Un regain d’activité volcanique secoue l'Islande

Les milliers de séismes détectés dans le sud-ouest de l’Islande pourraient marquer le début d’une nouvelle période d’activité géologique intense, susceptible de durer 100 ans.

Publication 10 mars 2021 à 11:11 CET
iceland

Des sources d’eau chaude bouillonnent et des gaz sulfureux s’échappent du sol de la zone géothermale de Seltún, dans la péninsule de Reykjanes, en Islande. Un essaim de séismes a récemment été détecté dans la péninsule, poussant les géologues à s’interroger sur l’éventualité d’éruptions volcaniques.

Photographie de Arterra Picture Library, Alamy Stock Photo

La pittoresque péninsule de Reykjanes, située dans le sud-ouest de l’Islande, était relativement calme depuis 800 ans. Mais cela a changé il y a 15 mois. Les murmures qui émanaient du sol ont gagné en ampleur, cédant la place à plus de 17 000 séismes rien qu’au cours de la semaine dernière.

Les scientifiques, qui ont d’ores et déjà observé des déformations du terrain, ont détecté les chuchotements sismiques du magma qui remonte vers la surface. Une question est désormais sur toutes les lèvres : va-t-il y avoir une éruption ?

Il y a quelques jours, la réponse était un oui catégorique. Le scénario le plus plausible, caractérisé par de spectaculaires fontaines de lave et des rivières de roche en fusion, ne mettrait en péril aucun centre de population. Ce type d’éruption ne clouerait pas non plus les avions au sol, comme ce fut le cas en 2010 avec le nuage de cendres dégagé par l’éruption du volcan Eyjafjallajökull, situé dans une autre région du pays.

Le système volcanique de Reykjanes se comporte toutefois de manière étonnante, si bien qu’il est impossible de prédire la survenue d’une éruption d’ici les prochains jours ou les prochaines semaines. « Nous avons commencé à nous demander ce qu’il se passait », confie Dave McGarvie, volcanologue à l’université de Lancaster, en Angleterre.

Sur la base des précédents cycles d’activité volcanique dans la région, ces perturbations tectoniques sont susceptibles de marquer le début d’une succession d’éruptions qui pourraient perdurer pendant un siècle. Si cela se confirme, un millier d’éruptions volcaniques qui s’embrasent, s’éteignent et réapparaissent par intermittence pendant plusieurs décennies inonderait de lumière la péninsule de Reykjanes.

Bien qu’inquiétante pour les étrangers, une telle hyperactivité géologique n’est en rien extraordinaire pour les Islandais. « Nous vivons dans un pays très actif d’un point de vue volcanique et nous devons faire avec », déclare Thorbjörg Ágústsdóttir, sismologue pour Iceland GeoSurvey.

 

UNE ACTIVITÉ SURPRENANTE

Située à 27 km au sud-ouest de la capitale Reykjavik, la péninsule de Reykjanes est volcanique comme le reste de l’île et fait l’objet d’une étroite surveillance. Le 3 mars dernier, les séismomètres ont détecté des signaux acoustiques associés au mouvement du magma dans la croûte terrestre à proximité de Fagradalsfjall, la montagne au sommet plat de la péninsule, et du système volcanique de Krýsuvík-Trölladyngja, une série de fissures marbrant la terre. Dans cette zone, le terrain est également déformé, ce qui confirme l’hypothèse de la migration de la roche en fusion.

Selon les volcanologues et les autorités, une éruption serait sur le point de se produire. « Cela ressemble à l’instabilité qui précède une éruption », a indiqué Kristín Jónsdóttir de l’organisme météorologique islandais aux médias locaux le 3 mars. La présence de magma fluide sous la surface laissait penser qu’une éruption pourrait se produire d’ici quelques heures.

Selon Dave McGarvie, ces types de signaux auraient préfiguré l’apparition de lave sur d’autres volcans du pays, mais rien ne s’est produit à Fagradalsfjall.

« C’est nouveau et inattendu », ajoute le volcanologue britannique. « Il y a toujours des surprises. Vous ne pouvez rien prévoir ».

Au moment de rédiger ces lignes, les tremblements liés au mouvement du magma avaient cessé. Ils pourraient, ou non, se manifester à nouveau. « Il ne nous reste plus qu’à attendre », souffle Bergrún Arna Óladóttir, volcanologue à l’organisme météorologique islandais. « Nous devons nous préparer au pire et espérer que tout ira pour le mieux ».

En cas d’intrusion magmatique, le magma peut se retrouver bloqué, refroidir, se solidifier et finalement rester dans le sol, explique Thorbjörg Ágústsdóttir.

« Selon moi, le scénario le plus probable est un déclin progressif de cette activité, avant sa cessation », indique Sigurjón Jónsson, géophysicien à l’université des sciences et technologies du roi Abdallah, en Arabie saoudite.

Le problème réside dans le fait que tous les volcans sont idiosyncrasiques. Quelques volcans présentent les mêmes signes avant-coureurs d’éruption, mais ce n’est pas le cas de tous. La dernière éruption majeure sur la péninsule de Reykjanes s’est produite il y a 800 ans, peu de temps après l’arrivée des premiers colons en Islande. À l’époque, la volcanologie n’existait pas. Par conséquent, en l’absence de données sismiques spécifiques à la région, personne ne sait avec exactitude ce qu’il se produira juste avant l’entrée en éruption des volcans dans cette partie de l’Islande.

L’étude approfondie de l’histoire géologique de la péninsule pourrait cependant livrer des indices sur la récente série de séismes et sur ce que peut réserver l’avenir.

