Voyage

Les Maldives : derrière la carte postale

Nos reporters ont délaissé les plages immaculées pour partir à la rencontre des Maldiviens.mercredi 13 février 2019

De Marie-Amélie Carpio-Bernardeau
Photographie De Emanuela Ascoli
Après un pique-nique familial sur la plage, Aishath, Maryam et Zahira se rafraîchissent dans quelques centimètres d’eau et y tiennent salon.

C'est l'heure bleue sur l'île de Villingili. Le soleil s’est éteint dans des vapeurs rosées, laissant le ciel et la mer se fondre dans un même gris bleuté. L’air du soir embaume le jasmin et vibre des cris des chauves-souris, ragaillardies par la fraîcheur nocturne. L’obscurité tombe tôt sous l’Équateur. À peine ai-je eu le temps de contempler les lieux à mon arrivée. L’aperçu fut bref, mais la vision familière. Avec son lagon aux allures d’aquarium, ses plages de sable immaculées et ses cocotiers, l’île réunit le sacrosaint triptyque du paradis tropical. Ses villas sur pilotis ajoutent encore à la carte postale. Au Shangri-La’s Villingili Resort & Spa, la réalité dépasse le cliché. L’établissement est l’une de ces luxueuses îles-hôtels qui font la renommée des Maldives. Du moins de la version pour touristes. 

Car le territoire ne compte pas seulement quelque deux mille îles, mais deux mondes parallèles. Côté pile, un État régi par un mélange de droit commun et de charia, l’alcool, les relations sexuelles avant le mariage et toute croyance autre que l’islam sont bannies, la flagellation étant promise aux femmes adultères. Côté face, les îlots inhabités où ont été bâtis les complexes touristiques, des zones franches, à rebours de tout ce que la morale islamique réprouve. Il n’est pas jusqu’à l’écoulement du temps qui ne diffère, les hôtels ayant une heure d’avance sur le fuseau horaire local, pour que les visiteurs profitent plus longtemps de la lumière du jour. Un paradoxe plus qu’assumé, volontairement planifié. Le concept même des îles-hôtels, développé depuis le boom touristique des années 1970, doit son existence à la volonté d’isoler les Occidentaux des autochtones pour prévenir toute corruption des moeurs. Si la coexistence pacifique est la règle, quelques accrocs grippent parfois le grand écart : en 2003, l’ancien président Maumoon Abdul Gayoom déclarait protéger « les récifs et les 300 000 musulmans des Maldives de la double menace du réchauffement climatique et des hordes en bikinis », tandis qu’en 2012, les autorités décrétaient brièvement la fermeture des spas, brocardés comme des lieux de débauche, avant de se raviser, le réalisme économique reprenant ses droits. Longtemps la frontière entre ces deux univers fut étanche. Les visites des îles habitées restaient interdites, sauf permis spécial.

Depuis l’avènement de la démocratie en 2008, les touristes sont libres de leurs mouvements. Mais la topographie même de l’archipel, éclaté en une myriade de confettis, entrave les déplacements. Rarement les deux mondes se rencontrent. Le Shangri-La, par sa situation, offre une opportunité rare, celle de combiner le décor et son envers, la découverte de la vie locale. Situé à l’extrême sud des Maldives, il n’est séparé que de quelques kilomètres des autres îles qui composent l’atoll d’Addu, dont la majorité sont reliées par des ponts, qui en font, sur 17 kilomètres de long, la plus grande surface continue de terre du pays, et la deuxième concentration de population après Malé, la capitale, avec près de 30 000 habitants.

Le lagon de Villingili est le paradis des poissons. Au retour de notre journée de pêche, des dizaines de dauphins escortent notre bateau.

