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Barcelone : 72 heures dans la capitale catalane

Au programme, tapas, rumba et Gaudí l'éblouissant.

Publication 5 août 2021, 13:12 CEST
Les flèches de la Sagrada Família de Gaudí s’élèvent de la mosaïque barcelonaise.

Les flèches de la Sagrada Família de Gaudí s’élèvent de la mosaïque barcelonaise.

Photographie de DINA LITOVSKY

Bon Dia !

ILLUSTRATION DE Kevin Cantrell

PREMIER JOUR 

9H43 - Bon Dia ! À peine débarqué de l’aéroport, je file à El Raval, quartier autrefois difficile en pleine renaissance culturelle, et je m’installe au Nomad, un de ces cafés artisanaux barcelonais nouvelle génération. À El Raval, le street art politique est partout ; ici, dans la principale ville de Catalogne, l’indépendance est dans tous les esprits. Je fais comme les gens du coin : je me revigore avec un cafe amb llet, un café con leche en catalan.

Midi - Apéritif de mi-journée. Les Barcelonais démarrent depuis plus d’un siècle le déjeuner avec un aperitivo local, le vermouth. Chez Morro Fi, bar situé dans un ancien garage, la marque maison est douce et se marie parfaitement avec les olives épicées. Gagnez Quimet & Quimet, un petit resto à tapas du quartier de Poble Sec, qui se transmet depuis plusieurs générations. Je demande au duo mère-fille qui officie derrière le comptoir pourquoi il est si populaire et la fille, pince-sans-rire, me répond : « Por nosotras ». Grâce à nous. Leurs délicieux canapés à la sardine doivent aussi y faire.

14h15 - Complexe de Dieu. En regardant vers le nord, vous apercevrez les flèches imposantes de l’inimitable Sagrada Família d’Antoni Gaudí.

Complexe de Dieu

ILLUSTRATION DE Kevin Cantrell

Ses gargouilles psychédéliques surveillant la rue depuis des tours vertigineuses, font que cet édifice, aux airs de symphonie inachevée, semble sortir tout droit d’un film de Tim Burton. Sa construction a démarré en 1882, mais la tour centrale est encore en cours d’édification. « Fin du chantier prévue en 2026 », indique une affiche. Même si elle n’est pas terminée, l’église est d’une beauté saisissante, avec ses vitraux qui n’en finissent pas et ses grands espaces soutenus par des voûtes paraboliques. Et il y a cette lumière diffuse, idéale pour faire un selfie, qui vous permettra de dire que vous avez utilisé le filtre de Dieu !

 

16h20 - De l'ancien dans le vent. Descendez à la Casa Bonay, un hôtel qui fait du neuf avec du vieux à la Dreta de l’Eixample, quartier jadis paisible, aujourd’hui en pleine eff ervescence. L’établissement réussit la combinaison parfaite de ce qui est emprunté et de ce qui est neuf. Le bâtiment, qui date de 1869, a été rénové en 2015 par Studio Tack, un cabinet de design de Brooklyn. Mais son âme reste intacte, tout comme son splendide sol en mosaïque. Le lobby abrite une micro-librairie indépendante (ne passez pas à côté des éditions anciennes des romans d’Aldous Huxley) et du café tout droit venu des torréfacteurs hipsters du Satan’s Coff ee Corner. Après une vaine tentative de sieste, je décide de me rendre au rooftop et d’en profiter pour descendre une bière locale du nom d’Estrella Damm.

 

Les rayons du soleil filtrent à travers les vitraux, éclairant l’architecture aérienne de la Sagrada Família.

Photographie de DINA LITOVSKY

20h12 - Temple des tapas. Après 20 mn de marche, j’arrive à Cal Pep, un resto à tapas niché dans les rues étroites du quartier historique d’El Born, qui abrite la basilique gothique du XIVe siècle Sainte-Marie-de-la-Mer. Il n’y a que 21 tabourets et l’éclairage est si fort qu’on pourrait pratiquer la chirurgie sur le bar. Indiquez combien vous voulez dépenser et attendez que les assiettes arrivent. Les couteaux de mer sont cuits à la perfection et les moules servies sur un plat d’ail.

