Le Portugal, terre de lumière

Au Portugal, tout est baigné de lumière. Prêts à vous prélasser dans l'éclat de la destination la plus radieuse du monde ? Suivez le guide.

Thursday, October 8, 2020,
De Anne Farrar / National Geographic Traveler
Avec ses six ponts enjambant le fleuve Douro et ses bateaux chargés de fûts de vin, ...

Avec ses six ponts enjambant le fleuve Douro et ses bateaux chargés de fûts de vin, Porto brille à l'heure du crépuscule. 

Photographie de Stbaus7/Getty Images

C’est éblouissant. Éblouissant à en pleurer. Je plisse les yeux, aveuglée par le soleil de fin d’après-midi au volant de ma voiture, alors que je quitte Lisbonne en roulant vers le nord. Je finis par sortir de l’autoroute après un tunnel, pour apercevoir ma destination : Porto. La cité scintille dans la lumière ibérique. Recouverte de teintes pâles et de carreaux de faïence, la deuxième plus grande ville du Portugal déploie un panorama de bleu, de jaune, de brun et de vert. Les couleurs m’apaisent; elles soulagent mes yeux et me détendent. On est en octobre, une brise fraîche souffle.

Je quitte mon véhicule et pars arpenter un labyrinthe de rues et de ruelles. En suivant une mélodie qui flotte dans l’air, je tombe sur un homme avec un vieil orgue de Barbarie. Il est accompagné d’une poule soie qui picore des graines sur une table comme si elle dansait au son de la musique. La lumière du soleil a gravé sa silhouette de musicien de rue sur le mur derrière lui. La scène ressemble à s’y méprendre à un tableau de l’École de La Haye. Je pose une pièce d’un euro dans son panier, prends une photo et reprends ma balade.

Mais elle est à nouveau rapidement interrompue. Il m’est impossible de faire plus de quelques pas sans m’arrêter pour admirer un mur en stuc disparaissant dans l’ombre, l’éclat rougeâtre des toits de tuiles, le reflet brillant du soleil sur un drap blanc qui sèche à l’extérieur. Cela fait un an ou deux que presque chacune des personnes que je rencontre me dit qu’elle revient du Portugal ou qu’elle est sur le point de s’y rendre. Toutes me vantent le charme de Lisbonne, l’atmosphère hors du temps de l’Alentejo et la magie de Porto. Quand je leur demande pourquoi ces lieux exercent un tel attrait, elles semblent à court de mots. « Fais-toi une idée par toi-même », me disent-elles.

J’appartiens désormais à leur club, appareil photo en main, à la recherche d’un je-ne-sais-quoi d’insaisissable ; une révélation qui dure, un moyen de s’accrocher aux moments fugaces que l’on vit en voyageant. La lumière pénètre à travers les rues tel un ruisseau entre des roseaux. Imprévisible et joueuse, elle rebondit, éclabousse, se réfléchit à l’angle d’édifices décorés de faïences. Clic, les carreaux bleu et blanc ; clic, les pâtisseries se reflétant dans une vitrine ; clic, la poussière soulevée par des ouvriers qui restaurent des bâtiments vieux de plusieurs siècles. Et d’autres visions encore : le monastère de Serra do Pilar, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, l’église gothique Saint-Francois. Des gens se rassemblent sur le pont Dom Luís pour admirer le coucher du soleil. Dans un café au bord de l’eau, une famille converse et rit tout en dégustant un bacalhau, le célèbre plat de morue salée portugais. Nouveau clic.

Portugal

Photographie de Carte du NG/Sources : Openstreetmap.org

Direction le Phare de Nazaré. Dans l’avion qui m’a amenée au Portugal, j’étais assise à côté d’un voyageur qui m’a fait part d’un secret n’ayant rien de bien gardé : Nazaré est l’une des plus belles stations balnéaires du pays. On y trouve aussi certaines des plus hautes vagues du monde. Les plus imposantes déferlent d’octobre à mai et, en novembre 2017, le surfeur brésilien Rodrigo Koxa est entré dans l’Histoire en prenant un rouleau de 24 m, battant ainsi le record du monde de la plus grande vague jamais surfée. Cette maîtrise des eaux a un précédent. Du début du XVe siècle jusqu’au XVIIe siècle, les marins portugais ont régné sur les océans et fait entrer l’Europe dans un âge de découvertes. Henri le Navigateur, prince du Portugal, poussait ses capitaines toujours plus loin en quête d’une route vers les Indes, créant ainsi un vaste empire commercial qui s’étendait de l’Afrique et de la péninsule Arabique à l’Amérique du Sud et aux Caraïbes. Les marins se repéraient grâce aux étoiles et comptaient sur les phares pour rester à distance des rochers.