Le matin, je rallie Gan, à cinq minutes de speed boat de l’hôtel. D’une île à l’autre, les petites bourgades se succèdent, s’étalant en habitations basses entourées de bananiers et de manguiers, ponctuées par des commerces aux couleurs criardes. Les rues, ordonnées autour d’une route principale, sont quasi désertes, les habitants se partageant entre grasses matinées et entretien de la maison en ce début de week-end. « Les constructions sont limitées à trois étages, car le sol n’est pas assez solide pour supporter davantage ; dès 1,3 mètre de profondeur, il y a de l’eau douce », me précise Shirham, qui me guide pour une visite d’Addu. Il attire mon attention sur de vieilles demeures aux murets constitués de pierres grisâtres irrégulières, en fait du corail, jadis le principal matériau de construction. Il est midi, l’île de Feydhoo s’éveille. Une nuée de Mobylettes converge devant la plus grande mosquée de l’île pour la prière du vendredi. « Road till I drop, ride till I die » (« Sur la route jusqu’à ce que je tombe, à moto jusqu’à la mort »), proclame un tag sur un mur, clin d’oeil à la suprématie locale des deux-roues. 

Ici, le temps infuse lentement. Le reste de la journée s’étire mollement le long des plages, dans un après-midi brûlant et immobile, bercé par le bruit des vagues. Le tempo n’est guère différent de celui des hôtels, seul le dress code change. À Maradhoo, sur la plage de Gauken’di, la plus vaste de l’atoll, aucun bikini à l’horizon. La plupart des femmes portent le hidjab et sont enveloppées de la tête aux pieds pour se baigner, certaines dans une longue tunique noire, d’autres dans des T-shirts et leggings. Ibn Battûta me revient en mémoire. Le grand voyageur arabe a séjourné dans l’archipel au XIVe siècle et livré le premier témoignage écrit sur les Maldives. Il y peste contre son incapacité à convaincre les femmes de se vêtir au-dessus du nombril. Les grands-mères du pays ont connu ce temps où l’on se promenait avec un simple pagne noué à la taille. Saisissant contraste avec le port quasi généralisé du voile aujourd’hui, dont les têtes se sont couvertes sous l’influence de prêches rigoristes venus d’Arabie Saoudite. Difficile toutefois d’en tirer un baromètre sur l’évolution de la condition féminine. Les anciennes générations étaient aussi celles des enfances perdues dans des mariages précoces et arrangés. Du reste, les petits accommodements avec la charia sont légion, des tenues moulantes bien peu conformes aux injonctions religieuses, aux fréquentations discrètes entre jeunes des deux sexes, même si l’anathème sur la fornication avant le mariage incite à convoler sans délai. Revers de la médaille, ces noces sont souvent à durée limitée, faisant des Maldives le pays avec le plus fort taux de divorce au monde.

Un banc de poissons chirurgiens à poitrine blanche nage dans le lagon de Villingili.

Sur la plage, à quelques mètres du bord, Aishath, Maryam et Zahira tiennent salon, allongées de tout leur long dans quelques centimètres d’eau translucide. « J’ai 11 enfants », m’indique Aishath, la cinquantaine, en guise de présentation, avant de me demander en riant où se trouve mon mari. À l’ombre des scaévola lilas, elle me raconte qu’elle venait déjà là petite fille, « mais à l’époque, on mangeait du riz et des bananes », précise-t-elle, canettes de Coca et bassine remplie de spaghetti bolognaise à ses pieds. Et de me tendre ce qui ressemble à un pot de confiture de coing, désireuse de me faire découvrir une spécialité locale. Le condiment rouge sombre, relevé, a un fort goût de poisson. Le rihaakuru n’est rien moins qu’une confiture de thon, obtenue après que celui-ci a mijoté pendant une semaine dans de l’eau et des piments. On le consomme dilué sur du riz. Aux Maldives, les conversations tournent rapidement autour de la nourriture. Les plats traditionnels y coexistent avec les produits d’import comme les menus McDonald’s commandés à des parents installés au Sri Lanka voisin : les Big Mac sont embarqués sur la navette Colombo-Gan et font le trajet en moins de deux heures d’avion. À la fin de notre échange, Aishath me dit prévoir un grand pique-nique sur un îlot désert, l’un des loisirs de prédilection des habitants. Il réunira en décembre la famille éloignée, installée à Malé. Serai-je encore là, demande-t-elle, me conviant à la fête.