 

23h17 - Écran de fumée. La rue de Cal Pep abrite en apparence une sandwicherie, le Paradiso. Entrez et ne prêtez pas attention aux cuistots qui font des sandwiches. À leur gauche, ouvrez la grande porte de réfrigérateur et pénétrez dans le dernier speakeasy à la mode à Barcelone, temple du cocktail sur-mesure, tel le Great Gatsby, un mélange d’amaro et de whisky servi sous un dôme de verre contenant un nuage de fumée. Délicieusement étrange.

 

DEUXIÈME JOUR 

8h30 - Excursion. J’embarque à bord d’un van à destination de l’abbaye Santa Maria de Montserrat, sanctuaire du XIe  siècle établi à flanc de montagne dans le massif de Montserrat, à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Barcelone. Une légende y situait autrefois la cachette du Graal. De nos jours, le massif est surtout célèbre pour ses ovnis. Des passionnés s’y rassemblent tous les 11  du mois pour apercevoir E.T. (de nombreuses vidéos montrent une prétendue activité extraterrestre sur YouTube). J’interroge Oscar Bardaji, l’attaché de presse de l’abbaye. Mon espagnol est médiocre mais je suis presque certain qu’il me dit : « Quand un ovni est aperçu, on retrouve toujours plein de canettes de bière le lendemain ».

 

10h12 - Gravir des montagnes. En surplomb de l’abbaye, le pic Sant Jeroni culmine à 1 236 m d’altitude. Il est couvert de roches tout en rondeurs qui ont droit à leur propre surnom (Éléphant, Ventre d’Évêque), célèbres pour avoir inspiré Gaudí. J’emprunte le funiculaire jusqu’au sommet, où le guide Richard Fernández m’explique que des ermites ont autrefois peuplé ces montagnes, avant qu’ils ne se disputent avec les moines de l’abbaye, selon la tradition orale.

 

13h00 - The Voice ! Je me presse de retourner à l’abbaye pour écouter la chorale de l’Escolonia de Montserrat, renommée et composée de cinquante ados qui vivent et étudient ici.

The Voice !

ILLUSTRATION DE Kevin Cantrell

Ils se produisent presque chaque jour de la semaine à 13 heures. J’assiste à une vibrante interprétation du Virolai, un hymne à la Vierge Marie de Montserrat, dont les accents se réverbèrent sur les voûtes. Je ne suis pas certain de croire en Dieu. Mais désormais, je crois à l’harmonie.

 

14h11 - Marie superstar. Je fais la queue pour rencontrer la résidente la plus connue de l’abbaye, une statue de la Vierge de Montserrat, alias la Vierge noire. Peinte à un moment de cette couleur, elle n’a jamais été restaurée pour retrouver ses couleurs originelles. L’attente dure au moins une heure, mais l’atmosphère est chargée d’émotions. Atteignant l’avant de la file, je remarque une femme âgée qui embrasse avec ferveur la statue à travers un panneau de verre, le visage baigné de larmes.

Abbaye de Montserrat : les pèlerins touchent la statue de la Vierge noire, sainte patronne de la Catalogne.

Photographie de DINA LITOVSKY

18h30 - De la magie aux fourneaux. La Catalogne est une Mecque de la gastronomie moléculaire, en partie grâce au chef Ferran Adrià. El Bulli, son célèbre restaurant, a fermé en 2011. Mais avec son frère Albert, ils font un tabac avec Tickets, leur bar à tapas proche de la place d’Espagne où il est presque impossible d’obtenir une table. J’ai obtenu une réservation pour 18 h 30, plutôt l’heure du déjeuner en Espagne. Mais je ne me plains pas. Pas quand les hostilités commencent avec une « olive liquide » qui explose en bouche, suivie d’une réinterprétation fantaisiste du nigiri : aubergine fumée sur un nuage meringué. En dessert ? Un litchi servi sur une rose, dans une salle que Willy Wonka aurait pu imaginer.

