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Tokyo : 72 heures dans la capitale follement cool du Japon

À la recherche de sushis secrets, de maîtres sumo et d'une rébellion de robots.

Photographie De JAMES WHITLOW DELANO
Publication 28 juil. 2021, 09:12 CEST
Une femme costumée en chondara, clown traditionnel de l’île d’Okinawa, participe à l’un des festivals de ...

Une femme costumée en chondara, clown traditionnel de l’île d’Okinawa, participe à l’un des festivals de rue de Tokyo.

Photographie de JAMES WHITLOW DELANO

Myriade de thons

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

PREMIER JOUR

5h00 - Une myriade de thons. Le mythique marché aux poissons de Tokyo, Tsukiji (prononcez ski-dji), le plus grand du monde, a fait peau neuve depuis l’automne 2018, relocalisé dans des bâtiments modernes et rebaptisé marché de Toyosu. Je gagne le nouveau site pour assister aux célèbres enchères pour le thon. Elles se contemplent désormais de loin, derrière des vitres. Ceux qui ont connu Tsukiji regretteront l’atmosphère frénétique et populaire des anciennes halles. Le prix de la tranquillité pour les professionnels, excédés par les comportements parfois irrespectueux de certains touristes lorsqu’ils allaient et venaient à leur guise. La vente du thon reste malgré tout une curiosité. C’est le poisson le plus convoité, un objet de désir qui peut atteindre des prix vertigineux. Le record est à ce jour détenu par un thon rouge de 278 kg, acheté 2,7 millions d’euros en 2019.

6h12 - Un resto de fruits de mer. Une multitude de minuscules comptoirs à sushis entourent le marché de Toyosu. Il faut être patient, les files peuvent être longues. Une demi-heure d’attente et je pénètre dans Daiwa Sushi, le plus réputé de ces micro-établissements. Installé au comptoir, j’observe le savoir-faire du cuisinier qui me sert des portions d’oursin et de bonite à ventre rayé.

Prendre un bain

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

7h53 - Prendre un bain. Repu et heureux, je descends à Hoshinoya, un ryokan – auberge traditionnelle –  du centre-ville. Vêtu d’un kimono, je rejoins un véritable havre d’exception situé au 17e étage : des bains alimentés par une source chaude et éclairés par un puits de lumière, tout en écoutant les sons de la cité.

11h32 - Je ronronne. Dans une ville où les taxis sont hors de prix, le réseau ferroviaire de Tokyo s’avère très efficace et particulièrement bon marché. Je prends la ligne Chiyoda jusqu’à la station Meiji-jingūmae – tout en admirant un homme d’affaires avec un bagage Samsonite et une coque de téléphone Hello Kitty – et gagne à pied le quartier de Harajuku, ancien épicentre de la mode avant-gardiste. L’endroit est idéal pour observer de nombreux adolescents mangeant des barbes à papa multicolores et des femmes marchant sous des ombrelles pour éviter de bronzer. Le lieu aussi pour découvrir les bars à chats, où pour environ 8 euros, vous buvez une tasse de café et jouez pendant une trentaine de minutes avec d’adorables chatons.

Les Tokyoïtes, qui vivent dans des appartements exigus où les animaux sont souvent interdits, apprécient les bars à chats.

Photographie de JAMES WHITLOW DELANO

Sumomania

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

15h13 - Sumomania. Ce n’est pas la saison des combats de sumo, mais j’ai de la chance : il y a un grand tournoi d’exhibition des yokozuna – les grands champions – qui dure toute la journée dans un gymnase du centre de la ville. Hakuhō Shō, superhéros d’origine mongole qui détient le record de victoires, y fait une apparition. La règle numéro 1 du sumo semble être : pousser son adversaire en dehors de l’arène. Je ne comprends guère le reste. Le dernier match de la journée est haletant : pour sa prise gagnante, Hakuhō parvient à soulever son adversaire de 133 kg et le lâche en dehors du cercle de combat, telle une poupée de chiffon.