 

LE RÔLE DE LA DORSALE MÉDIO-ATLANTIQUE

Théâtre de plusieurs éruptions majeures entre les 10e et 13e siècles, la péninsule de Reykjanes a été calme jusqu’en 2019, date à laquelle les séismes ont commencé à se faire plus fréquents et violents. En février dernier, un tremblement de terre d’une magnitude de 5,7 sur l’échelle de Richter avait ébranlé la région. Et les secousses de la semaine dernière étaient plus fortes et nombreuses.

« Il s’agit de la séquence de tremblements de terre la plus importante pour cette région depuis près de 100 ans », rapporte Sigurjón Jónsson.

Ce chahut tectonique s’explique par le fait que l’Islande repose sur la partie nord de la dorsale médio-atlantique. C’est le long de cette faille sur le plancher océanique, qui s’étend de l’Atlantique nord à l’Atlantique sud, que la lave jaillit. En refroidissant, elle forme une nouvelle croûte océanique de chaque côté de la dorsale. Les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne, qui se situent respectivement à l’ouest et à l’est de la faille, s’écartent l’une de l’autre à la même vitesse que poussent vos ongles.

Comprendre : les supervolcans

Si la dorsale médio-atlantique est en grande partie immergée, la péninsule de Reykjanes repose sur sa partie nord et est donc constamment écartée. Pour des raisons qui échappent encore aux spécialistes, le phénomène de rifting s’accélère soudainement tous les 800 ans environ, causant une hausse importante des tremblements de terre d’origine tectonique, comme cela est actuellement le cas. L’étude d’anciens écoulements de lave par les géologues et des récits historiques datant de l’arrivée des premiers colons en Islande suggèrent que le magma ne tarde pas à remonter en surface lorsqu’une augmentation majeure des séismes est enregistrée dans la péninsule.

« Nous ignorons pourquoi ces périodes de turbulence caractérisées par la multiplication des séismes et la remontée du magma dans la croûte se produisent. Mais les deux phénomènes sont étroitement liés », confie Dave McGarvie.

Il est possible que l’écartement de la péninsule crée de nouveaux chemins d’accès à la surface pour le magma, mais cette hypothèse n’est pas vérifiée. Les scientifiques savent cependant que les trois derniers épisodes sismiques ont tous suivi ce schéma de tremblements de terre suivis d’éruptions, « et la situation actuelle semble être le tout dernier épisode », souligne le volcanologue britannique.

 

UN SIÈCLE D’ÉRUPTIONS ?

Si l’importante activité sismique de la péninsule finit par déboucher sur une éruption, celle-ci sera différente des événements plus graves et expansifs qui ont touché d’autres régions de la nation insulaire.

En 2010 par exemple, l’éruption du volcan Eyjafjallajökull a créé une colonne tournoyante de cendres chaudes, qui a persisté un bon moment. La crainte que la matière volcanique gazeuse pénètre et endommage les moteurs des avions a conduit à la plus vaste fermeture de l’espace aérien européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans la péninsule de Reykjaves, la roche en fusion ressemble davantage à la lave très fluide et peu gazeuse qui s’échappe actuellement du volcan Kilauea à Hawaii.

Ce magma ne parvient pas à monter suffisamment en pression lorsqu’il se rapproche de la surface pour provoquer de grosses explosions riches en cendres. L’absence de couverture de glace prive également le magma de son dangereux carburant, l’eau. Celle-ci est vaporisée si violemment en petite quantité par la roche en fusion qu’elle déclenche des explosions libérant de la cendre.

Rien n’indique non plus que le volume de magma libéré en cas d’éruption à Reykjanes serait équivalent aux déferlements prolifiques du Laki, entré en éruption entre 1783 et 1784. Au cours de cet événement, le volcan avait craché une quantité de lave suffisante pour ensevelir la ville de Boston sous 60 mètres de roche en fusion.

Selon Dave McGarnie, l’un des scénarios plausibles est l’épanchement de la lave depuis une fissure ou une série de fissures dans la zone. Celui-ci pourrait durer quelques semaines et produire de spectaculaires fontaines de lave projetée vers le ciel autour desquelles se formeront de petits cônes, tandis que les coulées de lave prendront la direction des basses terres. Elles n’atteindraient aucun centre de population, mais pourraient déferler sur une route ou renverser quelques lignes électriques.

Le magma pourrait aussi remonter dans une nappe aquifère, voire dans la station thermale de Blue Lagoon, donnant ainsi lieu à une activité explosive. Dave McGarvie estime toutefois « qu’il s’agit d’un scénario peu probable » et que les signaux sismiques permettraient aux scientifiques de suivre le mouvement du magma au préalable et de demander aux habitats de se tenir à distance.

Des inquiétudes entourent également la ville de Grindavík, située sur la côte sud de la péninsule. Celle-ci a été ébranlée par la série de tremblements de terre et pourrait être menacée en cas d’un épanchement de lave à proximité, indique Sigurjón Jónsson. En cas d’éruption, les habitants devraient, selon toute vraisemblance, « en profiter pour admirer la coulée de lave sous les aurores boréales », déclare Dave McGarvie.

Cet essaim de tremblements de terre pourrait marquer le début d’un phénomène de plus grande ampleur. Selon des études antérieures menées dans la péninsule, un nouveau cycle de volcanisme ne provoque pas uniquement une éruption, mais plusieurs. Les signaux sismiques et les données relatives à la déformation du sol au cours de l’année 2020 démontrent que le magma s’accumulerait à trois endroits différents sous deux des systèmes volcaniques de la péninsule, avance le volcanologue britannique.

S’il est trop tôt pour savoir ce que l’avenir réserve, l’activité volcanique de la semaine dernière pourrait néanmoins annoncer le début d’un siècle d’éruptions volcaniques intermittentes le long de la péninsule sud-ouest de l’Islande. Selon Dave McGarvie, « les Islandais se rendent compte que ce phénomène pourrait durer longtemps ».

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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