À la découverte des villages secrets d'Europe

Enveloppés de mystère, chargés d'histoire et loin des sentiers battus, ces hameaux vous surprendront.

De Raphael Kadushin
ERICE, ITALIE - Pour accéder à cet ensemble de monuments médiévaux semblant venir tout droit d'un ...
ERICE, ITALIE - Pour accéder à cet ensemble de monuments médiévaux semblant venir tout droit d'un rêve, le plus simple est de prendre le funiculaire. Perchés au sommet des montagnes, les monuments sont souvent enveloppés dans un banc de nuages, surnommé « Le baiser de Vénus » par les locaux. Lieu de culte païen à l'origine, le village a conservé son artisanat traditionnel sicilien. Vous pourrez y trouver des céramiques peintes à la main et des tapis tissés à la main, vendus dans les nombreux ateliers du village.
Photographie de VISIONS FROM EARTH, ALAMY STOCK PHOTO

Lorsque j'avais quatre ans, nous vivions dans une banlieue du Midwest américain, où les routes étaient droites et les maisons de style ranch et de plain-pieds. Le seul soupçon de magie des environs était le terrain de golf miniature sur le thème des contes de fées, où une balle perdue avait explosé l'un des yeux de Mother Hubbard.

Quand j'ai eu quatre ans et demi, nous avons emménagé aux Pays-Bas, dans le petit village frison de Hindeloopen, avec l'impression de découvrir un autre monde. Les maisons semblaient sortir tout droit d'un conte, avec leur pignon légèrement incurvé. Janneke, la fille des voisins, m'avait confié que les sirènes faisaient claquer leur queue dans les canaux et que des trolls affamés se cachaient dans les pâtures, attendant l'occasion de goûter ma chair d'Américain bien nourri. Heureux d'avoir peur, je courrais pour aller à l'école, crapahutant à travers les pâturages de plaines, passant devant des tulipes aux pétales de feu et des agneaux broutant paisiblement.

C'était le début de mon amour inconditionnel pour les villages, qui a en retour alimenté mon amour du voyage. J'essayais de retrouver la magie de Hindeloopen et ne cessais de chercher. J'échangeais le nom de villages peu connus ou oubliés avec d'autres voyageurs intrépides. Nous avions chacun notre liste d'étapes bucoliques. Adulte, zigzaguant à travers l'Europe, ma liste n'a fait que s'allonger. Fornalutx et Firle, Apeiranthos et Dozza, elle a fini par ressembler à de la poésie polyglotte.

Le premier village à figurer sur ma liste après Hindeloopen était un choix évident : le hameau bavarien de Rothenburg ob der Tauber. Je n'étais pas le premier, loin de là, à remarquer sa ressemblance avec un décor de théâtre médiéval. Presque tout le monde l'a remarqué, des peintres du 19e siècle qui ont fait du village l'incarnation même du romantisme allemand, en passant par les Instagrammers du 21e siècle qui posent à côté des fontaines anciennes. Rothenburg a même servi de modèle à Walt Disney pour créer le village de Pinocchio.

Pourquoi Rothenburg ? Mettez-le sur le compte de l'extrême pauvreté. À l'époque de la Renaissance, le bourg était un centre prospère, avant qu'un double coup dur, la guerre de Trente ans puis la peste, ne vident le village et ne lui fassent perdre sa grandeur. Son histoire est assez semblable à celles d'autres villages. Alors que les villes plus riches sont propulsées vers l'avant dans le futur, se transformant et évoluant sans cesse, les endroits reculés trop pauvres pour se développer et connaître à nouveau la croissance restent bloqués dans le passé. En ce sens, le village peut donc évoquer quelque chose de profond.

J'ai pris conscience de cela en me baladant dans Rothenburg à la tombée du jour, lorsque les hordes de touristes avaient quitté les lieux. Rotherburg ne se définit pas seulement comme un lieu figé dans le temps. Le village témoigne aussi d'une culture bavaroise importante et expressive qui a pu disparaître ailleurs, mais reste bien intacte ici, existant selon ses propres termes.

Mon troisième Brigadoon, je l'ai découvert par hasard, comme la plupart des gens je suppose. Je visitais alors les Cotswolds, à bord d'une Volkswaggen Coccinelle défoncée. Ce qui m'a immédiatement séduit dans le hameau anglais de Swinbrook, c'est cette impression qu'il était à la fois très difficile à dénicher et si facile à rater, comme toute véritable découverte.

Swinbrook, c'est le village anglais version simplifiée : un pub, une église, quelques cottages de pierre et c'est tout. Mais il n'a pas besoin de plus. Datant des années 1880, l'auberge Swan Inn, au plafond à poutres apparentes, fut suffisamment télégénique pour servir de décor dans Downton Abbey.

Après cela, je me suis consacré à la chasse aux villages. Sur le toit du monde, toujours attiré par l'élégance glacée de la Scandinavie, j'ai découvert Sandhamn en Suède, le seul vrai village de l'île de Sandön, située dans la mer Baltique, bien loin de la périphérie de l'archipel de Stockholm.

Je pourrais retourner sur cette belle île reculée encore et encore, preuve que l'isolation peut faire des villages des lieux de sauvegarde de la culture.

 

Cet article a été publié à l'origine dans le numéro août/septembre du magazine Traveler en langue anglaise.
Lire la suite