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Nos conseils pour prendre de belles photos de voyage

À l’aide de leurs peintures, leurs toiles et leur regard créatif, des artistes nous révèlent comment percevoir et capturer la beauté de la nature ou des villes.

De Katy Kelleher
Photographie De Greta Rybus
Publication 8 juil. 2021, 14:00 CEST
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Tim Wilson, un artiste, peint sur la côte du Maine. Il a entrepris un projet d'un an pour documenter les sites sauvages de l’État.

PHOTOGRAPHIE DE Greta Rybus

Le paysage ne réclame pas votre attention comme le font les panneaux publicitaires ou les feux de signalisation. Les panoramas ne sont pas statiques mais ne sont pas en constante évolution comme le reste du monde. Même les paysages urbains, rythmés par les démolitions et les constructions permanentes, constituent le décor de la majorité des œuvres d’art que nous consommons, des films aux clichés photographiques. Si l’on marque une pause et que l’on se concentre, comme le font les peintres paysagistes, le monde nous donne l’occasion de découvrir ses profondeurs et ses récits, cachés dans les feuillages, le sol et même les déchets.

Les paysagistes voient le monde d'un œil différent. Leurs yeux ont été entraînés pour chercher l’horizon, lire la lumière et comprendre les subtiles variations météorologiques.

Tous ces éléments font partie du métier, explique le peintre Timothy Wilson. Depuis deux ans, il travaille sur une série photographique inspirée des paysages du Maine Coast Heritage Trust. Il a déjà visité plus d’une douzaine des réserves naturelles situées le long de la côte du Maine. Il a peint sur des falaises, des îles, au sein de marais et de tourbières et même assis dans son kayak.

Il visite les parcs comme le ferait n’importe quel voyageur, les yeux grands ouverts sur les merveilles qu’offrent leurs paysages bruts. Mais plutôt que de prendre une photo pour Instagram, il s’arrête et installe son chevalet. « De cette manière, je ne regarde pas mon téléphone. Au lieu de le consulter encore et encore, j’observe le paysage. Je m’imprègne du panorama. C’est une sensation merveilleuse. »

Les peintres comme Timothy Wilson puisent leur inspiration de l’extérieur, par exemple de la côte rocheuse du Maine.

PHOTOGRAPHIE DE Greta Rybus

Nul besoin d’être un artiste pour apprécier la nature. Tout le monde peut prendre le temps de s’émerveiller devant un coucher de Soleil. Penser comme un peintre paysagiste peut aider les touristes à devenir meilleurs dans l’observation du monde qui les entoure. La prochaine fois que vous prenez la route, assurez-vous de disposer d’un carnet ou d’un téléphone portable à portée de main pour capturer l’instant et composer. Tout voyage peut devenir un séminaire artistique si vous vous en donnez l’opportunité.

 

TROUVER SES MARQUES

Pour apprécier un paysage, qu’il s’agisse d’un désert ou d’un marais, la première étape est de trouver un point d’observation. « Lorsque je travaille, je porte mon propre poids et celui de mon matériel », souligne Timothy. « Bien que j’apprécie la fluidité de la Terre, je n’aime pas traverser des zones sablonneuses pour me rendre à l’endroit où je souhaite peindre. J’aime avoir un sol ferme sous mes pieds. »

Plutôt que d’avoir à se soucier de s’enfoncer dans la boue ou de glisser sur des algues, Timothy installe son chevalet sur un sentier battu, un rocher plat ou un lieu où les algues ont séché. « En vue de devenir un observateur aguerri de la nature, il faut trouver un lieu idéal où se placer. »

Ces conseils s’appliquent tout aussi bien aux photographes amateurs. Pour composer une belle image, il faut du temps, même si elle n’est destinée qu’à Instagram. Il convient de rechercher un emplacement hors du sentier principal, de s’arrêter et de méditer sur le paysage qui s’offre à vous.

Timothy Wilson peint souvent la mer, qui offre à son travail une ligne d’horizon nette. Bien que sa méthode de travail ne soit pas la même, April Gornik, une peintre paysagiste basée à New York, se focalise également sur la création d’images fortes et ténébreuses. Ses créations semblent figées dans le temps, voire parfois envoûtantes. En général, elle observe son environnement, puis peint le paysage dans son studio. « Lorsque l’on voyage, on se disperse volontairement. Donc il faut se ressaisir. C’est quelque chose de bon pour la santé. »

Alors que Timothy trouve son équilibre de manière très littérale, April encourage les touristes à rechercher un lieu calme, où ils trouvent réconfort dans l’inconfort. « Le paysage, c’est l’autre, l’autre ultime. Le principe de l’art, c’est de sauter le pas, devenir familier, se trouver soi-même. »

La plupart des touristes espèrent voyager par des jours de plein soleil. Pourtant, un temps orageux présente lui aussi des avantages. Le ciel ombragé crée luminosité différente, que les peintres paysagistes et les photographes de portrait adorent. Les paysages qui prennent une dimension sombre et lugubre se révèlent dans les œuvres des Florida Highwaymen, un groupe de peintres noirs du milieu du 20e siècle.

