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Visibilité et vulnérabilité vont de pair pour les touristes transgenres

L’industrie du tourisme a célébré le mois des fiertés. Pourtant, pour certaines personnes transgenres et non-binaires, quitter leur foyer pour explorer le monde est synonyme d’anxiété.

De Kam Burns
Publication 30 juin 2021 à 16:18 CEST
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Des manifestants brandissent un drapeau arc-en-ciel géant à Londres. Les voyages peuvent engendrer toute une série d’obstacles pour les personnes transgenres.

PHOTOGRAPHIE DE Chris J. Ratcliffe, Getty Images

Denne Michele a révélé sa transidentité à différentes personnes de son entourage au cours de la pandémie de la COVID-19. Toutefois, un récent voyage à Los Angeles l’a aidé à réaliser qu’elle était prête à faire son coming out publiquement.

En mai, Denne s’est rendue à Los Angeles depuis New York pour enregistrer Food 4 Thot, un podcast queer et multiracial, avec ses coanimateurs qui la connaissaient déjà en tant que femme, sous le nom de Denne.

« Lorsque nous étions au studio, j’ai eu l’impression de vivre ma vie de femme transgenre tout entière pendant ces quelques jours », déclare-t-elle.

Sortir de son environnement quotidien et connaître la joie d’être reconnue pour qui elle était vraiment lui a fait réaliser qu’il était temps pour elle de faire son coming out à tout le monde. Maintenant que la vie reprend petit à petit son cours, Denne a assuré qu’elle était prête à être elle-même partout où elle irait.

Elle n’est pas la seule. Au cours des confinements successifs, certaines personnes ont pu relâcher la pression de devoir « jouer » leur genre. Elles ont disposé de plus de temps pour se livrer à une introspection et confronter leur identité de genre. Sans la pandémie, elles ne l’auraient peut-être pas fait. Nombre d’entre elles ont ainsi pu révéler leur transidentité. Un sondage mené par l’IFOP en 2019 a estimé que 3,2 % de la population française se considère comme homosexuelle, 4,8 % comme bisexuelle affirmée et 2,8 % des personnes interrogées ne définissaient pas leur orientation mais étaient attirées par le sexe opposé. En France, aucune étude représentative n’a encore été réalisée pour déterminer avec exactitude le nombre de personnes transgenres. Toutefois, l’organisation ORTrans estime à 15 000 le nombre de personnes se définissant comme transgenre dans l’Hexagone.

Aujourd’hui, à mesure que la vie reprend son cours, de nombreuses personnes transgenres vivent leur vie pour la première fois sous leur véritable identité. Les obstacles qu’elles doivent surmonter au cours de leurs voyages ne sont qu’un seul des aspects de leur vie. 

Depuis longtemps, San Francisco est un véritable havre de paix pour la communauté LGBTQ. En 2017, la ville a transformé six immeubles du quartier Tenderloin pour former le Transgender Cultural District, le premier quartier transgenre légalement reconnu dans le monde.

PHOTOGRAPHIE DE RICOWde, Getty Images

 

UN TEMPS POUR LA TRANSITION

Harper Sinclare a révélé sa transidentité dès les débuts de la pandémie, pour la deuxième fois. Elle avait fait son coming out il y a six ans mais elle avait du mal à occuper son poste au service clientèle au début de sa transition.

« À l’époque, je n’avais aucun ami proche transgenre ni de modèle, donc j’avais l’impression d’être seule contre tous, et la pression était trop grande », témoigne-t-elle.

L’intimité des confinements lui a offert l’occasion de se concentrer sur ses propres envies et besoins. Elle a été épaulée par la personne qui partage sa vie et sa famille, sans être perturbée par le monde extérieur.

« Le confinement m’a assuré qu’il n’y avait aucun moment où je me suis sentie seule ou abandonnée. Me retrouver coincée à la maison m’a semblé être une sorte de cocon et de bénédiction dont j’avais besoin, même si je dois avouer que je commence à me sentir un peu claustrophobe. »

En juin, elle a voyagé jusqu’à San Francisco pour une chirurgie de féminisation faciale. Elle était nerveuse à l’idée de se rendre dans un ancien foyer de la COVID-19 mais surtout de voyager en tant que femme transgenre pour la première fois.

