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L’histoire du maneki-neko, le chat le plus célèbre au monde

Avec leur patte levée, leurs oreilles rouges pointues et leurs accessoires, les maneki-neko apportent depuis des siècles prospérité et chance à leurs propriétaires.

De Rebecca Saunders
Publication 7 mai 2021 à 12:21 CEST
The maneki-neko, also known as the welcoming cat, lucky cat, money cat, happy cat, beckoning cat, ...

Notamment connu sous le nom de « chat porte-bonheur », le maneki-neko est devenu l’un des objets les plus populaires dans les commerces asiatiques. Ses origines remontent au 17e siècle.

Photographie de Richard Milnes, Alamy

Célèbre bibelot kitsch souvent doré, le « chat chinois qui salue » est omniprésent dans les quartiers chinois et boutiques asiatiques du monde entier. Pourtant, cette statuette n’est pas chinoise : ses origines sont japonaises.

Contrairement à la croyance populaire, le petit animal, nommé maneki-neko en japonais (« chat qui invite » en français), ne salue pas de la patte. Au Japon, le geste de la main levée, paume vers l’avant et doigts inclinés vers le bas, constitue une invitation à s’approcher, et c’est ce que fait le félin.

Avec leur patte levée, leurs oreilles rouges pointues, leur pièce et autres accessoires, les maneki-neko apportent prospérité et chance depuis des siècles. Ces statuettes iconiques, auxquelles on prête diverses origines, sont nées au Japon.

 

LE POUVOIR DES CHATS

Un chat, né à l’époque d’Edo (1603 – 1868) au temple Gōtoku-ji, dans l’arrondissement de Setagaya, à Tokyo, est au cœur d’une des légendes entourant les origines des maneki-neko. Selon les historiens du temple, Ii Naotaka, le daimyo ou dirigeant régional, chassait le faucon lorsqu’il échappa à la foudre en se réfugiant dans Gōtoku-ji, après y avoir été invité par Tama, le chat de compagnie de l’abbé.

Un touriste prend en photo les innombrables maneki-neko qui décorent le temple Gōtoku-ji, lieu de naissance de la figurine porte-bonheur.

Photographie de Carl Court, Getty Images

Reconnaissant envers le félin qui venait de lui sauver la vie, le daimyo désigna l’animal comme le patron du temple, où il est depuis vénéré dans son propre sanctuaire.

Des milliers de statuettes de chats porte-bonheur, de toutes les tailles, parsèment désormais les environs tranquilles du temple Gōtoku-ji. Les visiteurs y viennent pour prier et admirer la farandole de chats blancs dont l’apparence évoque celle du bobtail japonais, une race souvent présente dans le folklore local. En vente au temple, les statuettes sont généralement laissées sur place en guise d’offrandes. De nombreux visiteurs les ramènent aussi chez eux comme souvenir.

Près d’Asakusa, à Tokyo, c’est le maru-shime no neko (chat porte-bonheur en français) du sanctuaire Imado qui est au cœur de la légende. Contrairement au maneki-neko, celui-ci est assis de profil, la tête tournée sur le côté. L’histoire raconte qu’en 1852, une vieille dame qui vivait à Imado était si pauvre qu’elle ne pouvait plus nourrir son chat de compagnie et fut contrainte de l’abandonner. Cette nuit-là, le félin apparut à la femme dans un rêve et lui dit : « Crée une statuette à mon effigie, et je te porterai chance ».

Suivant les instructions du chat, la vieille dame fabriqua des figurines en porcelaine selon la technique de l’Imado-yaki et les vendit aux portes du sanctuaire. Le chat tint sa promesse : les statuettes se vendirent comme des petits pains, arrachant la femme de la pauvreté. La même année, le prééminent graveur Utagawa Hiroshige illustra la vente des figurines félines sur un marché dans une gravure sur bois encensée. Cette dernière est la plus ancienne représentation du chat porte-bonheur.

Réalisée en 1852 par Utagawa Hiroshige, cette gravure sur bois de style ukiyo-e issue de la série « Affaires florissantes à Balladeville » représente des maru-shime no neko, une variation du maneki-neko, vendus sur un marché.

Photographie de Woodblock Print by Utagawa Hiroshige I, William Sturgis Bigelow Collection/Museum of Fine Arts Boston

Le lieu d’origine de la statuette importe peu. Mais une chose est sûre : le chat porte bonheur. Son omniprésence aurait un lien avec leurs analogues en chair et en os. En 1602, un décret impérial approuva la libération de tous les chats présents au Japon. L’objectif était de bénéficier des talents innés des félins dans l’extermination des nuisibles, notamment au sein des communautés pratiquant la sériciculture. Après le déclin du commerce de la soie, les chats continuèrent à être considérés comme des talismans assurant la prospérité en affaires.

« L’importance du maneki-neko réside dans le pouvoir mythifié du chat à porter chance aux personnes qui s’en occupent », explique Yoshiko Okuyama, professeur de japonais à l’université d’Hawaï.