Sur les plages, le dress code est variable : la majorité des femmes est voilée, une minorité ne l’est pas, elles sont encore moins nombreuses à porter le voile intégral (niqab).

Un peu plus loin, à peine ai-je salué Aiminath et Mariyam qu’elles me tendent du thé et une assiette débordant de gulah, de délicieux beignets à base de thon, de noix de coco, d’oignon et de piment. Et une friandise prisée ici comme dans une grande partie de l’Asie : des noix de bétel enduites de chaux. Je goûte la chose, peu engageante sur le papier, et tout aussi désagréable en bouche, qui laisse un goût âcre et une sensation d’anesthésie digne d’un rendez-vous chez le dentiste. Les divertissements des deux jeunes femmes se partagent entre plage et cafés. « Il n’y a pas grand-chose à faire ici », glisse Aiminath. Pas étonnant que le Nature Park, la nouvelle attraction d’Hithadhoo, affiche complet. Cette zone protégée de 800 hectares propose diverses activités. Observation des oiseaux, snorkeling, canoë… 

Depuis l’une de ses embarcations, trois générations de femmes s’esclaffent. « Je ne peux pas en faire avec elles, elles ne savent pas ramer », s’écrie une grand-mère édentée, qui partage l’embarcation avec sa fille et sa petite-fille sur un plan d’eau entouré de mangrove. Sur la rive, un autre pan de l’arbre généalogique pouffe. « On voit facilement des raies pastenagues ici », m’indique l’un des moniteurs, séquence vidéo à l’appui sur son portable. « C’est moi qui fais tout le boulot, comment je pouvais voir les raies ? », repart la grand-mère. On ne lui apprend rien, dit-elle, se souvenant des récits des pêcheurs qui venaient ici autrefois et se faisaient piquer par l’animal. Aujourd’hui, le Nature Park promet un double bénéfice aux habitants : outre les loisirs proposés, une partie de l’argent tiré de ses activités sera réinvesti dans des projets communautaires. Installée avec ses soeurs et ses cousins près du spot de snorkeling du parc, Siyana, portable pendu au cou pour immortaliser ses rencontres aquatiques, est aux anges. Pour les locaux, la mer n’est un terrain de jeux que depuis peu. « Quand j’étais petite, je ne savais pas nager. Maintenant, les enfants apprennent à l’école », dit la jeune femme, alors que sa parentèle entame une partie de balle aux prisonniers. La journée a été planifiée sur Viber. « J’ai créé un groupe et dit à chacun ce qu’il devait apporter. J’ai gardé le plus simple : j’ai fait le thé ! » Plus tard, elle m’enverra un message pour m’inviter, elle aussi, à leur prochain pique-nique. 

Les Maldiviens ont décidément le sens de l’accueil. Question de pragmatisme – le tourisme représente 40 % du PIB –, mais cela procède aussi d’une ouverture et d’une curiosité réelles à l’égard d’autrui. L’histoire du pays, lieu de passage et de brassage, n’y est sans doute pas pour rien. Peuplé il y a plus de 2 500 ans par des populations venues du Sri Lanka et d’Inde, auxquelles il doit son passé hindou et bouddhiste avant sa conversion à l’islam en 1153, l’archipel a joué dès le premier millénaire un rôle de carrefour sur la route maritime entre l’Asie du Sud-Est et la péninsule arabe, où marchands et marins s’approvisionnaient en cauris, des coquillages utilisés comme monnaie en Asie et en Afrique, et en poisson séché.

