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Japon : les mystères des masques Oni dévoilés

Terre de traditions, l’île de Sado préserve sa culture à travers de nombreuses pratiques et fêtes culturelles et des savoir-faire ancestraux.

De Nadège Lucas, National Geographic
Photographies de James Whitlow Delano
Publication 25 janv. 2022, 15:36 CET, Mise à jour 26 janv. 2022, 14:02 CET
Toujours très populaires et importants dans la culture et les traditions de l'île de Sado, les ...

Toujours très populaires et importants dans la culture et les traditions de l'île de Sado, les masques Oni, représentant les démons, sont utilisés dans les rituels « onidaiko » et des célébrations qui se déroulent dans l'île chaque année au printemps. Les touristes peuvent s'immerger dans cette tradition ancestrale toujours très vivante à Sado. Le calendrier des rituels est disponible ici : sado-niigata.com/ja/schedule-onidaiko/

PHOTOGRAPHIE DE James Whitlow Delano

Située au large de Niigata au Japon, l’île de Sado, sixième grande île de l’archipel nippon n’offre pas uniquement un panorama de splendeurs naturelles. De nombreuses fêtes et activités traditionnelles liées à la culture propre à l’île et à ses habitants perdurent et se transmettent de génération en génération.

Ainsi, à l’instar du théâtre Nô, une forme de dramaturgie ancestrale interprétée sous des masques, l’Onidaiko est une tradition locale dont l’origine se trouve dans des rituels anciens destinés à éloigner les mauvais esprits et à apporter la chance dans les foyers. Il est désormais pratiqué également en tant qu’art de la scène, en particulier par le groupe Kodo, lequel s’est formé en 1971 sous le nom de « Sado no Kuni Ondekoza » dans le but d’œuvrer à maintenir et respecter les traditions. Chaque année au mois d’août, il organise la célèbre célébration de la Terre.

M. Watanabe fabrique non seulement des masques Oni mais aussi des masques pour le Nô et d'autres arts du spectacle traditionnels.

PHOTOGRAPHIE DE James Whitlow Delano

L’Onidaiko fait partie du folklore japonais à travers les spectacles de danses et de tambours taiko dont les personnages portent des masques Oni représentant des démons, des créatures issues de légendes, et autres invincibles trolls.  La fabrication des masques Oni est un art qui requiert une expertise et une expérience que possède Monsieur Aritsune Watanabé. À près de 90 ans — il les atteindra le 9 février 2022 —, il réalise les masques Oni selon la tradition locale depuis plus d’un demi-siècle.

Chacun des 120 villages de l’île de Sado ayant ses propres traditions « Onidaiko » (tambour démoniaque) et son propre rituel, cela donne un style unique à chaque masque et Monsieur Watanabe connaît par cœur les détails du masque de chaque village. Ses compétences reconnues en font un artiste très demandé à Sado où il enseigne désormais son art avec passion et fierté. Entretien.

M. Aritsune Watanabe, qui a passé toute sa vie sur l'île de Sado, fabrique des masques Oni depuis plus de 50 ans.

PHOTOGRAPHIE DE James Whitlow Delano

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire des masques ?

Aritsune Watanabe : J'ai toujours voulu faire quelque chose d'unique, plutôt que de poursuivre une carrière ordinaire. C’est en amateur, à l’âge de 38 ans environ, que j’ai commenté à réaliser des masques Oni. J'ai confectionné mon premier masque en prenant pour modèle un masque Oni existant dans mon village et plus tard, j'ai appris dans les livres. J’ai commencé à me perfectionner et à développer sérieusement mes compétences lorsque j'ai accepté une offre pour enseigner l’art de la fabrication d’un masque Nô dans une classe de la communauté. À l'âge de 66 ans, je me suis retiré de la direction de l'entreprise que j'avais héritée de mon père et j’ai pu me concentrer sur la fabrication de masques et de statues bouddhistes.

En fonction de leur orientation (tourné vers le haut ou le bas), les masques Oni changent d’ « humeur ». À gauche, le masque a l’air renfrogné, à droite, il est souriant.

PHOTOGRAPHIE DE James Whitlow Delano

Qui vous a enseigné cette pratique traditionnelle ?

Aritsune Watanabe : Je l'ai apprise moi-même. Chaque communauté a pour objectif de conserver et de transmettre son style unique de masques, de tambours taiko et de danses aux générations futures. Ainsi, à leur demande, j'utilise le masque déjà existant de chaque village comme modèle et je copie ses motifs le plus fidèlement possible pour créer un nouveau masque.

Quelles sont les particularités des masques Oni ?

Aritsune Watanabe : Les caractéristiques des masques diffèrent d'un masque à l'autre, en fonction du village. Cependant, les masques Oni ont en commun d'avoir l'air de froncer les sourcils lorsqu'ils sont tenus vers le bas et de sourire lorsqu'ils sont dirigés vers le haut. Cette caractéristique trouve son origine dans l'objectif initial du rituel de l'Onidaiko : un Oni — ou un homme portant un masque d'Oni — visite chaque maison du village pour éloigner les mauvais esprits et apporter la chance. Ainsi, grâce à la particularité du masque, l'Oni entre dans une maison en ayant l'air effrayant (masque tenu vers le bas) et repart avec un visage portant un subtil sourire (masque dont le regard est porté légèrement vers le haut).

Existe-t-il différents types de bois utilisés pour fabriquer ces masques ?

Aritsune Watanabe : Traditionnellement, le tilleul japonais était le plus souvent utilisé mais j'utilise principalement le bois de Paulownia car il est léger.

Dans l'image de droite, un aperçu des outils de M. Watanabe.

PHOTOGRAPHIE DE James Whitlow Delano

Ces masques sont-ils utilisés uniquement lors des célébrations ?

Aritsune Watanabe : À l'origine, l'Onidaiko était un rituel destiné à éloigner les mauvais esprits et à porter chance. Aujourd'hui, il est effectivement pratiqué en tant qu'art de la scène et les masques Oni sont utilisés uniquement pour les spectacles, les célébrations et les performances d’Onidaiko.

Vous avez une très longue carrière ! Y a-t-il un masque qui vous touche particulièrement ou dont vous êtes très fier ?

Aritsune Watanabe : Ce qui me motive à continuer à réaliser des masques Oni, c'est la joie que je ressens chaque fois que je réussis à façonner un masque comme je le souhaite. La fabrication d'un masque s'accompagne du plaisir de parvenir à matérialiser l'expression du visage que j'ai à l'esprit, mais aussi la difficulté d'obtenir exactement le résultat visé. Ce qui me fascine toujours, c'est le fait qu'une légère différence dans la sculpture peut changer complètement l'expression d'un masque. Je veux contribuer à la transmission des traditions. Je ne copie donc en principe que des modèles existants auxquels je peux apporter de légères modifications, mais je ne concevrai jamais un masque en partant de zéro.

La signature d'Aritsune Watanabe est gravée à l'intérieur de chaque masque qu'il fabrique.

PHOTOGRAPHIE DE James Whitlow Delano

Avez-vous influencé la vocation de nouvelles générations de fabricants de masques ? 

Aritsune Watanabe : Deux personnes se forment avec moi depuis environ deux ans. Cependant, elles ne sont pas encore prêtes à produire un masque par elles-mêmes.

Comprenez-vous cette popularité qui vous rend si célèbre ?

Aritsune Watanabe : L'Onidaiko est unique à Sado. Ses habitants désirent donc que ce soit quelqu'un de l’île, qui le comprend et le maîtrise parfaitement, qui réalise leurs masques. C'est pourquoi ils s'adressent à moi.

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