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Japon : entre curiosités et traditions, voyage au cœur de l'archipel Amami

L’évocation d’une île lointaine invite à partir à la découverte de territoires inconnus entre la terre et l’eau, et à se laisser envelopper dans de douces langueurs océanes.

De Nadège Lucas, National Geographic
Photographies de Yosuke Kashiwakura
Publication 31 mars 2022, 13:42 CEST
Amami-Oshima, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en juillet 2021, au titre du site naturel qu'elle forme avec l'île ...

Amami-Oshima, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO en juillet 2021, au titre du site naturel qu'elle forme avec l'île de Tokunoshima, abrite des plantes, des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des amphibiens, des poissons d'eau douce et des crustacés décapodes endémiques, dont beaucoup sont menacés d'extinction, voire n'existent plus. 

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

Pour le voyageur en quête d’immersion dans des cultures différentes et singulières, le pays du Soleil-Levant représente une contrée éloignée et mystérieuse, un brin inaccessible, et riche d’un patrimoine historique et culturel.

Si le Japon compte 7 000 îles réparties en de nombreux archipels, seulement quelque 400 d’entre elles sont habitées. Situées dans la Préfecture de Kagoshima, dans la zone subtropicale entre Kyushu et Okinawa, les îles Amani-Oshima, Tokunoshima et Kikaijima, forment l’archipel des « îles Amami » dont la beauté illustre parfaitement l’idée que l’on se fait d’un lieu paradisiaque : plages de sable blanc et végétation exubérante.

C’est sur ses 712 kmque l’île Amami-Oshima, l'île principale, déroule ses lagons turquoises bordés à l’infini de plages immaculées, coiffées de collines verdoyantes. La « grande île » tel que l’indique son nom en japonais, compte 58 015 habitants.

L’île de Tokunoshima, qui abrite quelque 21 431 âmes sur ses 248 km2, n’a rien à lui envier. Après avoir arpenté des forêts luxuriantes peuplées d’arbres centenaires, les lagons invitent à plonger parmi les tortues de mer qui évoluent dans un site protégé.

Comme sur l’île d’Amami-Oshima, la faune et la flore constituent un patrimoine écologique préservé et les deux îles ont été inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO en juillet 2021 grâce à des niveaux élevés de biodiversité et au grand nombre d’espèces endémiques protégées, tel le lapin d’Amami, lapin sauvage aux oreilles courtes menacé d’extinction par la prédation d’autres espèces exotiques comme les mangoustes.

La bécasse d'Amami fait partie de la biodiversité exceptionnelle qui a valu aux îles Amami-Oshima et Tokunoshima d'être inscrites au Patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021. La meilleure façon de trouver et d'observer la bécasse Amami et d'autres espèces endémiques, généralement nocturnes, est de faire l'une des visites proposées par des guides naturalistes agréés presque tous les soirs dans diverses forêts d'Amami-Oshima.

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

Si l’industrie touristique locale encourage les voyages écoresponsables afin de protéger ces espèces de l’anthropisme, le respect pour la nature et les efforts de conservation des écosystèmes naturels font partie de la vie quotidienne de chacun.

Enfin, située à environ 50 km à l’est de d’Amami-Oshima, l’île de Kikaijima est constituée de récifs coralliens. Elle s’étend sur 57 km2 et compte 6 479 habitants. Plus petite, avec des infrastructures moins développées, l’île possède un atout indéniable : ici, pas de tourisme de masse et la possibilité de se transformer en Robinson Crusoé dans une crique totalement déserte, découverte au détour d’un village pittoresque au charme suranné.

Ne nous y trompons pas, bien qu’offrant des panoramas sur fond d’eau turquoise, chacune de ces trois îles possède une ambiance et un caractère différents en raison de leur climats et environnements naturels.

Kikaijima, située à 25 km à l'est d'Amami-Oshima, est une île rare construite sur des feuilles de corail élevées, contrairement à Amami-Oshima et Tokunoshima qui sont formées par des éruptions volcaniques. Riche en fruits tropicaux, en cultures de canne à sucre et en sésames, Kikaijima possède une ligne côtière diversifiée qui s'étend sur 50 km.