 

21h00 - Guitar Hero. 

L’estomac plein, je file vers mon prochain délice : le Palais de la musique catalane, salle de concert et chef-d’œuvre de l’Art nouveau, construit il y a un peu plus d’un siècle.

La bande-son du jour — du Tchaïkovsky joué sur des guitares — fait son effet, mais la vraie star, c’est le bâtiment : un escalier de marbre grandiose, un immense plafonnier fait de vitraux et des moulures en céramique en forme d’étoiles.

Minuit - À l’Oasis. Je prends un dernier verre au Dry Martini.

À l’Oasis

ILLUSTRATION DE Kevin Cantrell

Les boissons sont concoctées à la perfection dans une salle joliment décorée de boiseries sombres et au comptoir en cuivre. Je me laisse tenter par un Manhattan, le meilleur que j’ai jamais bu (en dehors de Manhattan), puis je visite le speakeasy du bar, une réserve immense convertie en grill raffiné.

TROISIÈME JOUR

10H30 - Dans le vendre de Barcelone. Je file à un cours de cuisine catalane à La Boquería, le plus grand marché alimentaire de Barcelone. Alvaro Brun, chef chez BCN Kitchen (un « espacio gastronomico » qui propose des cours de cuisine), emmène notre groupe de dix personnes acheter des ingrédients dans cette immense halle, dont la construction remonterait à l’an 1217. Ses allées interminables sont remplies de fromagers, de stands de légumes et de carnicerías débordant de viandes. Alvaro nous montre comment distinguer le jamón ibérico du jamón serrano. « Le jamón ibérico a la forme d’une belle jambe de femme en talons aiguilles. »

Dans le ventre de Barcelone. 

ILLUSTRATION DE Kevin Cantrell

Le serrano ressemble plutôt à une cuisse courtaude et trapue. À la cuisine du marché, nous apprenons à faire du gaspacho, une omelette espagnole et de la crema catalana, crème brûlée version ibérique. Mon gaspacho est insipide : j’ai coupé environ cinquante tomates mais oublié les oignons. Le dessert est délicieux, même si j’ai eu la main un peu leste sur le chalumeau. La faute au vino.

 

13h12 - Copies originales. Le musée Picasso, qui occupe cinq palais médiévaux contigus, abrite plus de 4 000 œuvres de l’artiste, qu’un ami musicien qualifie de « faces B et de remixes ».

Copies originales

ILLUSTRATION DE Kevin Cantrell

Ne ratez pas Las Meninas, sa série inspirée par le célèbre tableau de Velásquez. Elles obnubilaient tant Picasso, que pour les chasser de sa tête il les a déclinées en 58 toiles.

18h30 - Ohé, matelot ! J’ai réservé une croisière au coucher de soleil avec Classic Sail. C’est très touristique mais comment refuser un tour en bateau sur les eaux translucides de la Méditerranée ? Voiles déployées, nous glissons sur les vagues, et, soudain, la silhouette des immeubles de la ville se dresse glorieusement derrière nous, dans les derniers rayons de soleil.

22h14 - Un air de rumba. Parmi les nombreux bars de Poble Sec, j’opte pour une fin de soirée dans une institution locale : Gran Bodega Saltó, une bodega réputée pour ses concerts live.

 

Gran Bodega Saltó, une bodega réputée pour ses concerts live. 

Photographie de DINA LITOVSKY

J’y découvre De La Carmela, un duo de compositeurs-interprètes (à gauche) qui donne un concert de rumba catalana, un mélange de musique tsigane, de flamenco et de musique de rue catalane, qui aurait été inventée dans le quartier d’El Raval dans les années 1950. La chanteuse, Queralt Lahoz, porte une robe noire sobre et ses boucles noires se répandent sur ses épaules. Elle chante : « Nada dura para siempre » (rien n’est éternel). Je suis bien placé pour comprendre ce qu’elle dit, mon avion décolle dans sept heures. Même si j’aimerais que cette ultime  soirée dure éternellement.

Article publié dans le numéro 23 du magazine National Geographic Traveler. S'abonner au magazine.

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