Un sourire est contagieux… et donne davantage envie de faire confiance
Il suffit de 400 millisecondes à votre cerveau pour commencer à réagir au sourire d’une autre personne, déclenchant des réactions en cascade que les chercheurs commencent seulement à étudier.

Selon les scientifiques, sourire en retour à un inconnu sans s’en rendre compte permettrait de comprendre pourquoi une simple expression faciale peut renforcer la confiance et le lien social.
Selon les scientifiques, sourire en retour à un inconnu sans s’en rendre compte permettrait de comprendre pourquoi une simple expression faciale peut renforcer la confiance et le lien social.
La prochaine fois qu’un inconnu vous sourira, un sourire se dessinera probablement aussi sur vos lèvres, sans même que vous ne vous en rendiez compte. Il suffit de 300 à 400 millisecondes, soit le temps d’un clin d’œil, pour que les muscles de votre visage se mettent en action et imitent une expression faciale.
Ce phénomène, que les psychologues appellent mimétisme émotionnel à réponse automatique, jouerait selon certaines études un rôle déterminant dans l’une des décisions les plus importantes que nous prenons vis-à-vis d’autrui, à savoir si nous pouvons leur faire confiance.
Ce mimétisme involontaire a un but. « Nous nous imitons les uns les autres, car cela nous aide à nous connecter », explique Michał Olszanowski, chercheur en psychologie à l’université SWPS.
Les scientifiques savent depuis longtemps que le fait d’imiter les expressions d’une personne nous rend plus dignes de confiance et appréciables à ses yeux. Michał Olszanowski et ses collègues se sont toutefois demandé si l’opposé pouvait également être vrai, à savoir s’il était possible de changer ce que quelqu’un ressent à notre égard en imitant son sourire.
Dans une étude parue en 2026 dans la revue Emotion, les chercheurs ont découvert que plus une personne rend inconsciemment son sourire à quelqu’un, plus elle nous paraît sérieuse et plus il sera facile de partager avec elle des ressources lors d’un jeu basé sur la confiance. Lorsque les participants effectuaient des mouvements faciaux qui amplifiaient l’imitation du sourire, plus le niveau de confiance était élevé. Mais lorsque leur capacité à imiter un sourire était moindre, la confiance diminuait.
Ces conclusions laissent à penser qu’un de nos jugements sociaux les plus importants pourrait naître de quelque chose d’aussi simple qu’un sourire partagé.
UNE RÉACTION EN CHAÎNE QUI NAÎT DANS LE CERVEAU
En quoi le fait de rendre à quelqu’un son sourire peut-il nous rendre davantage dignes de confiance ? D’après les chercheurs, la réponse à cette question réside dans une réaction en chaîne qui se produit en une fraction de seconde dans le cerveau.
Le mimétisme du sourire trouve son origine dans le système des neurones miroirs du cerveau, précise Marco Iacoboni de l’UCLA. Les neurones miroirs s’activent à la fois lorsque nous faisons quelque chose et lorsque « nous observons l’action effectuée par quelqu’un d’autre ».
Lorsque vous souriez en retour à un inconnu, votre cerveau voit les choses sous un angle plus positif : c’est l’hypothèse de la rétroaction faciale. Une étude de 2017 a ainsi démontré que le fait de sourire peut améliorer l’humeur et qu’atténuer le froncement des sourcils avec du Botox peut réduire la dépression. Sourire active également les circuits de la récompense du cerveau, souligne Paula Niedenthal, psychologue sociale à l’université du Wisconsin-Madison. « Nous ferions confiance aux personnes dont nous reproduisons les sourires parce que le mimétisme suscite des sentiments positifs ».
Lorsque nous imitons le sourire d’une personne, nos visages bougent brièvement de manière synchronisée. C’est cette petite coordination qui crée ce que le professeur de psychologie de l’université de Californie de San Diego, Piotr Winkielman, appelle « un sentiment d’unité ». Il compare ce phénomène au « danse crush », ce sentiment de proximité que ressentent les danseurs de salsa et de tango après avoir bougé en rythme avec un inconnu, ou aux soldats qui disent avoir l’impression de « ne faire qu’un » après avoir défilé ensemble.
