Sommes-nous trop nombreux sur Terre ?

Certes, nous sommes désormais 8 milliards sur Terre. Mais les problèmes écologiques existent déjà. La croissance démographique serait en fait "un multiplicateur des problématiques environnementales".

De Manon Meyer-Hilfiger, National Geographic
Publication 1 mai 2023, 15:16 CEST
Des gens se rassemblent dans les rues pour le Street Festival, à New York City.

Des gens se rassemblent dans les rues pour le Street Festival, à New York City.

PHOTOGRAPHIE DE Phil Degginger / Alamy Banque D'Images

C’est une rengaine. Nous serions trop nombreux sur Terre. Depuis l’économiste Thomas Malthus, qui, au 18e siècle, commençait à s’inquiéter alors qu’un milliard d’êtres humains peuplaient la planète, jusqu’à l’ouvrage « la bombe démographique» de Paul Ehrlich paru en 1968, en passant par le rapport Meadows qui questionnait les limites de la croissance en 1972, le thème revient régulièrement noircir les pages des livres et des journaux. 

Aujourd’hui, cette inquiétude est de nouveau d'actualité avec le changement climatique. Faut-il avoir peur de la population mondiale ? Le démographe Jacques Véron, directeur de recherche émérite à l’Institut national d’études démographiques (Ined) pose la question et explore les réponses dans son ouvrage éponyme, paru aux éditions du Seuil en 2020

 

8 milliards d’êtres humains aujourd’hui, entre 10 et 15 milliards d’ici 2100 selon différentes projections... Faut-il avoir peur de la population mondiale ?

Qu’on ait peur ou non, l’accroissement est inévitable ! Mais cette croissance démographique n’est pas responsable de tous nos maux. Recadrons le débat : la croissance de la population est loin d’être homogène. Deux pays, l’Inde et la Chine, concentrent déjà 2 milliards de personnes. Sept pays (l’Indonésie, le Pakistan, le Nigéria, le Brésil, les États-Unis, l’Inde et la Chine) rassemblent à eux seuls plus de la moitié de la population mondiale. Et les pressions exercées sur l’environnement varient en fonction des modes de vie, qui diffèrent d’un pays à l’autre, et même d’une province à une autre. La classe moyenne de Bombay n’a pas du tout le même impact environnemental qu’une famille rurale du nord de l’Inde.

Un autre exemple : on se pose souvent la question : comment nourrir 8 ou 10 milliards d’habitants sur Terre ? Tout dépend des manières de faire. Comment les habitants s’alimentent-ils ? Combien de pommes de terre, de riz, sont nécessaires à chacun ?  Comment est-ce produit ? Selon les façons de procéder, les conséquences environnementales varient. Certes, l’augmentation de la population ajoute une pression. Mais les problèmes écologiques existent déjà. La croissance démographique est en fait un multiplicateur des problématiques environnementales.

 

Sur le plan climatique, cette différence d’impact en fonction des modes de vie est frappante. Les 10 % des individus les plus riches sont responsables de près de la moitié (48%) des émissions de CO2 mondiales, selon un rapport du Laboratoire sur les inégalités mondiales paru en 2021.

Oui. La grande question demeure :  comment faire face, quand on ne peut pas empêcher les pays plus pauvres d’accéder au même niveau de vie que les pays riches ? Les populations, en se développant, se contentent rarement de l’accès à la santé et à l’éducation ! Faute d’autres modèles, la société de consommation s’installe partout. Les réflexions sur le développement durable cherchent donc à résoudre cette problématique, alors que la population ne cesse de croître.

Certains pays avaient aussi tenté de limiter la croissance démographique... chez les autres ! En 1974, lors de la conférence de Bucarest, les États-Unis avaient demandé aux pays pauvres d’arrêter d’avoir des enfants. Leur raisonnement ? S’ils consommaient comme les Américains, ce ne serait pas gérable. Évidemment, ce discours était très mal passé.