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

Leur point commun essentiel est la joie de vivre de leurs habitants basée sur des modes de vie traditionnels, les divertissements et les arts perdurant à travers les siècles. Le culte de la nature demeure profondément ancré. Ainsi, il n’est pas rare de trouver un torii, – porte sacrée – devant une montagne, un lac, une pierre ou tel autre monument naturel vénéré comme un dieu.

Chaque île de l’archipel raconte son histoire à travers ses traditions, son artisanat et ses arts.

L’île d’Amami-Oshima garde un axe de développement économique important tout en prenant soin de préserver des savoir-faire ancestraux. On y produit le textile Oshima Tsumugi (pongé de soie), dont la fabrication remonte à la période Nara, il y a environ 1 300 ans.

Le procédé utilisé pour teindre le tissu est unique. Les colorants sont issus de la boue naturelle d’Amami, très riche en fer. Les fils de soie se teintent d’un noir tout aussi lumineux que profond. Chaque textile présente un motif graphique unique et détaillé, composé de plus d’un million de points teints sur chaque fil de soie avant d’être placé sur le métier à tisser.

Après plus de six mois de travail faisant appel à plus de quarante procédés différents, apparaît un tissu aux caractéristiques uniques. De nos jours, ce textile est toujours produit et son origine est reconnue par un label certifié *Authentic Amami Oshima Tsumugi*.

Le Tsumugi d'Oshima, tissu de soie unique, est tissé selon une technique ancienne développée au Japon dès le VIIIe siècle, artisanat baptisé « Amami Oshima Tsumugi » pour le différencier de certains autres considérés comme des imitations, et certifié Amami-Oshima Tsumugi par un cachet officiel. Amami-Oshima bénéficiant d'un climat chaud toute l'année, Shuro Minami peut cueillir les feuilles de mûrier quatre fois par an pour en nourrir les vers à soie. C'est avec sa production de soie que Minami fabrique le précieux textile utilisé pour la confection de certains des kimonos les plus luxueux.

 

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

Tokunoshima, très rurale, préserve une tradition vieille de cinq siècles : le togyu. Avec en moyenne une vache ou un taureau pour une personne, l’île dispose d’un important cheptel bovin : 600 taureaux et environ 18 400 vaches, soit presque autant que la population de Tokunoshima réputée au Japon pour son taux de natalité élevé – plus de deux naissances par femme selon les districts – et sa longévité.

Le togyu est une discipline de combats de taureaux ou « sumo de taureaux » qui demeure le plus grand divertissement pour la population, y compris les enfants. « Ici, les enfants jouent davantage avec les taureaux qu'avec les jeux vidéo », déclare Tatsuya Atari, père de deux enfants possédant lui-même deux bovins.

Les taureaux et le togyu (combat de taureaux), sont parmi les divertissements les plus populaires, sinon le plus populaire, pour les enfants à Tokunoshima. Des enfants regardent leur taureau s'exercer dans une arène de togyu après l'avoir promené sur une plage de sable blanc, puis l'avoir douché et brossé dans l'océan.

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

Les matchs se déroulent dans des arènes fermées d’environ 20 m de diamètre dont le sol est en terre battue, équipées de gradins pour accueillir le plus grand nombre de spectateurs. Les hommes qui accompagnent les taureaux sont des seko. Ils encouragent leur combattant par des gestes, des gifles et des cris. Avant chaque match on aiguise les cornes des taureaux, les coups de tête devenant de véritables coups de poignards.

À grand renfort de techniques visant à déséquilibrer l’adversaire, les combats peuvent se terminer en quelques secondes – le premier taureau à battre en retraite a perdu – ou durer beaucoup plus longtemps. Après trente minutes de combat sans défaite, le match peut être déclaré nul avec l’accord du public.