Sur l’atoll d’Addu, les loisirs se partagent entre la plage et le Nature Park, une ancienne décharge entièrement réhabilitée en zone protégée, qui propose diverses activités. Dont le canoë, sur lequel se retrouvent aujourd’hui cette grand-mère avec sa fille et sa petite-fille.

La pêche est toujours la grande affaire des Maldiviens, et la deuxième activité économique après le tourisme. Pour la famille Gahaa, c’est un business qui roule depuis vingt ans. On me conseille d’aller voir cette maison, la plus réputée de Maradhoo, qui vend du thon sur le marché local et à l’export. Dans une arrière-cour aux murs noircis, des thons jaunes baignent dans une énorme marmite, sous un feu de bois mourant. Après être restés 24 heures dans de l’eau chaude salée, ils passeront deux autres jours dans un séchoir chauffé avec des coques de noix de coco, m’explique-t-on. Je repars avec un sachet d’hikimas, des rouleaux de thon séché, et un addu bondi, un bâton de noix de coco et de sucre tout aussi populaire, cadeau de la maison. 

« 90 % de notre nourriture, c’est du thon. On en mange au petit-déjeuner, au déjeuner, au dîner, parfois même avec le thé du soir. Il coûte à peine plus d’un dollar le kilo », s’amuse Shamweel Gasim. Cet ancien joueur de la sélection nationale de football reconverti dans la pêche m’embarque, un matin, pour une virée hors du lagon en compagnie d’Asim Ibrahim, guide naturaliste au Shangri-La. Ce jour-là, l’océan Indien est une mer d’huile. À l’arrière du petit bateau d’environ 5 mètres, Asim pêche à la ligne, laissant dériver un filin en plastique d’une centaine de mètres avec un faux poisson en guise d’appât. Une technique traditionnelle de plus en plus délaissée pour les cannes à pêche modernes. À l’avant, muni de l’une d’elles, Shamweel se repère aux gygis blanches et aux noddis bruns qui volettent à la surface de l’eau, indices sûrs de la présence de bancs de petits poissons, également prisés des thons. Son savoirfaire ne doit rien à la tradition familiale, mais tout à l’école de la plage. « On y passait nos journées quand on était enfants. On a appris en regardant les pêcheurs. » Une première bonite à ventre rayée se retrouve à bord, puis une seconde, et finalement un thon jaune de 8 kilos, que les deux hommes doivent assommer de plusieurs coups de bâton pour le remonter. « Le plus gros que j’ai attrapé faisait 97 kilos. Il était plus grand que moi ! », se souvient Shamweel, qui dit pêcher « pour Instagram », postant ses prises sur Internet comme nombre de ses confrères. Alors que nous regagnons le lagon, une cinquantaine de dauphins pointent leurs nageoires. « Les gens ici ne se rendent pas compte de la beauté de l’océan, estime Shamweel. Quand je fais du snorkeling avec des amis, ils me disent “viens, allons faire quelque chose”. Pour eux, ça consiste à aller boire un café et bavarder. »

À l’arrière de son petit bateau, Asim remonte un thon jaune de 8 kilos. Une belle prise ! Mais elles sont parfois beaucoup plus imposantes. Sur les grands bateaux, les pêcheurs portent des casques pour se protéger des coups de nageoire des poissons, dont les plus gros peuvent dépasser 200 kilos.

Dans l'atoll, les soirées alternent entre cafés-restaurants et séances télé, en particulier devant les bluettes sentimentales made in Bollywood, avalées à si haute dose que les jeunes Maldiviens comprennent l’hindi. Des concerts égayaient bien la vie nocturne avant, mais ils se font rares. Certains y voient l’influence des cheikhs fondamentalistes, qui fustigent la musique. Sous le manguier d’un jardin d’Hithadoo, dans la maison qui leur sert de studio, les membres de Black Pearl, le seul groupe professionnel d’Addu, blâment quant à eux le manque de subvention et la politique, depuis l’avènement de la démocratie, qui succéda à un sultanat, un protectorat britannique et une dictature.