« Une fois que vous êtes biologiquement synchronisé avec quelqu’un, votre cerveau a l’impression que vous appartenez à un groupe », explique-t-il. Dans une étude publiée en 2017, les chercheurs ont ainsi démontré que lorsque deux personnes synchronisaient leurs comportements, leur cerveau se synchronisait également, ce qui encourage les comportements prosociaux. Lorsque deux personnes sont physiquement et mentalement synchronisées, « le lien affectif fait augmenter la confiance », souligne Marco Iacoboni.
La confiance ne façonne pas uniquement les interactions sociales ; elle a aussi des conséquences mesurables sur la santé. Une étude parue en 2025 et publiée par l’American Psychological Association a ainsi conclu que les personnes qui faisaient plus facilement confiance aux autres affichaient un niveau de bien-être subjectif plus élevé, prédicteur de longévité. En ce qui concerne les soins de santé, la confiance augmente l’observance des avis médicaux, ce qui donne lieu, à terme, à de meilleurs résultats.
TOUS LES SOURIRES NE SE VALENT PAS
Le niveau de confiance qu’un sourire peut générer dépend du type de sourire imité. Dans une étude parue en 2017, Paula Niedenthal et ses collègues ont ainsi identifié trois types de sourires : les sourires de récompense, qui expriment des émotions positives ; les sourires d’affiliation, qui signalent l’absence de menaces ; et les sourires de dominance, qui revendiquent un statut. « Ce sont tous de “vrais” sourires, mais leur imitation ne génère pas forcément des sentiments positifs », explique la psychologue sociale. « Par conséquent, l’imitation d’un sourire de récompense devrait être plus susceptible de générer des sentiments de confiance ».
La sincérité du sourire compte également. L’étude de Michał Olszanowski a démontré que des sourires non naturels suffisaient à déclencher le mimétisme et à renforcer la confiance. Un sourire poli en ferait donc beaucoup. Mais Piotr Winkielman pense cependant qu’un sourire sincère, caractérisé par des pommettes saillantes et le plissement des yeux, aurait plus d’impact. Il cite une étude de 2025, laquelle expliquait que les expressions spontanées avaient plus d’effet que les sourires non naturels.
Le mimétisme du sourire n’est toutefois pas universel. Les personnes souffrant de maladies qui altèrent les mouvements du visage, à l’instar de la maladie de Parkinson, ou celles qui traitent les signaux sociaux différemment, notamment celles atteintes de troubles du spectre de l’autisme, peuvent imiter plus ou moins bien les expressions faciales. Les normes culturelles peuvent aussi déterminer les moments où les personnes sourient et comment ces sourires sont interprétés. Par conséquent, une même expression peut ne pas inspirer le même niveau de confiance partout.
LES SOURIRES À L’ÈRE DU NUMÉRIQUE
Avec la communication numérique, les vrais sourires ont été remplacés par des émojis. Le cerveau accepte ce remplacement, jusqu’à un certain degré : les études « démontrent que les émojis ont des effets similaires sur le cerveau aux sourires réels et que les personnes imitent les émojis qu’elles reçoivent », observe Paula Niedenthal.
Piotr Winkielman doute, lui, qu’ils puissent instaurer la même confiance que les vrais sourires, tout d’abord parce qu’ils sont statiques. Il cite une étude de 2016, laquelle montrait que les expressions reposant sur le mouvement provoquent un mimétisme plus important que les expressions figées. Les émojis se concentrent également principalement sur la bouche, reléguant les yeux au second rang alors qu’ils jouent « un rôle assez important dans la perception des expressions faciales », estime le professeur de psychologie. Enfin, ajoute-t-il, les émojis ne sont pas personnifiés, il s’agit simplement de texte. « Ils fonctionnent davantage comme des moyens de communication. Ils ne suscitent pas chez nous d’émotion ou de synchronie ».
En tout cas, tous les effets d’un sourire, qu’il s’agisse de l’activation des neurones miroirs, du mouvement des muscles du visage, du changement d’humeur, du sentiment d’être sur la même longueur d’onde, sont décuplés lorsque deux personnes se trouvent dans la même pièce.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