« Le proverbe japonais neko wo koroseba nanadai tataru (Tuez un chat et il hantera votre famille pendant sept générations) est basé sur une croyance populaire selon laquelle les chats sont des êtres vengeurs, à la plus grande longévité que les humains », poursuit le professeur. Les Japonais sont profondément convaincus du pouvoir des chats. Si vous prenez soin d’eux, ils veilleront sur vous.

Dans son livre Animal Motifs in Asian Art (Motifs animaliers dans l’art asiatique) paru en 1927, Katherine M. Ball décrit les maneki-neko, généralement fabriqués en porcelaine, parfois en papier mâché, comme « une forme simple et populaire de magie ».

« Cette représentation est utilisée comme une amulette qui favorise les affaires et la prospérité. On la trouve à l’entrée des restaurants et des boutiques. Sa mignonnerie féline et sa patte levée invitent les clients à s’avancer », écrit l’auteure.

Près d’un siècle plus tard, il existe désormais un arc-en-ciel de figurines pour différents types de chance. Inquiets pour votre sécurité au volant ? Choisissez une statuette bleue. Malheureux en amour ? Prenez-en une rose. En quête de prospérité ? C’est la célèbre statuette dorée qu’il vous faut.

La signification de la figurine dépend aussi de la patte levée. Celle de droite est relative à l’argent et à la chance ; celle de gauche favorise l’amitié et invite les clients. La statuette peut également arborer un ryō, pièce japonaise ovale qui symbolise la richesse. Sans oublier les accessoires historiquement fidèles, telles la bavette ou la cloche, révélatrices de la considération et des sentiments qu’éprouvent les Japonais pour les chats de compagnie.

« [Ces figurines] sont bien plus que des amulettes protectrices, précise Yoshiko Okuyama. Ce sont des intermédiaires, des émissaires, qui font le lien entre notre vie et le royaume des déités. Elles ont le pouvoir, en période de désespoir et de détresse, de transmettre notre appel à l’aide au monde spirituel ».

 

À LA CONQUÊTE DU MONDE

Comment ces statuettes iconiques ont-elles gagné le reste de l’Asie et du monde ? C'est encore un mystère.

Un projet de recherche de premier cycle, dirigé par Bill Maurer, professeur d’anthropologie à l’université de Californie, révèle que les premières figurines remontent à l’ère Meiji (1868 – 1912). En 1872, le gouvernement Meiji promulgue l’Ordonnance relative à la moralité publique afin d’améliorer son image auprès des Occidentaux conservateurs. Cette loi interdit les talismans phalliques, souvent exposés dans les lieux de prostitution. Les maneki-neko servent alors de bibelots de substitution. Très vite, l’adoption des chats porte-bonheur comme amulettes de prospérité s’étend à d’autres pays et populations asiatiques.

Une jeune femme passe devant une fresque représentant un maneki-neko à Hanoi, au Vietnam.

Photographie de Manan Vatsyayana, AFP/Getty Images

L’essor de la culture populaire japonaise lors de la période dite du « Cool Japan » dans les années 1980 et 1990 a coïncidé avec la seconde vague d’immigration chinoise aux États-Unis et en Europe et a favorisé l’implantation du maneki-neko dans la culture dominante.

L’iconique chat ne tarde pas à apparaître sous les traits de personnages animés dans l’art, la mode et même les jeux vidéo. « Cette mythologie du chat a gagné la culture populaire d’aujourd’hui », explique Yoshiko Okuyama. Le professeur cite en exemple le dessin d’animation japonais Le Royaume des Chats de Hayao Miyazaki, dans lequel le personnage principal est récompensé après avoir sauvé un chat. Autre exemple : Miaouss, maneki-neko à la sauce Pokémon qui arbore une pièce ovale sur la tête. Celui-ci propose une attaque spéciale, le Jackpot, qui permet au joueur d’obtenir de l’argent à la fin du combat.

 

MUSÉES ET RUE EN L’HONNEUR DES MANEKI-NEKO

Les maneki-neko invitent toujours les clients dans les entreprises et commerces japonais.

Pour ceux qui s’intéressent à leur histoire, le musée d’art Manekineko, situé à Okayama, possède une collection de plus de 700 chats porte-bonheur de différentes époques. Les félins sont également célébrés chaque année en septembre pendant le festival Manekineko, qui a lieu dans plusieurs villes du pays.

À Tokoname, dans la préfecture d’Aichi, vous pouvez arpenter la rue Manekineko-dori (rue du chat porte-bonheur en français), décorée de dizaines de statuettes félines en céramique. À Tokyo, partez à la découverte des origines de la célèbre figurine en vous rendant au temple Gōtoku-ji, peuplé d’innombrables chats. N’oubliez pas non plus de visiter le sanctuaire Imado, où vous pourrez vous procurer le maru-shime no neko, variante locale du maneki-neko.

Aux États-Unis, les malchanceux peuvent visiter le Musée du chat porte-bonheur de Cincinnati, dans l’Ohio. Plus de 2 000 représentations de l’icône féline y sont exposées.

Mais, le mieux est d’admirer le maneki-neko dans son habitat naturel : posé sur une caisse enregistreuse, saluant les clients depuis l’entrée d’un restaurant.

 

Basée au Japon, Rebecca Saunders est journaliste culinaire et de voyage.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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