Les hikikomori : ces Japonais qui s’enferment chez eux à cause de la crise

Qui sont ces personnes préférant se cloîtrer chez elles plutôt que de se confronter aux affres de la société moderne ?

La crise économique que subit le Japon depuis le début des années 1990 a fait émerger un être étrange : l’hikikomori. Ce sont, pour la plupart, des hommes qui vivent reclus chez eux depuis plus de 6 mois, comptant généralement sur leurs parents pour survivre. Ils ne travaillent pas, ne font pas d’études, ne sortent pas, ne rencontrent personne, sans pour autant souffrir d’une quelconque maladie mentale.

Dans les rues de Tokyo (lire notre reportage), la misère se fait discrète. Les mendiants sont rares et les pauvres, toujours parfaitement habillés, préfèrent se restreindre sur la nourriture plutôt que de laisser paraître ce qu’ils considèrent être leur propre échec. Car, dans la capitale comme ailleurs dans le pays, la pauvreté est honteuse, voire culpabilisante, ce qui pousserait les laissés-pour-compte à devenir invisibles. Ainsi, les hikikomori préfèrent se cacher plutôt que d’affronter le regard accusateur de leurs congénères.

Outre la situation économique difficile, le phénomène prend racine dans l’organisation particulière de la société japonaise. Généralement, c’est au père qu’incombe la tâche de faire vivre l’ensemble de la famille. Or, le rythme de vie d’un homme, qui travaille souvent jour et nuit, ne lui permet pas de partager du temps avec ses proches. Résultat : certains enfants manquent de modèles pour construire leur projet professionnel.

Autre explication possible : les mutations culturelles du pays. Notamment l’essor de l’individualisme dans une nation où la collectivité occupait autrefois une place centrale. Dans ce contexte, être un hikikomori est une forme de rébellion, les jeunes générations cherchant à se démarquer des traditions.

Six mois, un an, parfois dix ans… L’isolement des hikikomori peut durer très longtemps. Des travailleurs sociaux tentent de les sortir de cette situation. La thérapie est progressive : accepter de répondre au téléphone, de parler à travers la porte, d’ inviter des gens chez soi, puis de participer à un programme de réinsertion professionnelle.

Bien qu’ils habitent souvent au cœur des villes, les hikikomori n’ont pas d’amis, ne voient jamais de médecin. Le phénomène est devenu un problème de société d’autant plus grave qu’il touche aujourd’hui des gens de tous âges, jusque dans les campagnes. Le gouvernement japonais estimait leur nombre à 540 000 en 2016, pour les 15-39 ans. Mais, en prenant en compte leurs aînés, ils seraient aujourd’hui plus d’1 million.

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