L’été, la Suisse vit au rythme de l’eau

La Suisse, véritable château d’eau de l’Europe, regorge de paysages aquatiques : des lacs alpins aux rivières alimentées par des glaciers, en passant par les cascades.

De Orla Thomas
Publication 1 mai 2026, 11:51 CEST
À Berne, la rivière Aar est un lieu de baignade très apprécié des habitants en été.

À Berne, la rivière Aar est un lieu de baignade très apprécié des habitants en été. 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert

À Berne, la rivière Aar est un lieu de baignade très apprécié des habitants en été. 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert

S'élevant du lac Léman comme une épée Excalibur surréaliste, une fourchette de 8 mètres de haut trône fièrement dans les eaux peu profondes près de la petite ville de Vevey. Ses dents sont partiellement immergées dans des eaux nacrées et son manche incurvé pointe vers le ciel, à la rencontre des nuages qui filent. Derrière cette fourchette surdimensionnée, un paysage tout aussi grandiose se dévoile. Sur la rive opposée, j'aperçois le village de Saint-Gingolph, à la frontière franco-suisse et, au-delà, s'étendent les montagnes subalpines escarpées, aux sommets enneigés. Un panneau m'indique que l'Alimentarium, situé à proximité et considéré comme le premier musée du monde consacré à l'alimentation, a commandé l'installation de la Fourchette de Vevey. Juste à côté se trouve le restaurant Ze Fork, baptisé ainsi pour lui rendre hommage, qui sert des tapas à la suisse sur une terrasse donnant sur le lac. 

C'est l'une des nombreuses découvertes inattendues que je fais sur les rives du lac Léman, le plus grand lac de Suisse et la première étape de mon circuit à la découverte des cours d'eau variés du pays. En arrivant ici depuis Lausanne à bord d'un des bateaux à aubes de la Belle Époque, j'ai commencé à prendre conscience de l'immensité de ce lac. Ce lac, souvent désigné de manière trompeuse comme le « lac de Genève » dans d'autres langues (Lake Geneva en anglais par exemple), est bien plus que cela. La ville de Genève se situe à près de 65 kilomètres de la région que je vais explorer à l'extrémité nord-est du lac. Et environ 60 % seulement de ce lac se trouve en Suisse, le reste est en France. 

La Fourchette de Vevey, située dans le lac Léman, est une œuvre d'art qui attire l'œil ...

La Fourchette de Vevey, située dans le lac Léman, est une œuvre d'art qui attire l'œil dans son environnement naturel. 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert
Les vignobles de Montreux, au bord du lac Léman, offrent à la région une atmosphère étonnamment ...

Les vignobles de Montreux, au bord du lac Léman, offrent à la région une atmosphère étonnamment méditerranéenne.

Photographies de Kevin Faingnaert
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La Fourchette de Vevey, située dans le lac Léman, est une œuvre d'art qui attire l'œil dans son environnement naturel. 

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Les vignobles de Montreux, au bord du lac Léman, offrent à la région une atmosphère étonnamment méditerranéenne.

Photographies de Kevin Faingnaert

Le bateau qui m'a conduit à Vevey, en Suisse, a été construit en 1910 et arborait des figures de proue en bois recouvert de feuilles d'or au niveau de la proue et de la poupe. Depuis le pont supérieur, j'ai aperçu des personnes s'essayant à un sport nautique d'apparence bien plus futuriste : l'e-foil. Un peu comme du surf mais avec un moteur électrique qui « vole » au-dessus d'un hydrofoil, ceux qui le pratiquent semblent ainsi voler comme par magie au-dessus de la surface ondulante de l'eau. Le paysage terrestre était tout aussi enchanteur : des maisons blanches aux volets colorés et aux toits en tuiles rouges parsemaient les vignobles en terrasse, créant une illusion picturale uniquement troublée par le passage d'un train rouge vif. Au bord de l'eau, de charmantes jetées annonçaient la présence de petites villes. 

Parmi les agglomérations les plus importantes sur les rives du lac Léman figure la ville touristique de Montreux, le cœur de la « Montreux Riviera », accessible en six minutes de train depuis Vevey. Sa promenade de 6,5 kilomètres est bordée de villas majestueuses et d'hôtels du style « Accidentally Wes Anderson », avec leurs balcons à auvents et leurs enseignes en lettres cursives et majuscules. Ils s'étendent jusqu'au château de Chillon, digne d'un comte de fées, qui a inspiré un poème à Lord Byron lors de sa visite en 1816. Dans son ensemble, on dirait le genre d'endroit où le personnage d'un roman du 19e siècle viendrait passer sa convalescence, son histoire rock'n'roll plus récente est donc surprenante. Le groupe de rock Deep Purple a écrit son tube de 1972, Smoke on the Water, en s'inspirant de la ville et Freddie Mercury y a vécu dans les années 1980 et a même affirmé à un ami : « si tu veux la paix intérieure, viens à Montreux ».