Il faut garder en tête un autre élément : pour certaines formes de pollution, le niveau de vie n’est pas seul en cause. C’est le cas par exemple de la production de déchets plastiques qui est abondante même dans des pays peu développés. 

Tracteur isolé sur terrain agricole avec des rangées de terre labourée. Champs agricoles préparés pour la plantation de cultures, vus de dessus.

PHOTOGRAPHIE DE Ivan Kmit / Alamy Banque D'Images

En juillet dernier, l'ONU constatait qu'en 2021, la fécondité moyenne de la population mondiale était de 2,3 naissances par femme. Qu’est-ce qu’un démographe préconise aujourd’hui par rapport à ces questions de pollution et de population ?

Puisque chaque nouvel individu sur Terre risque d’avoir une empreinte écologique de plus en plus importante au fil du temps, il faudrait que les niveaux de fécondité globaux se stabilisent autour de deux enfants par femme.

 

Comment atteindre ces « deux enfants par femme » au niveau mondial ?

La marge de manœuvre est très faible. Les gouvernements ne peuvent pas réellement agir sur les populations. Mais de plus en plus de gens ont désormais le choix d’avoir ou non des enfants. C’est une grande nouveauté, et je pense que la solution peut passer par là. Il faut respecter ces choix. En espérant qu’il y aura un équilibre entre ceux qui veulent des enfants, et ceux qui n’en désirent pas.

 

Faire moins d’enfants, c’est aussi devoir faire face au vieillissement de la population...

C’est une certitude. Certains pays développés, comme le Japon, risquent de devenir des maisons de retraite géantes. Il vaudrait mieux que la baisse de la fécondité ne soit pas trop rapide. La Chine aussi est confrontée à cette problématique. Et dans les sociétés où il n’y a pas ou peu de protection sociale, les personnes âgées sont livrées à elles-mêmes. Le défi est alors immense. Les États devront mettre en place un système de retraite complet là où rien n’existait auparavant.

 

Les migrations internationales peuvent-elles constituer une solution à ce vieillissement des populations dans les pays occidentaux et est-asiatiques ?

Numériquement, il y a le potentiel, si l’on ouvrait les frontières. Nous pourrions fabriquer une pyramide des âges équilibrés. Mais il faudrait que les migrations soient de plus en plus importantes, pour soutenir une population vieillissante d’habitants, et de migrants. Cela pose le problème de l’acceptation par la société. Nous n’y sommes pas encore. En France, par exemple, tout est plutôt fait pour repousser les migrants.

Rue animée à proximité de Main Bazaar dans le quartier de Paharganj New Delhi, en Inde.

PHOTOGRAPHIE DE Steve Speller / Alamy Banque D'Images

Aujourd’hui 56 % de la population mondiale vit en ville, selon un rapport de la Banque mondiale paru en 2022. D’ici 2050, pratiquement sept personnes sur dix vivront en milieu urbain. Quelle problématique cela pose-t-il, et cela va-t-il finir par se stabiliser ?

Quand on vit en ville, les modes de vie deviennent plus prédateurs. On consomme plus, on voyage plus. Mais ici encore, les politiques qui ont tenté de limiter cette croissance urbaine ont échoué. Difficile en effet d’aller contre sa population. L’Inde a tenté de promouvoir les villes moyennes sans succès, la Chine a voulu empêcher les gens de quitter la campagne en privant les ruraux de statut s’ils s’installaient en ville. Mais des habitants partaient coûte que coûte. Les régulations volontaristes ne marchent pas. Les gens vont là où ils ont de la famille, là où ils trouvent un intérêt économique, pas dans un endroit recommandé par un gouvernement.

Dans certains pays comme la France, certains urbains rejettent les très grandes villes et déménagent vers des villes moyennes. Un tel phénomène reste toutefois minoritaire au niveau mondial puisque dans les pays en développement, les urbains sont bien souvent prisonniers de leur activité professionnelle.

Je reste optimiste : cette population urbaine va finir par se stabiliser. L’exode rural n’est plus le facteur d’alimentation premier de la croissance des villes. Et en milieu urbain, les habitants limitent leur fécondité.

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