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Ouest américain : sur les traces du Bigfoot

La recherche du Bigfoot permet aux aventuriers de se connecter à quelque chose de plus grand qu’eux... et d'emprunter des chemins peu fréquentés.

De Will McCarthy
Publication 1 juil. 2022, 18:12 CEST
La forêt ancienne située près de Cougar, dans l'État de Washington (visible ici) est bien connue ...

La forêt ancienne située près de Cougar, dans l'État de Washington (visible ici) est bien connue pour les observations présumées de Bigfoot, notamment une rencontre rapportée dans The Oregonian en 1924, entre un groupe de mineurs et un groupe « d'hommes-singes ».

PHOTOGRAPHIE DE Will Matsuda

Pour les sceptiques, les observations du Bigfoot, aussi appelé Sasquatch, dans les forêts nord-américaines sont la preuve d’un délire collectif.

Pour les cryptozoologues, les personnes spécialisées dans la recherche de créatures mythiques, telles que le monstre du Loch Ness en Écosse ou le Chupacabra en Amérique latine, ces témoignages sont le reflet d’un désir quasi universel de comprendre l’inconnu. Qu’ils croient ou non à ces bêtes légendaires, essayer de les traquer, activité surnommée « bigfooting », offre aux passionnés une excellente occasion d’explorer des régions peu explorées des États-Unis.

« J’ai cherché des Sasquatches dans quarante-six États et sur cinq continents », raconte Cliff Barackman, enquêteur spécialiste du Bigfoot et propriétaire du North American Bigfoot Center. « La sierra Nevada, la toundra de l’Alaska, les fonds de rivière escarpés du Dakota du Sud, [les Bigfoots] vivent dans des régions merveilleuses et sauvages. »

(À lire : Big Foot : entre légendes et hypothèses)

Tom Sewid, membre de la tribu Kwakwakaʼwakw, porte une tenue représentant Dzunuḵ̓wa, une figure de la mythologie kwakwakaʼwakw qui ressemble à des images du Bigfoot.

 

PHOTOGRAPHIE DE Will Matsuda

Bien que les enquêteurs n’aient jamais prouvé l’existence du Bigfoot, des organisations telles que la Bigfoot Field Researchers Organization (BFRO) compilent et cartographient les observations présumées de la créature légendaire, examinant chaque rapport en l’étiquetant en fonction de sa crédibilité et de sa localisation. Leurs recherches servent souvent de guide, amenant des voyageur.ses vers des régions beaucoup moins fréquentées.

Des forêts du nord-ouest du Pacifique aux forêts de pins isolées du centre de la Floride, les destinations où une insaisissable créature simiesque aurait été aperçue reflètent la diversité et de l’étendue des plus beaux endroits des États-Unis.

Voici pourquoi la recherche du Bigfoot est l’une des meilleures façons de découvrir les régions les moins explorées des États-Unis… et comment les voyageurs et voyageuses peuvent jouer un rôle clé dans la préservation de leur histoire.

 

UN LIEN AVEC LA NATURE

Le résultat le plus tangible et le plus positif du « bigfooting » pourrait bien être le fait d’établir un lien avec les espaces naturels, explique Cindy Caddell, archéologue du Service des forêts des États-Unis, et enquêtrice et chef d’expédition pour le BFRO.

Gauche: Supérieur:

Cette carte gardée à l'Oregon Bigfoot Center montre les observations, les traces et autres signes présumés du Bigfoot.

Droite: Fond:

Au cours de l'été 1977, des étudiants ont signalé une observation présumée du Bigfoot près de cette mine abandonnée à Jawbone Flats, dans l'Oregon, une ville minière du 19e siècle.

Photographies de Will Matsuda

« Il s’agit de se retrouver dans la nature avec des personnes qui partagent les mêmes idées, afin de profiter du plein air et de découvrir la campagne », explique Caddell. « Et qui peut affirmer avec certitude qu’il n’y a pas de primates encore non découverts dans la nature ? ».

Lorsque Caddell dirige des groupes lors d’expéditions de trois à sept jours dans les montagnes des Cascades centrales, elle essaie d’intégrer des liens réels avec le territoire : cours d’identification des plantes, promenades dans la nature et leçons d’histoire indigène. Comme le dit Barackman, « le Bigfoot est un sujet multidisciplinaire ».

Si les voyageur.ses peuvent aller chercher le Bigfoot presque partout, du moins aux États-Unis, de nombreuses rencontres présumées avec la créature ont été rapportée dans le nord-ouest du Pacifique.

Des dizaines de personnes ont déclaré avoir aperçu le Bigfoot dans les monts Klamath et Siskiyou, dans le nord-ouest de la Californie et le sud-ouest de l’Oregon, ce qui a conduit à la création du Bigfoot Trail, un sentier long de plus de 500 kilomètres. Ce sentier mène les randonneur.ses à travers six zones de nature sauvage, un parc national et plusieurs bassins versants importants dans ce coin rarement visité des États-Unis.