Il n'avait pas tort. La ville allie la propreté caractéristique de la Suisse à une atmosphère étonnamment méditerranéenne, avec ses arbres tropicaux tels que des palmiers et des figuiers qui prospèrent dans son microclimat protégé par les montagnes. On y retrouve même une ambiance de plage à certains endroits, comme la plage du Pierrier à Clarens, où l'on trouve des terrains de beach-volley et de pétanque, ainsi qu'un kiosque qui vend des glaces. Je plonge et trouve l'eau vraiment agréable, elle atteint les 25°C en été, et si propre que je ne m'inquiète pas lorsque j'en avale une gorgée par inadvertance. Grâce à son réseau complet, même si peu glamour, de stations d'épuration, la Suisse bénéficie de certaines des eaux de baignade les plus pures d'Europe.

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Le vigneron Blaise Duboux fait partie des quatorze viticulteurs qui pratiquent l'agriculture biologique à Épesses, en Suisse. 

 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert
Kleine Scheidegg est un col situé à 2 061 mètres d'altitude qui serpente à travers le ...

Kleine Scheidegg est un col situé à 2 061 mètres d'altitude qui serpente à travers le paysage pittoresque de la région suisse de l'Oberland. 

Photographies de Kevin Faingnaert
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Le vigneron Blaise Duboux fait partie des quatorze viticulteurs qui pratiquent l'agriculture biologique à Épesses, en Suisse. 

 

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Kleine Scheidegg est un col situé à 2 061 mètres d'altitude qui serpente à travers le paysage pittoresque de la région suisse de l'Oberland. 

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Le jour suivant, à la recherche d'une boisson plus forte, je me rends à Lavaux, une région viticole classée au patrimoine mondial de l'UNESCO située à vingt minutes en voiture à l'est de Montreux, où les rangées bien ordonnées de vignes descendent jusqu'à l'eau. Dans le village charmant d'Épesses, je raconte au vigneron Blaise Duboux ma baignade rafraîchissante et il rit de bon cœur en me montrant du doigt la ville thermale d'Évian de l'autre côté du lac, où est mise en bouteille la célèbre eau minérale française. « On pourrait dire que nous sommes un vignoble de luxe » plaisante-t-il, les yeux pétillants, en ajustant sa cravate élégante. Sur les 158 vignerons de Lavaux, il fait partie des quatorze vignerons à pratiquer l'agriculture biologique. « Nous devons penser à la Terre mère et travailler en toute conscience » affirme-t-il. « Je travaille mon sol avec la nature, pas contre elle ; être comme un surfeur qui prend une vague ». Cette approche remarquable ne facilite pas la vie, me confie-t-il. « En plus de produire le vin, nous le mettons en bouteille et l'étiquettons ici. C'est un travail très difficile mais j'adore ça ».

Alors que nous parcourons une petite partie de ses 54,5 hectares, il salue un groupe d'ouvriers saisonniers originaires de Macédoine du Nord. Ils sont là pour participer à une tâche essentielle : retirer les feuilles superflues des vignes afin de permettre à l'air de circuler et d'empêcher le mildiou de détruire les plantes, la proximité avec un immense lac rendant le climat brumeux et humide. Les terrasses en pente permettent à davantage de soleil d'atteindre les vignes mais, comme elles sont très raides, toutes les tâches doivent être faites à la main. « Nous travaillons à peu près de la même manière que les dix-sept générations précédentes de ma famille » explique Blaise Duboux.

Sur une terrasse ombragée devant sa maison, il nous donne une idée de son optimisme en retirant sa veste pour dévoiler un tee-shirt violet sur lequel est imprimé : « Keep Calm and Drink Chasselas » (restez calme et buvez du Chasselas). « Le sol injecte ses minéraux dans les fruits, ces raisins sont révélateurs du sol » affirme-t-il en me servant un verre de Sursum Corda, un vin blanc qui tire son nom de la devise familiale, une expression latine signifiant « haut les cœurs ». En y goûtant, je comprends ce qu'il veut dire : il a un goût d'agrumes, presque salé et très facile à boire. Un autre vin, un Dézaley Grand Cru Haut de Pierre élaboré exclusivement à partir de vieilles vignes de Chasselas, est plus riche et plus moelleux. Je demande à Blaise pourquoi le vin suisse n'a pas une grande renommée à l'étranger et il m'explique que c'est parce qu'au niveau national, seulement 1 % du vin est exporté : les Suisses préfèrent le garder pour eux. 

