Voyage au bout du monde pour découvrir les moaï de l’île de Pâques

Rapa Nui, situé à plus de 3 500 kilomètres à l’ouest de l'Amérique du Sud, est un lieu aussi sauvage qu’isolé. Ce qui vous y attend : randonnées venteuses, cratères volcaniques et mystérieux moais.

De Ben Lerwill
Publication 5 mars 2026, 18:11 CET
Avec ses quinze moais, Ahu Tongariki représente le plus grand regroupement de statues de Rapa Nui.

Avec ses quinze moais, Ahu Tongariki représente le plus grand regroupement de statues de Rapa Nui. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Jordan Banks

Le ciel est encore sombre et les essuie-glaces fonctionnent à plein régime. Je traverse Rapa Nui en voiture, aussi connue sous le nom de l'Île de Pâques, un morceau de roche volcanique situé à plus de 3 500 kilomètres des côtes du Chili continental. « La météo est merveilleuse » dit Tamaragi Arevalo Tuki, la guide, en se tournant vers moi puis en souriant à moitié alors qu'elle reporte son attention sur la pluie à travers la fenêtre. « Sortons. » Comme par magie, nous faisons quelques pas à la lumière de nos torches avant que les nuages se dissipent et que la pluie cesse.

Dans la pénombre de l'aube, le bruit des vagues qui déferlent me parvient puis j'aperçois les silhouettes. Quinze statues, tournant le dos à la mer, intimidantes par leur silence et par leur taille, la plus grande mesurant 9 mètres de haut, se dressent ici au milieu d'un néant humide balayé par les vents. 

Comme de nombreux locaux, Tamaragi Arevalo Tuki a passé du temps à étudier le Chili continental, situé à plus de cinq heures de vol. Elle me ramène à la réalité. « Ah ! » dit-elle avec enthousiasme en montrant un oiseau marin à queue fourchue dans le crépuscule au-dessus de nous. « C'est une frégate (Fregatidae) » explique-t-elle. « Elles peuvent voler sur de très longues distances et dorment en volant. »

C'est un miracle que la frégate ait trouvé Rapa Nui au beau milieu du Pacifique. On ne sait d'ailleurs pas vraiment comment les humains eux-mêmes l'ont découverte. Les estimations de sa colonisation par des marins polynésiens varient entre 400 à 1200 après J.-C. C'est le 5 avril 1722 que Jacob Roggeveen, navigateur néerlandais, a repéré l'île. C'était le dimanche de Pâques, il nomma donc le lieu Paasch-Eyland, l'Île de Pâques. D'autres navires européens ont suivi, puis des esclaves sud-américains et des missionnaires catholiques, avant que l'île soit annexée par le Chili en 1888. Aujourd'hui, environ 7 000 habitants appellent leur île par son nom natif. « Pour nous, ça sera toujours Rapa Nui » affirme Tamaragi Arevalo Tuki. 

Au moment où Jacob Roggeveen a aperçu l'île à travers son télescope, une grande partie de son histoire avait déjà été écrite. Au cours des siècles passés, près de 1 000 moais, les statues en pierre qui font la renommée de l'île, avaient été sculptés dans la carrière Rano Raraku à l'est de l'île. Certaines de ces statues pesaient plus de 80 tonnes et chacune d'elles a été sculptée pour honorer un chef défunt dans l'espoir que leur mana, ou force de vie, protègerait leurs descendants. 

Des centaines de moais sont encore à moitié enterrés dans la carrière de Rano Raraku.

Des centaines de moais sont encore à moitié enterrés dans la carrière de Rano Raraku. 

PHOTOGRAPHIE DE Chris Sattlberger; Getty Images

On ne sait pas vraiment pourquoi mais des centaines de moais sont toujours dans la carrière, à moitié enterrés et recouverts de sédiments et d'herbe. En revanche, de nombreux autres ont été transportés à l'aide de cordes jusqu'à des villages à présent déserts sur les côtes de l'île. Tous ont finalement été renversés par les habitants de l'île eux-mêmes, la théorie dominante étant qu'ils ont perdu foi dans le pouvoir des statues. La quarantaine de statues qui subsistent aujourd'hui ont été de nouveau érigées au cours des dernières décennies. 

Dans certaines zones de Rapa Nui, des moais sont isolés. C'est dans la ville paisible de Hanga Roa, située dans le sud-ouest de l'île, que la majorité des habitants sont installés. Là-bas, les coqs chantent, les chiens se prélassent au soleil et des magasins aux toits en tôle vendent des moais en chocolat. Cet après-midi, je bois des bières brassées sur l'île dans un bar sur la côte en regardant des surfeurs prendre les vagues et je visite une église catholique du 20e siècle où Jésus est représenté sur les vitraux avec des peintures tribales sur le visage. Toutefois, hors de la ville, l'île semble sauvage et isolée. 

Le matin suivant, un footing jusqu'à la bordure du Rano Kau, un cratère volcanique éteint large d'un kilomètre de large situé à la pointe sud de l'île, est d'une beauté à couper le souffle. La paroi extérieure du cratère est une falaise abrupte qui plonge dans les vagues. Entre le déclin des moais et l'arrivée du catholicisme, ce lieu fut le théâtre d'un concours annuel important pendant lequel les hommes les plus athlétiques de l'île descendaient les falaises dangereuses et nageaient dans des eaux grouillant de requins. 

Puis, accompagné de Sebastián Yankovic-Pakarati, défenseur de l'environnement, j'ai passé des heures à marcher sur les falaises de la côte nord, sans personne d'autre à l'horizon. Kilomètre après kilomètre, nous avons erré dans des villages en ruines où des moais gisent à l'horizontale, nous avons rampé dans des grottes pleines de fougères pour observer des sculptures anciennes et des oiseaux qui parcourent les courants thermiques. 

À un moment, nous apercevons un petit tas de pierres empilées en équilibre, du genre de celles qu'un marcheur pourrait construire sur un coup de tête. Sebastián, dont les cheveux sont remontés en un chignon, détruit le tas de pierres sans un bruit. « Nous n'aimons pas la nouveauté » dit-il à voix basse. 

Lorsque nous passons devant un autre moai à terre, la tête dans l'herbe, je lui demande si le fait que les statues soient renversées le bouleverse. « Non », me répond-il en souriant et en montrant d'un geste de la main le sommet des falaises et le panorama infini sur la mer. « Regarde où nous sommes. Tout ici : les baies, les ruines, les pierres, tout cela fait partie de notre histoire. »

les plus populaires

    voir plus

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

    les plus populaires

      voir plus
      loading

      Découvrez National Geographic

      • Histoire
      • Santé
      • Animaux
      • Sciences
      • Environnement
      • Voyage® & Adventure
      • Photographie
      • Espace

      À propos de National Geographic

      S'Abonner

      • Magazines
      • Livres
      • Disney+

      Nous suivre

      Copyright © 1996-2015 National Geographic Society. Copyright © 2015-2026 National Geographic Partners, LLC. Tous droits réservés.