Celui de Nazaré, qui est en service depuis 1903, offre le meilleur point de vue sur cette portion de la côte. On y est aux premières loges pour assister au ballet des surfeurs. Depuis ce perchoir qui fut jadis un fort, j’aperçois les vastes étendues de sable blanc qui s’étirent de part et d’autre de la falaise. Près de moi, des surfeurs scrutent la mer, une bière à la main, guettant le bon moment pour retourner à l’eau. Malgré la fraîcheur automnale, je peux aisément imaginer la foule que ces plages attirent l’été.

Lisbonne, ou la ville des reflets. La cité est aussi raide qu’une chemise amidonnée. L’odeur du pain et des vieux pavés m’appâte à l’intérieur des passages et des rues étroites de la capitale. Un expresso, un salut amical et un pastel de nata (le petit flan portugais) me font commencer la journée du bon pied. Des clients sont adossés au comptoir en verre du café Leitaria Académica. Ils sont servis par une barista au calme imperturbable, habituée à cette chorégraphie matinale.

 

 

La place Luís de Camões, du nom du grand poète portugais, est l’une des plus belles de Lisbonne. C’est un lieu de rassemblement prisé de la population, situé entre les quartiers animés du Chiado et du Bairro Alto.

Photographie de Francesco Lastrucci

La haute silhouette du château Saint-Georges surplombe ma balade dans les rues. Celtes, Romains et Maures ont tous, à un moment ou à un autre, revendiqué cet endroit et y ont chacun apposé leur marque, laissant un morceau de leur civilisation à découvrir aux résidents ultérieurs.

La vitalité de la ville me frappe tout particulièrement. Elle est ancienne et défraîchie, mais vibrante aussi. Mes pensées errent entre le passé et le présent. Puis je suis tirée de ma réflexion par une église envoûtante, par des étudiants chahutant près d’une fontaine ou encore par le spectacle de la relève de la garde devant le Palais national de Belém.

Des éclairs à l’horizon. Je roule de colline en colline à travers l’Alentejo et ses paysages agréables à la vue comme aux autres sens. La lumière du soleil se fraie un chemin à travers les chênes-lièges. Un taureau blanc endormi dans un champ me donne l’impression de voir un fantôme. Des cochons fourragent dans le sol à la recherche de glands (bellotas) qu’ils engloutissent les uns après les autres. Ce sont eux qui confèrent au jambon ibérique son délicieux arôme de noix. Châteaux et églises parsèment le sommet des collines ; ce sont des reliques du passé mais elles trônent toujours dans le présent. Les rues sont presque vides. On ne croise que quelques hommes râblés, aux mains et aux visages burinés, qui rentrent du café.

Des oliviers bordent l’allée qui mène au domaine agricole de São Lourenço do Barrocal, près de Monsaraz. Les propriétaires me précisent que certains ont plus de 1 000 ans. L’un d’eux pousse à quelques mètres seulement d’une pierre néolithique qui monte la garde depuis presque 5 000 ans. Ces deux monuments ont dû avoir de drôles de conversations au fil des siècles.

Dans la région de l’Alentejo, des marches de pierre mènent aux remparts du château de Monsaraz, qui offrent une vue renversante sur la ville fortifiée et la campagne alentour.

Photographie de Francesco Lastrucci

Un orage montre le bout de son nez et Monsaraz n’est plus qu’un spectre se détachant sur un ciel couleur lavande. Des éclairs zèbrent bientôt l’horizon tandis que les derniers rayons du jour peinent à filtrer au travers de nuages menaçants.

Sagres, l’heure dorée. Je suis fatiguée mais le concierge de l’hôtel m’incite à aller faire un tour. Il m’indique un lieu qu’il marque d’un X sur une carte qu’il me remet. « Vous ne le regretterez pas », m’assure-t-il. Je traverse rapidement la ville de Sagres au volant de ma voiture et je prends la sortie à droite au rond-point. Bientôt, le paysage s’aplanit et j’aperçois des voitures garées sur le bas-côté. Je trouve à mon tour une place. Des gens se baladent, plaisantent et parlent avec enthousiasme, les cheveux fouettés par le vent. La foule frémit d’impatience.

Quelque chose de spectaculaire est sur le point de se produire. J’arrive au bout de la route, au point le plus au sud-ouest du Portugal. Les vagues de l’Atlantique s’écrasent contre les falaises de Sagres, des mouettes profitent de courants ascendants pour planer encore plus haut. Je me fonds dans un groupe d’une centaine de personnes alors qu’une lueur orange perce à travers les nuages. Tout d’abord, le silence se fait parmi nous, qui sommes les témoins de cette fin de journée au bout du monde. Puis quelqu’un lève son verre de vin pour porter un toast. Le ciel passe de l’orange au pourpre avant de se parer de teintes pastel roses et bleues. Nous regagnons lentement nos véhicules, tandis que l’ombre dévore les dernières lueurs du jour.

Des touristes prennent un bain de soleil couchant à Sagres, au cap Saint-Vincent, à la pointe sud-ouest de l’Europe.

Photographie de Anne Farrar

Article publié dans le numéro 20 du magazine National Geographic Traveler.

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