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Belfast : la ville ressuscitée

Après des années d’agitation politique et de violence, la ville connaît un nouvel essor économique et culturel. Jeudi, 9 novembre

De Rédaction National Geographic

L’Irlande du Nord souhaite tourner la page du conflit qui a opposé pendant trente ans la minorité catholique indépendantiste à la population protestante fidèle au Royaume-Uni. À partir de 1968, l’Armée républicaine irlandaise (IRA) a repris les armes, que le groupe avait abandonnées à la suite du traité anglo-irlandais de 1921, pour défendre les habitants catholiques discriminés du Nord. S’en sont ensuivies des années de violences, marquées par des attentats de l’IRA contre les protestants de Belfast et par des représailles sanglantes, perpétrées par l’armée britannique à l'encontre des catholiques. Le conflit ne s’est achevé qu'en 1998, mais « les troubles », ainsi qu’on les appelle en Irlande du Nord, semblent déjà disparaître de l’esprit de la jeune génération. Aujourd’hui, les quartiers abritant les anciens bastions des combattants sont devenus des sites touristiques. À Belfast souffle un vent nouveau, qui modifie en profondeur l’ambiance de la ville et dynamise l’économie du territoire.

Une ville entièrement réaménagée

Le centre-ville, visé autrefois par les attentats, est devenu un lieu sûr, et même tendance. Les gens sont revenus, les restaurants ont rouvert, les coupe-gorges ont été réaménagés en ruelles commerçantes. Plusieurs églises ont été transformées en boutiques ou encore en salons de tatouage. Les murs, qui divisaient les communautés, ont été abattus ou se sont transformés en musée à ciel ouvert, accueillant les œuvres des street artists. Aujourd’hui, la jeunesse ne puise plus son inspiration dans le conflit ou dans la religion. L’ancien quartier des chantiers navals, qui a notamment hébergé la construction du Titanic, est aussi en mutation radicale. De nombreux appartements, des studios de cinéma, une université, un stade de hockey sur glace, et, surtout, un musée dédié au célèbre paquebot ont remplacé les grues de construction navale. Ce dernier monument a même été élu " meilleure attraction touristique du monde " aux World Travel Awards 2016.

L’économie en plein boom

L’industrie du pays, principalement les chantiers navals et le textile, ne représente plus qu’environ 15 % du produit intérieur brut de la région, contre 30 % il y a cinquante ans. Elle a été progressivement remplacée par les services, qui génèrent aujourd’hui plus de 70 % du PIB. Avec près de 50 % de croissance sur les sept dernières années, le pays connaît une dynamique folle. C’est d’ailleurs la deuxième plus forte progression du Royaume-Uni. Le taux de chômage, qui atteignait environ 20 % dans les années 1980, est retombé sous le seuil des 6 %. Grâce à quoi ? Une main d’œuvre qualifiée, d’excellentes universités et surtout un taux d’imposition des sociétés extrêmement faible. Ce dernier sera fixé à 12,5 % à partir d’avril 2018, soit le plus bas des pays du G20. Belfast attire ainsi de nombreux investisseurs et start-up. Les moteurs de la nouvelle économie ? L’information, les technologies, l’éducation et le management.

La ville s’est renouvelée dans sa globalité : le travail des muscles a fait place à celui du cerveau, comme les groupes armés à la jeunesse pacifiste. Reste à espérer que le Brexit ne compliquera pas la tâche de reconstruction de ce territoire, qui a tant lutté pour faire peau neuve.

Retrouvez le reportage Belfast change d’ère dans le n° 213 du magazine National Geographic, publié en juin 2017.

 

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