Au lac de Bachalp, surnommé le « joyau bleu des Alpes », les eaux peu profondes ...

Au lac de Bachalp, surnommé le « joyau bleu des Alpes », les eaux peu profondes regorgent de vie animale et des araignées d'eau sautillent sur la surface visqueuse. 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert

Au lac de Bachalp, surnommé le « joyau bleu des Alpes », les eaux peu profondes regorgent de vie animale et des araignées d'eau sautillent sur la surface visqueuse. 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert

 

AU SOMMET DES MONTAGNES

Des vins de Lavaux sont servis à bord du GoldenPass Express, le train qui m'emmène de Montreux vers les Alpes suisses, en quête d'un peu d'eau de haute altitude. Peu après le départ, ses grandes fenêtres commencent à dévoiler le genre de paysages que j'avais vus pour la dernière fois sur les pages d'un livre pour enfants sur Heidi : des vallées verdoyantes où des chalets en bois se nichent dans les reliefs du sol, des vaches aux cloches tintantes dans leurs pâturages d'été. Lorsque nous nous arrêtons à Zweisimmen, situé dans l'Oberland bernois, une fanfare sur la place du village juste après le quai joue The Bear Necessities. Un peu plus d'une heure plus tard, nous arrivons dans la ville d'Interlaken : la porte d'entrée pour les excursions dans la région de la Jungfrau. 

Un deuxième train et un téléphérique m'emmènent au sommet du First, une montagne culminant à 2 168 mètres au-dessus du niveau de la mer, où une passerelle offre une vue sensationnelle sur la vallée et la station de Grindelwald. Je ferai partie des rares personnes à passer la nuit ici, dans les montagnes, dans un simple chalet. Une fois que les excursionnistes de la journée sont partis, j'espère pouvoir avoir le lac de Bachalp, surnommé le « joyau bleu des Alpes », situé à une heure de marche, pour moi uniquement. 

Le sentier raide monte à travers des bancs de neige qui n'ont pas fondu, j'en prends des poignées pour me rafraîchir le visage, mais il s'aplanit vite, me permettant d'admirer les landes. Les humains ont évité cette région jusqu'au Moyen Âge car ils la pensaient habitée par des sorcières et des esprits. On y jetait les criminels dans des bassins formés par les glaciers et on y pratiquait même des sacrifices humains pour apaiser les esprits en colère. Aujourd'hui, je ne rencontre rien de macabre, seulement des marmottes qui gambadent et le bruit apaisant de la cascade Bachläger.

Le village de Lauterbrunnen se situe dans une vallée qui compte soixante-douze cascades qui enveloppent le ...

Le village de Lauterbrunnen se situe dans une vallée qui compte soixante-douze cascades qui enveloppent le paysage d'un voile brumeux. 

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert

Le village de Lauterbrunnen se situe dans une vallée qui compte soixante-douze cascades qui enveloppent le paysage d'un voile brumeux. 

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Le soleil se couche au moment où j'atteins sa source : le lac de Bachalp. À l'arrière, il est entouré de collines striées de neige, créant un reflet zébré à sa surface. En m'accroupissant pour toucher ce mirage, je découvre que les eaux peu profondes grouillent : des araignées d'eau sautillent sur la surface visqueuse et, juste en dessous, d'énormes amas d'œufs de grenouille. C'est seulement lorsque je me retourne que je vois son lac jumeau, qui vole la vedette, avec les sommets du Wetterhorn, du Schreckhorn et du Finsteraarhorn se reflétant à sa surface. Niché entre les deux, comme une selle sur le dos d'un chameau, se trouve le glacier de Grindelwald, une vaste étendue blanche, indissociable de la neige environnante sous cette lumière. 

Le glacier d'Aletsch, situé à quelques kilomètres au sud, est bien plus impressionnant : il s'agit du plus grand glacier des Alpes. Je m'y rends en télécabine depuis Grindelwald, puis en train de montagne jusqu'à Jungfraujoch, la gare ferroviaire la plus haute d'Europe. En descendant à 3 454 mètres au-dessus du niveau de la mer, mes poumons sont en difficulté même par la courte marche qui mène à la plateforme d'observation du glacier. En sortant d'un tunnel glacé, je découvre une crête sans fin de sommets encore plus élevés. Au loin, deux randonneurs qui paraissent minuscules comme des fourmis avancent lentement sur ce qui ressemble à une immense rivière gelée. S'écarter de leur chemin pourrait les faire plonger dans une crevasse d'où ils ne pourraient pas sortir. Le paysage qui s'étend devant moi est d'un blanc si éblouissant que je commence à craindre d'être aveuglé par la neige et détourne le regard. 