« La transition a été trop brutale, les Maldiviens n’avaient pas l’expérience du multipartisme, la communauté s’est divisée. Même les pêcheurs affichaient sur leurs bateaux les couleurs du parti qu’ils soutenaient. Ce ne sont pas seulement les concerts, mais aussi les occasions de nous rassembler qui ont diminué, estime Nasru, le claviériste du groupe, par ailleurs blogueur politique très actif. Maintenant que les gens se sont habitués, la situation est en train de revenir à la normale. » D’autant qu’Addu a majoritairement voté pour le nouveau président, Ibrahim Mohamed Solih, après que la dérive autoritaire de son prédécesseur et l’absence de perspectives de développement local ont fait l’unanimité contre lui. Le soir, le groupe égrène des standards pop-rock internationaux au Shangri-La. Une couverture, concession aux rythmes classiques prisés des vacanciers. Black Pearl pour les resorts, ils deviennent Harmonicdoom sur la scène locale, un groupe de metal au son lourd et verbe haut, dont les textes dénoncent entre autres la drogue qui gangrène l’archipel.

Dans leur studio, les membres du groupe Black Pearl répètent Metallica et Dire Straits, des morceaux de rock international qu’ils jouent le soir devant les touristes des resorts. Sur la scène locale, ils changent de nom, deviennent Harmonicdoom, et leurs textes, engagés, dénoncent les problèmes de l’archipel.

Le lendemain matin, Asim m’emmène découvrir la végétation de l’île. Parmi ses curiosités figurent l’hibiscus tiliaceus, dont les fleurs jaunes virent au pourpre la nuit, ou encore le noni, un petit fruit vert pâle dont l’odeur, tenue pour pestilentielle par les locaux, rappelle celle du roquefort. À la pointe sud de l’île, nous gagnons le sommet du mont Villingili, le point le plus élevé des Maldives. Soit une marche de quelques pas sur ce qui est aujourd’hui un petit monticule herbeux du terrain de golf de l’hôtel. Le relief miniature, qui s’élève à 5,1 mètres au-dessus du niveau de la mer, résume à lui seul la vulnérabilité des Maldives face à l’élévation du niveau des mers. Depuis l’organisation d’un très médiatique conseil des ministres sous-marin, en 2009, le pays est devenu le symbole de la menace d’engloutissement que le réchauffement climatique fait peser sur les micro-États insulaires, et une injonction planétaire au développement durable. Mais le mode de développement local fragilise aussi l’archipel. Le concept de conservation est une idée neuve aux Maldives, m’avait expliqué Aishath Farhath Ali, qui coordonne le Nature Park. « Le corail n’est plus utilisé pour la construction, mais le sable des plages si, même si c’est illégal. Il est six fois moins cher que les matériaux importés. Les gens disent qu’ils l’ont toujours fait, ils ne comprennent pas que cela peut affecter l’environnement. » La gestion des déchets est l’autre grand défi. Les bouteilles plastiques traînent partout dans les îles.

Sur la plage de Meedhoo, des noix de coco sont chargées sur un bateau qui les transportera jusqu’au port de Malé, la capitale. En dehors de la pêche et des fruits locaux, l’essentiel des biens de consommation aux Maldives est importé et arrive sur les îlots par bateau.