17h23 - L’heure de la sortie (des bureaux). Je vais à la suite d’employés japonais jusqu’à Omoide Yokocho, tout en venelles tortueuses bordées de gargotes de yakitori. Je pénètre dans l’une d’elles, Ucchan. Le barman retourne le menu du côté anglais, qui propose pour 1 650 yens (environ 13 euros) de la bière et un assortiment de 6 sortes de brochettes de porc japonaises, dont des « abats et des tripes, etc. » Le « etc. » m’inquiète. Mais chaque brochette est épicée à la perfection.

22h30 - Kampai ! Ce mot veut dire « santé » en japonais. J’ai également appris un autre terme : nomikai, que l’on peut traduire par « amusement forcé » ou « réunion pour boire ».

Si un patron emmène ses employés boire un verre, ils ne peuvent pas rentrer chez eux avant lui. Pour un nomikai, rien ne vaut Golden Gai : cet ensemble de six ruelles du quartier de Shinjuku compte plus de deux cents bars miniatures de quatre tabourets. On y trouve entre autres le plus petit bar karaoké du monde. D’un point de vue architectural, c’est un vestige du vieux Tokyo. On s’y amuse aussi beaucoup. À Oku Tei, un bistrot fréquenté uniquement par des locaux, la  barmaid me fait payer l’entrée 8 euros. Je ne lui en veux pas. Tout le monde essaie de maintenir l’authenticité de Golden Gai.

 

Des visiteurs se délassent les pieds dans un bassin tapissé de galets à Oedo-Onsen Monogatari, un parc dédié aux onsen, les bains traditionnels.

Photographie de JAMES WHITLOW DELANO

DEUXIÈME JOUR

8h23 - Échange surréaliste. En sortant de la gare, un Japonais âgé portant une grande sacoche passe près de moi d’un pas traînant, me sourit et dit tout fort : « Je vous aime », avant d’éclater de rire et de s’éloigner. J’en ai le sou e coupé. J’ai pris l’avion pour Tokyo depuis Los Angeles, où j’habite, à l’occasion du premier anniversaire de la mort de mon père. Mon père et moi n’avions pas grand-chose en commun. C’était un professeur d’éducation physique qui aimait la routine : il mangeait des pâtes presque tous les soirs et détestait voyager. Je suis un journaliste spécialisé dans les voyages qui vient de manger – encore – du poisson cru au petit déjeuner. Chaque fois que je partais en reportage, je l’appelais pour lui raconter ce que j’avais vu d’étonnant. Tout ce que je souhaitais ce matin-là – comme tous les matins – était de pouvoir l’appeler. Je ne dis pas que ce vieux Japonais était une sorte de réincarnation de mon père. Il avait probablement repéré un pauvre Blanc désespéré et avait décidé de mettre en pratique les trois seuls mots qu’il connaissait en anglais. Mais quand même…

9h55 - Réalité parallèle. Le mot japonais otaku signifie « fanatique », ou plutôt « obsédé ». À Tokyo, tout le monde semble être otaku de jeux vidéo.

Réalité parallèle 

 

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

Dans le quartier d’Akihabara, avec ses salles de jeux sur sept étages et ses magasins d’électronique d’occasion, je me rends au Club Sega pour jouer à un jeu en réalité virtuelle, appelé Mortal Blitz : les 13 euros les mieux investis de ma vie. Équipé d’un fusil et d’un casque de réalité virtuelle, je me retrouve debout sur un vaisseau spatial à lutter contre des extraterrestres ailés. Cela semble si réel ! Alors que j’étais en train de regarder au fond d’un gouffre numérique, j’ai dû retirer mon casque pour ne pas vomir.

10h46 - Centres commerciaux, boutiques diverses et aires de restauration sont au pied de chaque immeuble.

 

Les boutiques indépendantes bordent Takeshita Street, à Harajuku, l’épicentre de la mode japonaise kawaii (mignon).