La station de recherche en haute altitude de Jungfraujoch.

La station de recherche en haute altitude de Jungfraujoch.

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert
Daniela Bissig et Erich Furrer sont gardiens de la station de recherche en haute altitude de ...

Daniela Bissig et Erich Furrer sont gardiens de la station de recherche en haute altitude de Jungfraujoch pendant deux semaines avant de passer le relais à d'autres personnes. 

Photographies de Kevin Faingnaert
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La station de recherche en haute altitude de Jungfraujoch.

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Daniela Bissig et Erich Furrer sont gardiens de la station de recherche en haute altitude de Jungfraujoch pendant deux semaines avant de passer le relais à d'autres personnes. 

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C'est une métaphore dérangeante du tourisme glacier lui-même : sa popularité ne cesse de croître alors que ces immenses masses de glace denses et teintées de bleu fondent lentement. Actuellement, le glacier d'Aletsch rétrécit d'environ 50 mètres par an. Il est donc rassurant de découvrir que les trains qui amènent les visiteurs ici fonctionnent grâce à de l'énergie renouvelable produite par une centrale hydroélectrique située non loin, à Lütschental, et que le site joue également un rôle important dans l'étude du changement climatique. Avec son observatoire au dôme argenté perché au sommet d'une falaise abrupte, la station de recherche de Jungfraujoch ressemble un peu au repaire d'un méchant dans James Bond. En réalité, elle abrite une équipe de « gentils » indéniables : des scientifiques qui récoltent des données météorologiques et sur la pollution, parfois utilisées pour poursuivre les propriétaires d'usines qui dépassent les limites d'émissions autorisées. 

« Ces chercheurs nous apprennent beaucoup » affirme Daniela Bissig, une femme aux cheveux bouclés et portant des lunettes qui, avec son compagnon Erich Furrer, assure la garde de la station. Ils y vivent et y travaillent pendant quatorze jours avant de passer le relais à un autre couple. Leurs tâches consistent notamment à déblayer la neige tombée pendant la nuit et à entretenir les lieux pour les équipes en visite, qui restent parfois plusieurs semaines. « Nous leur disons : "expliquez-nous votre objectif comme vous le feriez à l'un de vos petits-enfants", et je pense qu'ils aiment bien le faire ». Erich et Daniela me font visiter les coulisses de leurs quartiers et nous nous sommes arrêtés dans l'endroit favori de Daniela : la bibliothèque. C'est une pièce chaleureuse, avec un lambris en bois original datant des années 1930 et des vitrines qui renferment des décennies de données. Un télescope est braqué sur une fenêtre qui dévoile actuellement les montagnes, la glace et la neige. Ce paysage est une source de spectacle intarissable. « Ce glacier est toujours très beau » affirme Daniela. « Et quand les touristes partent et que nous l'avons pour nous tout seuls ? Eh bien, c'est le meilleur moment de la journée ».

Les eaux de fonte de l'Aletsch et d'autres glaciers à Jungfrau alimentent la Trümmelbach, l'une des soixante-douze cascades de Lauterbrunnen située à huit kilomètres au nord-ouest, où je me rends à bord d'un autre train à crémaillère pittoresque et très ponctuel. Le nom de la vallée est parfois traduit par « nombreuse sources » et d'autres fois par « sources bruyantes », et la Trümmelbach est de loin la plus bruyante, avec un débit pouvant atteindre 20 000 litres d'eau par seconde. Elle tombe en grande partie dans une grotte dissimulée dans une paroi rocheuse verticale mais une série de tunnels de sentiers et de plateformes permettent aux visiteurs de gravir sa hauteur. L'expérience est un assaut sensoriel. Même si la montagne elle-même semble trembler sous l'effort qu'elle doit fournir pour contenir la cascade et que les falaises et les crevasses que cette dernière traverse ont été lissées par des siècles de passages, les fines gouttes d'eau de Trümmelbach qui me caressent le visage sont aussi douces qu'un baiser. 

À Berne, les cours d'eau constituent une source de vie extraordinaire et très appréciée, qui tirent ...

À Berne, les cours d'eau constituent une source de vie extraordinaire et très appréciée, qui tirent profit du courant puissant de l'Aar.  

PHOTOGRAPHIE DE Kevin Faingnaert
À Berne, les cours d'eau constituent une source de vie extraordinaire et très appréciée, qui tirent ...

À Berne, les cours d'eau constituent une source de vie extraordinaire et très appréciée, qui tirent profit du courant puissant de l'Aar.  