Ils pratiquaient le « speed painting », une technique de peinture en temps limité. Ils vendaient leurs œuvres directement dans le coffre de leurs voitures le long des autoroutes principales. Souvent, ils capturaient le ciel orageux, les palmiers balayés par le vent, les vagues s’écrasant sur la côte et les rivières de l’arrière-pays un peu menaçantes. Les Highwaymen n’étaient pas réellement des chasseurs de tornades mais leur travail mettait en scène la Floride tel un environnement turbulent, écrasé par la chaleur et plein de vie et d’eau.

L’artiste Tim Wilson peint à la fois dans son studio dans le Maine (ci-dessus) et en plein air.

PHOTOGRAPHIE DE Greta Rybus

Observer les nuages est une technique très efficace selon Timothy. « La peinture est une science. L’atmosphère change ce que l’on observe. »

Kim Do, peintre paysagiste actuellement installé à New York, a travaillé dans le monde entier. Lui aussi « adore peindre le mauvais temps. Nous les Hommes, nous vivons au fond d’un océan d’air. Nous sommes les homards de notre planète. Quand nous regardons en l’air, nous observons le temps. » Kim explique que de peindre le ciel lui permet de se connecter aux peintres paysagistes qui sont passés avant lui, par exemple le célèbre peintre britannique John Constable, réputé pour ses nuages ténébreux.

 

CHERCHER LA COULEUR, TROUVER LA BEAUTÉ

Noa Charuvi partage son temps entre Jérusalem et New York, deux environnements urbains riches d’histoire. Pourtant, ses peintures parviennent à capturer l’énergie de ses quartiers d’enfance et la vaste beauté de leurs bâtiments. Ses balades quotidiennes dans Brooklyn la conduisent souvent vers des sites en construction. Elle s’y arrête pour capturer l’instant. « Souvent, une scène m’attire parce que j’y trouve un potentiel de beauté surprenant. Sur les sites de construction, ce sont certaines couleurs qui m’attirent. »

Noa souligne que même un immeuble à moitié érigé ou une zone de démolition peuvent être source d’inspiration : le jaune vif des rubans de signalisation, l’orange des seaux de ciment, les briques rouges et le bois brut aux reflets dorés. « Les emballages des matériaux pour les vitres ou l’isolation sont souvent pastel, rose ou bleu. Tout commence par la couleur. »

Trouver des palettes de couleur signifie pour Noa qu’elle peut tirer de la gaieté de n’importe quelle scène, aussi banale soit-elle. En outre, voir l’histoire s’écrire est une activité qui lui plaît. Les villes sont en constante évolution. Les immeubles sont démolis et de nouveaux sont construits. La peinture de paysage lui permet de « rendre état de l’infini » qui nous entoure. « Elle nous connecte. »

C’est quelque chose que nous pouvons garder à l’esprit lorsque nous explorons le monde. La beauté réside dans le quotidien, dans la décomposition, dans les rues bondées, où reposent des signes de vie humaine. Inutile de créer la parfaite image de la tour Eiffel chaque fois que vous vous rendez à Paris. Parfois, il est même plus intéressant de photographier les utilisateurs.rices du métro ou les pigeons postés sur les toits mansardés.

 

VAGABONDER PLUS LONGTEMPS

La plus grande leçon que les touristes peuvent tirer des peintres est sans doute que capturer votre environnement prend du temps. Pour créer une œuvre d’art ou profiter d’un lieu pleinement, il faut prendre son temps pour observer, contempler et imaginer. Les belles photos ne s’obtiennent pas simplement parce que l’on se trouve devant un beau panorama. Il faut prendre un moment pour déchiffrer « le feng-shui du paysage », comme le dit Timothy.

« S’attarder et contempler sont deux choses que nous devons nous entraîner à faire », explique Kim Do. « Un jour, je peignais à l’île de la Barbade et un car de touriste arrivait à peu près toutes les heures. Les gens sortaient du bus, prenaient une photo, et s’en allaient. »

Il a passé sa journée entière à ce même endroit, observant les gens passer. Peut-être que certains d’entre eux arrivaient à obtenir un beau cliché mais leur voyage n’était pas organisé pour obtenir l’immersion que les artistes recherchent. Chacun.e des peintres que nous avons interrogé.e insiste sur l’importance de se laisser submerger par le monde. Il faut l’absorber, le retenir et se laisser retenir.

« Grâce à la peinture, vous êtes au fait de votre environnement », assure Kim. « Nous sommes immergé.es dans nos environnements. Ils nous bercent. Ils nous entourent. Lorsque l’on ressent cette sensation, c’est comme si l’on se trouvait dans le ventre de notre planète. » Ses peintures sont pleines de détails et très suggestives. Lorsque l’on contemple l’un des paysages Oculus de Kim Do, on se sent immergé. Selon lui, c’est là que réside tout l’intérêt. C’est la raison pour laquelle nous voyageons et nous créons des œuvres. C’est ce sentiment de connexion profonde et intense.

Il peut survenir soudainement ; mais jamais rapidement.

Basé au Maine, Katy Kelleher est écrivaine. Ses écrits sont également publiés dans The Paris Review et Longreads. Retrouvez-la sur Instagram ou sur Twitter.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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