Photographie de JAMES WHITLOW DELANO

Toy Story

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

11h12 - Toy Story. Quand j’avais 12 ans, nous avions organisé un vide-grenier, et contre l’avis de mon père, j’avais vendu mon jouet préféré pour 13 euros. C’était un robot en métal appelé Voltron, le héros d’un dessin animé japonais. Pendant une heure, j’écume les magasins de jouets du quartier d’Akihabara à la recherche de mon Voltron. « Très rare », me dit un commerçant qui me conseille d’aller chez Mandarake. Au milieu des rangées de Godzilla, je finis par en dénicher un pour 350 euros. Mon père se retournerait dans sa tombe si je payais ce prix alors que je pourrais rencontrer un vrai robot au musée national des sciences émergentes et de l’innovation de Tokyo.

15h13 - La rébellion des robots. Le robot Asimo, de la firme Honda, y fait une démonstration complète de ses talents quatre fois par jour. 

La rébellion des robots

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

L’humanoïde d’1,30 m arrive sur le stand en courant à toute vitesse. Il fait signe à la foule, chose la plus effrayante que j’aie jamais vue… jusqu’à ce qu’il donne un coup de pied dans un ballon de football. « Les robots peuvent vous changer la vie », dit le présentateur. C’est bien ce qui m’inquiète.

18h32 - L’art du cocktail. Star Bar et High Five sont des temples de la mixologie, mais j’ai un faible pour Gen Yamamoto, à la fois le nom du barman et de son bistrot de huit places. Il propose des cocktails de saké et de soju (spiritueux coréen), avec des ingrédients frais du marché. J’opte pour un mélange de tomates, de gin Nikka Coffey, d’agrumes et de grains de poivre. Peut-être la boisson la plus délicieuse que j’aie jamais goûtée.

Minuit - Le fameux bar. Le film de Sofia Coppola, Lost in Translation, traduit parfaitement la forme particulière de solitude que l’on peut ressentir à Tokyo : un splendide anonymat dans une ville où les gens s’entassent les uns sur les autres. Dans le fi lm, Scarlett Johansson suit son mari photographe à Tokyo; pendant que celui-ci travaille, elle se promène dans la ville. Et elle finit par rencontrer Bill Murray au New York Bar, au 52e étage du Park Hyatt Hotel, où je me rends à mon tour ce soir. En contemplant par la baie vitrée les vues spectaculaires sur le ciel infini de Tokyo, je repère une dizaine de touristes collés à leur iPhone, ce qui fait du fi lm une capsule temporelle encore plus parfaite. Et je me demande si le personnage de Scarlett aurait rencontré Bill si elle avait soulagé sa solitude avec un iPhone ?

 

TROISIÈME JOUR

10h30 - Vive les nouilles. Brian MacDuckston a quitté son emploi dans la technologie de pointe dans la région de la baie de San Francisco pour enseigner l’anglais à Tokyo. Mais treize ans plus tard, cette aventure qui devait initialement durer un an s’est transformée en quelque chose de bien plus permanent et son blog, Ramen Adventures, est devenu une institution locale. « Les véritables amateurs de soupes en mangent 600 bols par an », m’assure-t-il. S’il n’en mange lui-même que 300, il n’en maîtrise pas moins son sujet.

Vive les nouilles

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

Il a eu sa propre émission de télévision locale où, avec les jeunes chanteuses d’AKB48 (les Spice Girls japonaises), il faisait le tour de la ville en goûtant des ramen. Le concierge du Palace Hotel (un havre contemporain avec des vues impressionnantes sur les jardins du palais impérial) m’organise une visite guidée avec Brian, et nous partons à la chasse aux ramen. Nous nous arrêtons à Ginza Noodles pour ses triples ramen (composés de trois bouillons – dashi, poulet et palourdes – plus quelques huiles aromatiques). Dans de bons ramen, explique Brian, on doit sentir « le sel immédiatement, puis un arrière-goût doux d’umami ». À Kikanbo, des gouttelettes de graisse de dos de porc fl ottent dans un bouillon épicé. À côté de moi, une femme déguste une Devil Spice – une soupe à base du piment Trinidad Scorpion, l’un des plus forts du monde, servi dans un bol noir –, mais elle transpire à peine.