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À Berne, les cours d'eau constituent une source de vie extraordinaire et très appréciée, qui tirent profit du courant puissant de l'Aar.  

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À Berne, les cours d'eau constituent une source de vie extraordinaire et très appréciée, qui tirent profit du courant puissant de l'Aar.  

Photographies de Kevin Faingnaert

 

UNE VILLE TRAVERSÉE PAR UNE RIVIÈRE...

Après avoir exploré les montagnes de la Jungfrau, je me dirige vers ma dernière étape : la ville de Berne. Depuis Interlaken, mon train longe les rives du lac de Thoune, puis met le cap vers le nord ouest en suivant approximativement le cours de l'Aar qui ne cesse de captiver l'attention des passagers à travers les fenêtres du wagon. J'aperçois par intermittence son courant puissant et son extraordinaire couleur turquoise laiteuse, due à la « farine de roche », ces fines particules de roche pulvérisée présentes dans l'eau de fonte des glaciers, qui absorbent et diffusent la lumière. C'est une journée chaude et ensoleillée et, de temps à autre, je vois quelqu'un plonger dans l'eau. Lorsque j'arrive dans la capitale suisse une heure plus tard, j'ai très envie de faire exactement la même chose. 

Je déambule dans les rues du centre médiéval de Berne, pavées et ornées de drapeaux, mais chaque vue semble me ramener vers la rivière. Sur la Münsterplatz, face à la cathédrale de la ville, un visage doré sur une fontaine du 16e siècle projette des jets d'eau. À une autre église, la Nydeggkirche, les tuiles du toit sont exactement de la même couleur que le bleu-vert attirant de l'Aar. Lorsque le clocher de Berne sonne midi, je ne peux pas résister à l'appel de la rivière et je descend les ruelles jusqu'à sa rive, pour découvrir que la plupart des habitants de la ville s'y trouvent déjà. 

« L'été, on passe tout notre temps sur l'Aar » affirme Uma Bintti, une étudiante que je rencontre alors qu'elle est sur le point de sauter du Schönausteg, une passerelle qui fait office de plongeoir pendant les mois les plus chauds de l'année. Autour de nous, les gens plongent joyeusement dans l'eau. « Certains habitants utilisent la rivière pour se rendre au travail » ajoute Djami Stram, l'ami d'Uma. « Ils mettent toutes leurs affaires dans un sac étanche et se laissent porter jusqu'à leur bureau ». Comme je n'ai pas d'Aarebäg, comme on les appelle ici, ils me conseillent de laisser mes affaires au bassin de Marzili, plus bas sur la rive, où il y a des casiers. « Mais nous, on se contente de couvrir nos sacs avec une serviette. C'est ça la sécurité à Marzili ! » plaisante Uma. « Berne est une ville vraiment sûre ».

En empruntant le sentier ombragé qui longe la rivière, on comprend aisément que l'Aar est un élément vital pour Berne. Je passe devant un terrain de beach-volley en plein match, devant de charmants cafés au bord de l'eau comme l'Altes Tramdepot où des gens savourent un déjeuner en plein air ou un café glacé, et devant des personnes qui pique-niquent et se prélassent sur les berges couvertes d'herbe. « L'été, le rythme de notre vie ralentit pour s'adapter à celui de la rivière » explique Nelson Barroso, assis sur les berges tandis que son amie Esther Himbaza patauge dans les eaux peu profondes. « J'apprécie l'énergie apaisante de l'Aar » ajoute-t-elle.  

Enfin, c'est mon tour de découvrir par moi-même ses vertus régénérantes. De retour à la passerelle Schönausteg après avoir laissé mes vêtements, je me jette à l'eau sans la moindre hésitation. Submergée par l'eau pendant un court moment, j'entends les pierres glisser sur le lit de la rivière, puis je remonte à la surface pour rejoindre les autres, nos têtes flottant comme des bouées expressives. Bien que je me déplace à une vitesse exaltante, je me fais dépasser par un homme sur une planche de paddle et un chien portant un gilet de sauvetage. Même si l'expérience n'est pas sans rappeler la descente d'une « lazy river » (rivière paresseuse) d'un parc aquatique, la température rafraîchissante me rappelle qu'il ne s'agit pas d'une simulation mais bien de la réalité : si je manquais le panneau « dernière sortie » du bassin de Marzili, je finirais par arriver à l'embouchure de la rivière, dans le Rhin. 

Sortir de l'eau tout près du bâtiment du Parlement suisse revêt une certaine symbolique : même au cœur de sa capitale, c'est un pays où la nature occupe toujours le devant de la scène.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. 

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