Admirez certains des plus beaux panoramas de Californie du Nord sur la route Bigfoot Scenic Byway, longue de 140 kilomètres. Le long de la route, explorez Willow Creek, en Californie, qui considérée comme la porte d’entrée officielle du pays du Bigfoot, et le Hoopa Tribal Museum, qui présente des objets d’artisanat indigène, des insignes de cérémonie et des canoës en séquoia utilisés par les tribus locales Hoopa, Yurok et Karuk.

 

PROTÉGER LES TERRES

La recherche d’une créature ressemblant à un singe n’encourage pas seulement les voyageur.ses à découvrir les grands espaces sauvages, elle les incite également à devenir des gardiens de ces terres. Trois comtés différents de l’Oregon et de l’État de Washington ont désigné des terres comme « zones de protection et de refuge du Sasquatch » (régions où la chasse au Bigfoot est interdite) en raison de la possibilité de l’existence de la créature. La désignation la plus récente a été adoptée en avril dans le comté de Grays Harbor, dans l’État de Washington.

Bien que ces résolutions ne soient pas juridiquement contraignantes, la stratégie consistant à s’appuyer sur des créatures charismatiques pour protéger les habitats est une pratique courante, selon les scientifiques de la conservation. Les organisations font souvent appel à des mammifères bien connus, comme le loup, pour préserver de vastes étendues de terre, protégeant ainsi les centaines d’espèces plus petites et discrètes qui dépendent du même habitat.

« Psychologiquement, ça aide d’avoir des espèces emblématiques au centre de l’attention », explique Gretchen Daily, chargée de recherche au Stanford Woods Institute for the Environment. « Nous avons besoin des milliards de microbes présents dans le sol pour faire fonctionner notre système immunitaire, mais personne ne va s’enflammer pour ceux-là. »

L’initiative Edge of Existence promeut des espèces menacées étranges et inhabituelles dans le but de susciter le soutien du public à la conservation. En 2015, une caméra installée sur un sentier pour capturer le Bigfoot a aperçu une martre de Humboldt, une petite créature de forêt qui ressemble à une belette, et que l’on croyait éteinte. En partie grâce à cette preuve, la martre a enfin été classée comme une espèce menacée en 2020.

Des enfants poursuivent une personne déguisée en Bigfoot lors de la Bigfoot Bash 2019 à Home Valley, dans l'État de Washington.

PHOTOGRAPHIE DE Will Matsuda

Les scientifiques estiment qu’il existe des centaines de mammifères qui n’ont pas encore été découverts, mais seuls 5 % des terres et des eaux publiques des États-Unis sont actuellement protégés. Le gouvernement de Joe Biden s’est fixé pour objectif de porter ce chiffre à 30 % d’ici 2030, mais le pays perd un morceau d’habitat de la taille d’un terrain de football toutes les quelques minutes, ce qui risque d’exterminer des espèces avant même que quiconque ne sache qu’elles existent.

« C’est une course pour amener les gens à se préoccuper des espaces verts et à les défendre, tout en repoussant la pression incessante du développement », explique Tierra Curry, scientifique principale au Center for Biological Diversity. « Si les gens plaident pour le Bigfoot, alors ils plaident pour la protection de ces terres. Nous sommes donc tous dans le même camp. »

 

MYTHE ET MAGIE

La recherche du Bigfoot permet aux aventurièr.es de se connecter à quelque chose de plus grand qu’eux, et de croire qu’il y a encore quelque chose de magique et d’inconnu dans les espaces sauvages américains.

« Le Bigfoot permet de préserver une partie de l’émerveillement de l’enfance, et une partie de la magie des explorations des 18e et 19e siècles », déclare Peter Dendle, professeur de folklore à Penn State Mont Alto.

Avant le 19e siècle, lorsque les histoires du mystérieux homme-singe ont commencé à circuler dans l’Ouest américain, une riche tradition orale d’histoires sur le fameux Bigfoot parmi les communautés natives parlait d’un être presque surnaturel qui rôdait dans les bois. Dans certaines légendes, il était objet de crainte, dans d’autres une force bienveillante. Mais les histoires sont toujours empreintes de respect.

Les histoires du Bigfoot, par essence, ouvre la voie vers un changement radical de notre relation avec la nature. Dans les siècles précédents tout comme dans leur enfance, les humains avaient tendance à agir selon la croyance que le monde naturel était infiniment vaste. Cette croyance nous décharge en partie de toute notre responsabilité d’agir en tant que gardiens responsables de nos terres.

« Le fait de passer du temps dans les bois nous relie à quelque chose avec lequel on avait oublié qu’on avait un lien », dit Barackman. « Nous pouvons voter pour sauver les terres publiques, en trouvant un équilibre entre les besoins de la société et ceux de la faune. Et par la même occasion, nous nous aiderons accidentellement nous-mêmes. »

Will McCarthy est un journaliste et producteur de podcasts établi à Oakland, en Californie. Retrouvez-le sur Twitter. | Will Matsuda est un photographe et écrivain établi à Portland, dans l'Oregon. Découvrez son travail sur Instagram.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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