Cet homme a vécu seul sur une île déserte pendant 31 ans

Mauro Morandi a trouvé la paix en s'isolant du monde des décennies durant.

De Gulnaz Khan
Photographie De Michele Ardu
Mauro Morandi vit seul sur l'île Budelli, en Italie, depuis 31 ans. "Ce que j'aime le ...
Mauro Morandi vit seul sur l'île Budelli, en Italie, depuis 31 ans. "Ce que j'aime le plus, c'est le silence", dit-il. "Le silence en hiver quand il n'y a pas de tempête et que personne n'est là, mais aussi le silence en été quand le soleil se couche."
Photographie de MICHELE ARDU

En 1989, le catamaran de Mauro Morandi, dont le moteur était à l'arrêt et l'ancre à la dérive, échoua sur la côte de l'île de Budelli, située sur un plan d'eau entre la Sardaigne et la Corse. Par chance, Morandi apprit que le gardien de l'île partait à la retraite. Il décida alors de vendre son bateau et de prendre la relève.

Trente et un ans plus tard, Morandi reste le seul résident et gardien de l'île.

Le parc national de l'archipel de la Maddalena comprend sept îles. Budelli est considérée comme la plus belle d'entre elles pour sa Spiaggia Rosa, ou Plage rose. Le sable rose tire sa teinte inhabituelle de fragments microscopiques de coraux et de coquillages, que les marées changeantes ont peu à peu polis.

La lumière du soleil inonde le porche de Morandi, où il aime dîner et lire pendant l'été.
Photographie de Michele Ardu

Au début des années 1990, la Spiaggia Rosa a été classée comme un lieu de « haute valeur naturelle » par le gouvernement italien. La plage a été fermée pour protéger son écosystème fragile - seules certaines zones restent accessibles aux visiteurs - et l'île qui abritait des milliers de personnes s'est rapidement vidée pour ne plus en héberger qu'une seule.

En 2016, après une bataille juridique de trois ans qui opposait un homme d'affaires néo-zélandais et le gouvernement italien qui se disputaient la propriété du terrain, la justice a décidé que Budelli était partie intégrante du parc national de La Maddalena. La même année, le parc a contesté le droit de Morandi de vivre sur l'île, et l'opinion publique a rapidement réagi. Une pétition s'opposant à son expulsion a recueilli plus de 18 000 signatures, faisant de fait pression sur les politiciens locaux pour faire annuler son avis d'expulsion.

« Je ne partirai jamais. J'espère mourir ici, être incinéré et voir mes cendres dispersées, emportées par le vent », sourit Morandi, qui a maintenant 81 ans. Il a la profonde conviction que toutes les formes de vie sont un seul et même cycle, celui de la Terre - que nous faisons tous partie de la même énergie, qui invite Morandi à rester sur l'île sans autre forme de compensation. Les stoïciens de la Grèce antique appelaient sympatheia ce sentiment que l'univers est un organisme vivant indivisible et unifié en perpétuel mouvement.

Malgré son aversion pour le genre humain, Morandi protège l'environnement de Budelli avec ferveur et éduque les visiteurs estivants sur l'importance de respecter et de protéger ce précieux écosystème.

« Je ne suis ni botaniste ni biologiste », dit Morandi. « Oui, je connais les noms des plantes et des animaux, mais mon travail est très différent. Je voudrais que les gens comprennent que nous devons essayer de ne pas regarder la beauté, mais bien de ressentir la beauté les yeux fermés ».

Les hivers à Budelli sont à la fois beaux et solitaires. Morandi vit de longues périodes - jusqu'à vingt jours - sans aucun contact humain. Il trouve du réconfort dans l'introspection que ce temps lui offre, et s'assoit souvent sur la plage avec comme uniques compagnons le bruit du vent et le spectacle des vagues.

« Je suis en quelque sorte en prison ici », dit-il. « Mais c'est une prison que j'ai choisie. »

Morandi passe le temps avec des activités créatives. Il sculpte le bois de genévrier, trouvant des visages cachés dans leurs formes nébuleuses. Il lit avec zèle et médite sur la sagesse des philosophes grecs et des prodiges littéraires. Il prend des photos de l'île, s'émerveillant de la façon dont elle change d'heure en heure, de saison en saison.

Morandi siffle doucement au coucher du soleil - son moment préféré de la journée, quand le monde semble se calmer. "Nous pensons que nous sommes des surhommes, voire des créatures divines, mais nous ne sommes vraiment pas grand chose", dit-il. "Nous devons nous adapter [au rythme de] la nature."
Photographie de Michele Ardu

Ce comportement n'est pas rare pour les personnes qui passent de longues périodes seules. Les scientifiques soutiennent depuis longtemps que la solitude est mère de créativité.

Mais les avantages de la solitude peuvent ne pas être universels. « La solitude peut être stressante pour les membres de sociétés technologiquement avancées qui ont été formées pour croire que la solitude devait être évitée », écrit Pete Suedfeld dans Loneliness: A Sourcebook of Current Theory, Research and Therapy. Il existe néanmoins de nombreuses cultures laïques et cultuelles à travers le monde qui vénèrent et favorisent la solitude.

Lorsque le Wi-Fi s'est inévitablement frayé un chemin vers cette île (quasi) inhabitée, Morandi a commencé à partager son coin de paradis bien-aimé avec le reste du monde via les réseaux sociaux. Embrasser cette nouvelle forme de communication est sa concession au nom d'un objectif plus grand : faciliter le lien entre les gens et la nature en les exposant à sa beauté. Un lien qui, Morandi l'espère, motivera les gens à prendre soin de la planète, et ce peu importe où ils se trouvent.

« L'amour est une conséquence absolue de la beauté, et vice versa », explique Morandi. « Quand vous aimez profondément une personne, vous la trouvez belle, mais pas parce que vous la voyez comme physiquement belle... vous avez de la compassion pour elle, vous êtes devenu une partie d'elle et elle est devenue une partie de vous. C'est la même chose avec la nature. »

 

Michele Ardu est un photographe basé à Londres. Retrouvez-le sur Instagram @michelearduphoto.
Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.
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