Sur Meedhoo, les habitants ont pris le problème à bras-le-corps et fondé une ONG, Nala Fehi Meedhoo. Difficile d’imaginer que la plage que je contemple, depuis les douces oscillations d’une balancelle, est une ancienne décharge à ciel ouvert. « Nous venons régulièrement collecter le plastique sur les plages, et nous sensibilisons les enfants et leurs parents », m’explique Mohammad Kamil, l’un de ses membres. Je fais un détour par la petite bibliothèque municipale, et son mini-musée d’histoire attenant. Dans l’unique pièce, grande comme un mouchoir de poche, je suis seule à contempler quelques objets centenaires, une karufehi libaas, une robe traditionnelle ornée de broderies, un voshu filaa, une tablette en bois couverte d’une fine couche de sable, assortie d’un stylet en bambou, qui étaient jadis utilisés pour apprendre à écrire aux enfants, et des maruvalhi, des sandales en bois réservées à la royauté. L’après-midi, je croise une vingtaine de personnes qui se prélassent sous les arbres devant la plage de Koakandu. L’assemblée réunit famille et amis qui ont aménagé ce coin de littoral il y a un an, suspendant des hamacs aux branches. L’une des femmes, Samana, m’entraîne sur la plage. Elle veut me montrer des blocs de béton et des sacs de ciment qu’elle et les siens ont installé il y a deux mois pour lutter contre l’érosion de la côte. « La prochaine fois, me lance-t-elle quand je prends congé, dites-nous quand vous venez, on vous préparera un bon repas. »

 

Ce reportage a été publié dans le numéro 13 du magazine National Geographic Traveler (hiver 2019).

 

CARNET DE NOTES

Prise par drone, cette photo montre quelques-unes des soixante water villas du Shangri-La, auxquelles on accède par une passerelle de bois qui surplombe l’eau turquoise du lagon de Villingili.

QUAND PARTIR

La meilleure période s’étend de février à juin. Évitez les mois de mousson, d’août à novembre.

 

Y ALLER

Alitalia propose des vols Paris-Malé 4 fois par semaine, via Rome, en environ 13 h 30 (avec 2 heures d’escale). Trois classes de voyage (Magnifica, Premium Economy et Economy) sont proposées. La classe Magnifica, la business de la compagnie, dispose de sièges inclinables à 180 ° avec fonction massage, et des repas gastronomiques agrémentés d’une carte de vins italiens servis à la demande. Cette classe propose également une connection Wi-Fi. À partir de 599 € l’aller-retour. Une fois à Malé, un vol intérieur avec Maldivian permet de rallier Gan en 2 heures. 

 

OÙ SÉJOURNER

Plus ancien hôtel d’Addu, le Shangri-La’s Villingili Resort & Spa propose 132 luxueuses villas, certaines sur pilotis, d’autres équipées de piscines, situées sur la plage ou dans la forêt. Outre les sites de snorkeling accessibles en solo, l’hôtel propose de nombreuses activités : plongée sous-marine, snorkeling avec les tortues, croisière d’observation des dauphins, circuit découverte de la faune et de la flore de Villingili, mais aussi visites guidées d’Addu, axées sur la découverte de l’histoire et de la culture maldiviennes. Les clients peuvent participer au programme de réimplantation de corail mené par l’hôtel, par ailleurs impliqué dans divers projets avec les communautés locales, dont la rénovation du bâtiment abritant la bibliothèque et le musée de Meedhoo, et un partenariat avec une cinquantaine de fermiers de l’île, qui fournissent 25 à 30 % des fruits et légumes consommés dans les trois restaurants de l’établissement (mention spéciale au Fashala pour son carpaccio de mahi mahi avec sorbet mangue et mandarine). Ne manquez pas de faire un tour au spa, pour un Kandu Boli Ritual, un massage traditionnel avec coquillages et huile de coco.

 

DÉCOUVRIR ADDU

Si vous êtes une femme, veillez à avoir les épaules et les cuisses couvertes, que vous vous promeniez dans les rues ou que vous alliez vous baigner. Vous n’aurez aucun mal à engager la conversation avec les habitants, qui joignent à leur amabilité une maîtrise assez généralisée de l’anglais. Le soir, lorsque les plages se vident, allez dîner au Suvadive Cafe, LE bar-restaurant tendance d’Hithadhoo. Au menu, une cuisine fusion mêlant influences européennes, maldiviennes et asiatiques servie dans un patio sur fond de musique pop-rock.

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