Personne ne sait exactement quand ont eu lieu les premiers combats de taureaux, mais le togyu remonterait au XVIe siècle lorsque les matchs sont devenus une forme de divertissement pour les habitants de l’île, particulièrement au cours des célébrations de la joie qui suivent la fin des récoltes.

À l’origine, les taureaux étaient utilisés dans les rizières à des fins agricoles mais ils sont aujourd’hui élevés spécifiquement pour leurs aptitudes au combat. Trois tournois de tirage sont organisés chaque année en janvier, mai et octobre pour désigner les taureaux les plus forts de l’île. Les matchs sont organisés par catégories de poids. Ceux-ci vont de la catégorie ouverte (taureaux dépassant une tonne), à la catégorie légère (moins de 700 kg). La catégorie ouverte détermine le grand champion yokuzuna, un terme sumo désignant le lutteur le mieux classé.

Tout au long de l’année, d’autres combats peuvent être organisés dans les sept arènes que compte l’île, en particulier des combats informels organisés par les propriétaires de taureaux pour les entraîner.  Élevés pour en faire des champions, ils font l’objet de toutes les attentions et des meilleurs traitements (alimentation sur mesure, brossages quotidiens et promenades fréquentes sur les plages de sable ou dans les eaux peu profondes des récifs) afin de muscler… leur arrière-train !

Tokunoshima offre un mélange unique de plages et de magnifiques forêts peu visitées, où vivre sainement, en accord avec la nature est très important.  

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

D’autres régimes plus spécifiques viennent parfaire l’entrainement. En effet, le cou des taureaux et en particulier leurs cornes font l’objet de traitements ciblés. Ces dernières sont façonnées pendant leur croissance pour s’adapter à leurs techniques de combat.

À Kikaijima, le divertissement n’est pas la première préoccupation des habitants. Le défi majeur est de faire face au vieillissement de la population et au réchauffement climatique qui génère de plus en plus de typhons.

Les jeunes générations tentent de sauver le patrimoine agricole de l’île en plantant des mandariniers (de variétés endémiques) un peu partout. Autrefois, les enfants grimpaient dans les arbres pour cueillir et déguster des oranges et des mandarines sauvages et la nature offrait profusion de produits non transformés à l'inverse de ceux que l’on trouve aujourd’hui dans les magasins. 

Keith et Naoko Kohara, qui se sont rencontrés à Singapour avant de revenir à Kikaijima, ont trouvé des mandarines sauvages tombées des arbres et abandonnées là, un peu partout à travers l’île. Ils ont eu l’idée de les récupérer, d’utiliser leur jus et les ressources naturelles de Kikaijima pour produire un sirop artisanal, le Toba Toba Cola. Leur sirop est donc composé de jus de mandarines sauvages, de sucre brun local et d'épices du monde entier. Dilué dans de l’eau gazeuse ou du lait, il se transforme en une boisson au goût de Coca-Cola ou similaire au thé Chaï.

Naoko Kohara, originaire de Kikaijima, récolte des mandarines sauvages qu'elle utilise pour fabriquer le Toba Toba Cola, un sirop condensé unique au goût de Cola-Cola. 

PHOTOGRAPHIE DE Yosuke Kashiwakura

Afin d'éviter le gaspillage et de faire bon usage de l'écorce des fruits après que les Koharas aient extrait le jus, leur voisin expérimente maintenant la production et la commercialisation d'huile aromatique à partir des écorces.

Naoko collecte également les débris plastiques qui arrivent sur les côtes de l’île et fabrique des boucles d’oreilles et d’autres bijoux artisanaux.

Kikaijima s’inscrivant dans une démarche de développement durable, les récifs coralliens dont est constituée l’île sont traditionnellement utilisés comme matériaux de construction pour protéger les maisons des typhons. En effet, les murs de corail filtrant l’air et l’eau, ils ne sont presque jamais détruits par une tempête.

Au-delà de ses paysages idylliques, les îles Amami permettent de découvrir une identité culturelle qui se renouvelle entre traditions et modernité afin de conserver un art de vivre en accord avec les valeurs profondes de ses habitants.

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