Sciences

Une nouvelle espèce de dinosaure cuirassé a été mise au jour

Une nouvelle analyse du fossile montre également que ce dinosaure était paré d'un camouflage anti-prédateurs.

De Michael Greshko
Il y a environ 110 millions d'années, cet herbivore cuirassé s'est frayé un chemin jusqu'à ce qui est aujourd'hui l'ouest du Canada, lorsqu'une rivière en crue l'a emporté en pleine mer. L'ensevelissement sous-marin du dinosaure a permis la conservation de son armure dans les moindres détails.

Il y a environ 110 millions d'années, ce dinosaure s'est frayé un chemin jusqu'à ce qui est aujourd'hui l'ouest du Canada, lorsqu'une rivière en crue l'a emporté en pleine mer. 

Ce dinosaure est l'un de plus beaux exemples de fossiles connus à ce jour. Et il a maintenant un nom : Borealopelta markmitchelli, un herbivore cuirassé de la famille des nodosaures ayant vécu à la période du Crétacé. Après sa mort, son corps a été englouti par les eaux salées, ce qui a permis son extraordinaire conservation en relief.

Mis au jour par accident en 2011 et présenté au public en mai à l'Alberta Royal Tyrrell Museum, le fossile a permis au monde de voir pour la première fois l'anatomie d'un dinosaure cuirassé.

« C'est un magnifique spécimen », estime Victoria Arbour, chercheuse post-doctorante au Museum Royal Ontario qui étudie un autre fossile extrêmement bien préservé de dinosaure cuirassé appelé Zuul crurivastator. « C'est extraordinaire de mettre au jour des spécimens comme ceux-ci. Ils nous donnent un aperçu de ce à quoi ces dinosaures ressemblaient et de la manière dont ils vivaient. »

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La première description scientifique de ce nodosaure a par ailleurs été publiée hier dans le journal Current Biology.

« Nous avions le sentiment il y a six ans que cette découverte marquerait la science », explique Don Henderson, curateur de la division paléontologique du Royal Tyrrell Museum. « Nous n'avions pas réalisé à quel point. »

 

UN PRÉCÉDENT SCIENTIFIQUE

Découvert en 2011, le fossile a été acheminé au Musée Royal Tyrell de paléontologie d'Alberta où Mark Mitchell, un opérateur, a été chargé de le délester de l'épaisse roche qui entourait sa cuirasse. Six ans et 7 000 heures de travail ont été nécessaires pour dévoiler l'impressionnant nodosaure. Le crâne a à lui seul nécessité huit mois de travail.

« Sans cet extraordinaire travail préparatoire, nous n'aurions jamais pu découvrir [Borealopelta] », avance Caleb Brown, un chercheur post-doctorant et auteur principal de l'étude.

" Le bouclier nord de Mark Mitchell ", nom formel de cette nouvelle espèce de dinosaure, vient récompenser ce travail minutieux.

Technicien au Musée Royal Tyrell de paléontologie d'Alberta, Mark Mitchell a minutieusement et lentement libéré le nodosaure de la roche qui l'entourait. Le travail préparatoire exceptionnel qu'il a réalisé permettra la conservation pérenne de ce fossile.

SUJET À CONTROVERSES

L'hypothèse la plus controversée de l'étude porte sur la coloration potentielle de la cuirasse du nodosaure. D'après l'étude, elle serait teintée d'une couche noire couvrant la quasi-entièreté du spécimen.

Jakob Vinther, co-auteur de l'étude et paléo-biologiste à l'université de Bristol, explique avoir découvert dans les couches supposées de la peau du dinosaure la présence de grains de phéomélanine (pigments jaunes à rouges).

Vinther et ses collègues n'ont cependant pas retrouvé de grains de phéomélanine sur l'ensemble de l'animal. Après avoir extrait des parcelles minuscules du fossile, Vinther a pu formuler l'hypothèse que le bas-ventre de l'animal présentait certainement une couleur plus pâle que le reste du corps.

Si certains animaux ont un dos foncé et un ventre plus clair pour aider à réguler leur température interne, d'autres présentent des nuances contrastées qui leur servent à éviter les prédateurs. Ces tons les font paraître moins imposants de loin et plus difficiles à repérer pour les prédateurs.

Jakob Vinther, co-auteur de l'étude et paléo-biologiste à l'université de Bristol, explique avoir découvert dans les couches supposées de la peau du dinosaure la présence de grains de phéomélanine. Si cela était vérifié, cela pourrait signifier que le Borealopelta se protégeait ainsi des prédateurs.

Dans les écosystèmes modernes, les mammifères terriens de plus d'une tonne, comme les rhinocéros, n'ont pas besoin de ce type de défense visuelle pour tenir à distance les prédateurs. Par contraste, si ce nodosaure devait ainsi se protéger, ses assaillants devaient être des chasseurs terriblement efficaces.

« Le Crétacé est une période terrifiante, » explique Vinther. « Nous avons la preuve que des théropodes se régalaient de Borealopelta et d'autres dinosaures herbivores tout aussi larges et cuirassés. »

 

UNE HISTOIRE DE COULEURS

Pour certains experts, la nouvelle étude ne présente pas l'évidence d'une robe contrastée.

« Le spécimen est tout à fait remarquable. C'est une découverte paléontologique majeure, » nous a confié Alison Moyer, chercheuse post-doctorante à l'université Drexel qui a étudié des tissus fossilisés. Mais, poursuit-elle, « La partie de l'étude portant sur la coloration et la pigmentation, et donc sur la relation qu'avait ce nodosaure avec ses prédateurs, pose de nombreuses questions. »

La preuve apportée par Vinther dans le cadre de l'étude financée par la National Geographic Society, est indirecte. Malgré l'état exceptionnel de préservation du fossile de dinosaure, il n'a pu déceler que des traces chimiques qui se sont dissipées lorsque ces pigments de phéomélanine ont été mis au jour.

Lorsqu'il était en vie, ce nodosaure mesurait probablement plus de 5.4 mètres et pesait plus de 1360 kg. Les chercheurs pensent que le corps entier de l'animal a dû être fossilisé mais quand il a été mis au jour en 2011, seule la partie frontale de son corps était intacte.

Pour Moyer, l'étude n'explique pas comment la composition chimique du fossile a pu évoluer dans le temps, ou si cette couche noirâtre fait partie de la peau fossilisée ou constitue un film bactérien qui a entouré le dinosaure au fil du temps. Elle note également que la peau préservée ne s'étend pas au bas-ventre du Borealopelta, il est donc pour elle difficile de conclure que sa pigmentation pouvait y être plus claire.

De plus, plusieurs études ont documenté la même forme de dégradation et l'imputent à un composant naturel des sédiments marins, dont le fossile du Borealopelta était entouré.

« Il y a de multiples autres hypothèses à explorer avant tirer ce type de conclusions », conclut Moyer.

C'est également le point de vue de la paléontologue Mary Schweitzer, experte dans l'analyse de la préservation des tissus de dinosaures. « À mon sens il n'y a aujourd'hui pas assez de données pour tirer de conclusions » nous a-t-elle écrit par mail.

Vinther avance le contre-argument que le composant n'a pas été trouvé dans les sédiments qui entouraient le fossile, mais seulement de manière concentrée dans la peau supposée du Borealopelta.

Il est cependant possible que les composants chimiques associés à la phéomélanine puissent émaner d'autres substances qui se seraient libérées au moment de la mort du dinosaure ou au cours de sa fossilisation.

Les chercheurs continuent d'étudier la coloration du Borealopelta, qui n'a pas encore révélé tous ses secrets.

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