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Mexique : reportage au sommet du Popocatepetl

Le 12 mars, jour de la Don Gregorio, les habitants du village de Santiago de Xalitzintla participent à une cérémonie d’offrande au Popocatepetl. Une journée rare et intense pour ces pèlerins en quête de communion avec la nature.jeudi 2 mai 2019

De Robin Roynard
La veille de la cérémonie du 12 Mars, le jour se lève sur le deuxième plus haut sommet du Mexique, le Popocatepetl.

L'aurore fait son apparition dans le ciel étoilé. Il est cinq heures du matin, nous sommes le mardi 12 mars 2019 à Santiago de Xalitzintla. Devant la maison d’Antonio et Ines Analco, dits Don Antonio et Dona Ines, s’amassent durant une heure une centaine de personnes. Habitants du village, de la région de Puebla ou d’autres états mexicains, ces pèlerins viennent gravir le mythique Popocatepetl. Pour la Don Gregorio ou Don Goyo, des offrandes seront déposées en son sein. Une manière de remercier la nature et le volcan lui-même pour ce qu’il apporte au territoire.

Le mythe des volcans Popocatepetl et Ixtaccìhuatl est bien connu des habitants de la région. Apprenant la supposée mort du guerrier dont elle est éperdument amoureuse, une princesse est emportée par le chagrin. Mais quand l’homme revient à sa dulcinée, il est déjà trop tard. Désespéré,  ce dernier met fin à ses jours. Par la suite, les dieux décidèrent de faire vivre pour toujours les amoureux perdus. Le guerrier devint le Popocatepetl, la princesse l’Ixtaccìhuatl. Les volcans étaient nés.

Les premiers rayons du soleil caressent les volcans et la vallée. Aux alentours de six heures le convoi part en direction du Popocatepetl, surnommé Popo ou Don Goyo par les habitants de la région. Une quinzaine de camionnettes, trucks et voitures se succèdent sur la piste menant au versant est du volcan. Une heure plus tard, l’ascension du Popocatepetl débute. Chacun marche à son rythme. De multiples groupes se forment. Doña Ines mène une vingtaine de personnes dans son sillage.

Dona Ines veille sur un groupe de marcheurs. Elle va mener vingtaine de personnes jusqu’au sommet du Popocatepetl.

Les premiers rayons du soleil caressent les volcans et la vallée. Aux alentours de six heures le convoi part en direction du Popocatepetl, surnommé Popo ou Don Goyo par les habitants de la région. Une quinzaine de camionnettes, trucks et voitures se succèdent sur la piste menant au versant est du volcan. Une heure plus tard, l’ascension du Popocatepetl débute. Chacun marche à son rythme. De multiples groupes se forment. Doña Ines mène une vingtaine de personnes dans son sillage.

Au cours de la montée, une première explosion surgit du volcan. Le Popo fume. Les pèlerins s’extasient, communient. La suite de l’ascension est la plus ardue. Le sol volcanique sablonneux empêche de grimper aisément. Le vent soulève des masses de poussière. Atteindre le nombril du volcan, lieu de la cérémonie à plus de 4600 mètres d’altitude et après plus de trois heures de marche, est une prouesse réalisée par tous, des enfants aux octogénaires. Pour de nombreux marcheurs la fin de l’ascension est difficile, harassante.

La cérémonie approche. Antonio Analco arrive sur les lieux. Don Antonio est le « tiempero » de Santiago de Xalitzintla, littéralement le maître du temps, du climat. Il communique avec le volcan depuis plusieurs dizaines d’années et lui rend hommage autant que possible. Après avoir embrassé la roche volcanique, il dirige la fin des préparatifs. Il faut d’abord nettoyer et donner une nouvelle allure à la voute de l’amas de roche volcanique qui héberge le lieu de culte. Depuis la dernière ascension, en novembre, rien n’a bougé. Une fois vêtue de nouveaux habits, parée de bouquets de fleurs, la « montagne qui fume », popoca–teptl en nahualt, est prête pour accueillir la cérémonie. Antonio et Ines Analco, les guides spirituels, s’installent au plus proche du volcan. Un chantre se place entre les deux. Il lit les incantations pendant que les fidèles viennent offrir leurs présents. Sont entreposés sur la nouvelle nappe proche de la roche, pêle-mêle : fruits, légumes, pains de maïs, alcool, eau, café et le « mole » de dinde, plat mexicain à base notamment de cacao qui fait la fierté de sa population.

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La cérémonie se clôture par des incantations sous le copal mexicain. Cet encens, déplacé sous la roche par deux prêtresses, invoque l’esprit de communion entre les dévots et la terre dont ils dépendent. Symbole de ce syncrétisme mélangeant le christianisme et les traditions ancestrales préhispaniques, la célébration traverse le temps. L’émotion est visible, palpable. Les visages des pèlerins semblent marqués par la communion. Ils laissent derrière eux le volcan, entament la descente. Ils reviendront bientôt pour l’une des quatre ascensions annuelles.

Aux abords d’une étendue de sable, l’assistant du tiempero stoppe la marche. Il noue des rubans dans les trous du sceptre qu’il est tenu de transporter. Il appelle ensuite les pèlerins néophytes à le rejoindre. Ces derniers se saisissent des bouts de tissus. Ils vont être « baptisés ». Ils devront passer les uns à côté des autres, successivement par la gauche puis par la droite, pour former peu à peu une somptueuse tresse arc-en-ciel. Don Antonio est en retrait. Il joue un doux air d’harmonica qui retentit pendant toute la danse. Ce ballet en contrebas du volcan représente pour les fidèles l’ultime étape de communion et de partage avec le Popocatepetl. Les rubans sont attachés entre eux à la fin de la danse. Les pèlerins partagent ensemble un dernier repas avant de rejoindre la route et de retrouver leur village.

La fin de journée voit le volcan masquer le soleil, imposant son ombre et sa grandeur à la région. Le colosse continue de fumer. Comme chaque jour.

Les autorités s’inquiètent des explosions successives. En activité depuis 2005, il menace les environs de Puebla. Vivant à moins de dix kilomètres du cratère, les habitants du village s’en accommodent. L’harmonie avec la nature est leur mantra.

Ils seront de nouveau présents en mai pour remercier, implorer de sa clémence, ce géant de la nature qui guide et accompagne la vie des habitants de Xalitzintla et de la région des volcans.

 

Robin Roynard est un journaliste voyage basé en France. Ce reportage est sa deuxième contribution pour National Geographic.

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