12h58 - Sous le charme. Pénétrer dans le sanctuaire Meiji, c’est profiter de la climatisation naturelle de Tokyo. La ville est particulièrement humide en été, mais ce sanctuaire shintoïste du quartier de Shibuya offre un refuge idéal à cette moiteur urbaine. Dès l’entrée, de grands et beaux camphriers procurent une ombre rafraîchissante. Une fillette vend des amulettes de prière très spécifiques, dont une « pour la sécurité routière » et une autre « pour réussir un examen d’entrée ».

 

Prismes fantastiques : à Harajuku, le long d’une route qui mène au sanctuaire Meiji, une foule de clients se pressent au Tokyu Plaza.

Photographie de JAMES WHITLOW DELANO

18h13 - Langue des signes. Comme l’anglais n’est pas très répandu à Tokyo et que je ne parle pas japonais, je me débrouille en communiquant par signes, un langage qui nous relie aux gens d’une manière plus profonde et souvent hilarante. En rentrant à l’hôtel en train, je transpire à grosses gouttes quand je vois une femme d’une cinquantaine d’années s’essuyer le front avec un mouchoir avant de le tendre à sa fille. Nos regards se croisent et je fais mine de me tamponner le front, comme pour dire : « Et moi ? ». Elle rit.

20h29 - Sauce secrète. Le chef Harutaka Takahashi a d’abord été apprenti auprès du célèbre maître sushi Jiro Ono avant d’ouvrir son restaurant, Harutaka, deux étoiles Michelin, à Ginza.

Sauce secrète

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

Comme beaucoup de très bonnes choses à Tokyo, il faut savoir où chercher. Harutaka se dissimule au sixième étage d’un immeuble de bureaux quelconque. Le bar à sushis de dix places est très éclairé, et les clients, priés de ne pas porter de parfum. Les assiettes arrivent pratiquement dès qu’on s’assoit : du congre, de l’otoro (thon gras), du tobiko (œufs de poisson). Nous regardons le second du chef trancher un poisson avec une épée. Je demande à Takahashi le secret de ses sushis. Il choisit lui-même le poisson, le meilleur possible. Mais le véritable secret, souffle-t-il, est le « vinaigre dans le riz ».

23h32 - Au son des vinyles. Épuisé mais ne voulant pas aller me coucher, je hèle un taxi pour le quartier branché de Ebisu.

Au son des vinyles

Photographie de Illustration de Andrew Joyce 

Tandis que les lampadaires défi lent, je songe au roman de Haruki Murakami Le Passage de la nuit, et à cette phrase géniale sur Tokyo la nuit : « Le temps avance à son rythme au milieu de la nuit. On ne peut pas le combattre. » Je rallie Bar Martha, l’un de ces bars où l’on passe des disques vinyles, qui surgissent à Tokyo. Le bistrot n’est pas facile à repérer ; un mur en parpaings nu et un panneau marqué BAR sont les seuls éléments indiquant qu’il se passe quelque chose ici. Mais passez la porte et vous trouverez des milliers de 33-tours sur des étagères et un DJ aux platines. Pas de photos, pas de requêtes de morceaux. Et pas de soucis. Rien que du whisky japonais de qualité supérieure et Joni Mitchell pour me rappeler que, oui, « California, I’m coming home » (Californie, je rentre). Le quotidien finit toujours par nous rattraper.

Bien que le carrefour de Shibuya soit réputé comme le plus fréquenté au monde avec, aux heures de pointe, plus de 2 000 personnes qui le traversent en tous sens, une foule dense y circule harmonieusement.

Photographie de JAMES WHITLOW DELANO

Article publié dans le numéro 23 du magazine National Geographic Traveler

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