothèse au plus proche de la réalité depuis près de vingt ans. « Vous ne voulez pas que les gens vous remarquent. Vous voulez que les gens passent devant vous et n'imaginent même pas que vous avez un œil artificiel et là, c'est ce qu’il se passe. Je suis tellement heureux. »

Steve Verze, premier patient au monde avec un œil imprimé en 3D

PHOTOGRAPHIE DE Moorfields Eye Hospital NHS Foundation Trust

Les équipes de scientifiques et de chercheurs ont travaillé sur ce projet pendant cinq ans, avant de réussir à obtenir de tels résultats. L’œil imprimé en 3D est entièrement conçu en acrylique et reproduit avec un certain réalisme l’iris et la profondeur d’un œil naturel. « Les prothèses actuelles sont fabriquées à la main, l'iris étant peint sur un disque noir intégré à l’œil » témoigne Gordon Harisson. Dans ce cas, la lumière ne peut pas pénétrer la pupille ou l’iris, la profondeur de l’œil en est très limitée. « Avec un œil imprimé en 3D, la pupille a toute sa profondeur, ce qui veut dire que lorsque l’on vous regarde dans les yeux, cela donne l'impression d'un œil naturel ».

Lors du processus habituel d’acquisition d’une prothèse, beaucoup de jeunes patients doivent subir une anesthésie générale tant l’étape du moulage du globe oculaire est long et délicat. « Nous l’avons remplacé par un scan du globe oculaire qui ne prend que deux secondes et demie » affirme le professeur Mandeep Sagoo, ophtalmologue consultant au Moorfields Eye Hospital lors d’une interview donnée à une chaîne de télévision locale.

L'évolution de l’œil au fil du temps

Ce projet innovant scanne également l’œil valide afin de garantir un niveau de précision optimum. Les fichiers sont envoyés à l’imprimante 3D Fit AG en Allemagne et imprimés en moins de deux heures. Une fois qu’il est conçu, l’œil est poli et adapté, puis il est retravaillé pour quelques finitions par l’oculariste de l’hôpital. L’ensemble de ce processus ne dépasse pas plus de trois semaines.

« Plus rien n’est peint ou fait à la main », développe Gordon Harisson. Le scan du globe oculaire et de la couleur de l’œil valide sont enregistrés dans un logiciel. Les informations sont interprétées puis communiquées à l’imprimante pour qu’elle puisse créer le modèle 3D.

Aujourd’hui, l'équipe scientifique qui a mis au point cette innovation attend les premiers résultats de l’essai clinique. L’objectif est de prouver que cette solution pourrait être l’avenir des prothèses oculaires, réduisant ainsi drastiquement les listes d’attente des patients demandeurs.

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