Jusqu’à présent, San Francisco semble être un bon choix pour elle. Elle n’a pas été mégenrée depuis le début de son voyage. Cependant, elle appréhende tout de même ses prochains voyages et les nouvelles rencontres.

« Je ne peux pas me dire qu’on va toujours me considérer pour ce que je suis et respecter mon identité [de genre] donc mon cerveau enchaîne les calculs en permanence et analyse sans cesse tout ce que les étrangers me disent pour trouver une raison d’être effrayée. Honnêtement, c’est épuisant. »

Karen DeJarnette connaît bien ce sentiment. En tant que femme transgenre affirmée et manager SEO pour une grande agence de voyages, elle a accumulé beaucoup d’expérience dans les voyages en tant que personne transgenre et a fait face à tous les obstacles qui en découlent.

Pour les personnes ayant une transidentité, surtout pour les femmes, « nous nous sentons vulnérables, extrêmement visibles et voyager dans un nouvel endroit amplifie ce sentiment, bien au-delà de ce que l’on imagine ».

Aux États-Unis, une enquête menée par ProPublica en 2019 a révélé que 5 % des plaintes pour non-respect des droits civils déposées contre la Transportation Security Administration (TSA) entre janvier 2016 et avril 2019 avaient été formulées par des personnes transgenres et de genre variant. Pourtant, la population transgenre ne compte que pour moins de 1 % de la population du pays. Selon l’organisation Transgender Europe, d’octobre 2016 à octobre 2020, près de vingt-sept personnes transgenres ont été assassinées en Europe et quarante-sept actes d’extrême violence ont été enregistrés sur le continent. La majorité des actes de violence envers cette communauté visent des femmes transgenres, principalement de couleur.  

(À lire : LGBTQ+ : voyager signifie-t-il avoir à renier qui l’on est ?)

Le Washington Post a récemment publié un état des traumatismes endurés par les personnes transgenres. Il souligne que « la discrimination subie par les voyageurs transgenres à la TSA ... [est] devenue si courant qu’il existe un hashtag, #TravelingWhileTrans, que les voyageurs utilisent pour partager leurs mésaventures avec la TSA ».

Toutefois, Mme DeJarnette précise qu’il est important de se rappeler que la plupart des gens ne vont pas y prêter attention ou ne vont pas s’en soucier. Pour les personnes transgenres qui doivent voyager pour le travail ou pour d’autres raisons indépendantes de leur volonté, elle recommande de voyager avec quelqu’un et de se renseigner sur les cultures et les coutumes, notamment dans les régions plus conservatrices.

« Le but, c’est de s’intégrer, de se fondre parmi les autres », assure-t-elle. « De cette manière, vous êtes moins exposée, moins vulnérable. »

Un agent de la TSA contrôle l’identité d’un voyageur à l’aéroport international d’Orlando. Les contrôles de sécurité des aéroports peuvent être une expérience stressante pour les voyageurs transgenres.

PHOTOGRAPHIE DE Paul Hennessy, SOPA Images/LightRocket/Getty Images

 

CONSEILS POUR LES VOYAGEURS TRANSGENRES

Denne est impatiente de voyager dans des lieux de vacances queer comme Palm Springs en Californie ou Fire Island à New York, cette fois-ci en étant pleinement elle-même. « Me retrouver dans ce genre d’environnements mais en assumant pleinement ma féminité, c’est vraiment formidable pour moi. » 

Avant la pandémie et son coming out, elle se montrait féminine et portait des vêtements féminins. Elle n’a pas encore pu débuter son traitement hormonal. Sa transition est donc pour le moment principalement sociale. Denne a déjà dû faire face à certains obstacles en voyageant à travers le monde en tant que personne transgenre, notamment le fait d’être mégenrée. Cette expérience peut déclencher un sentiment de dysphorie.

La dysphorie de genre peut prendre de nombreuses formes. Elle peut être sociale, mentale ou encore physique. Toutes ces facettes peuvent créer un sentiment de malaise et de détresse intense. Pendant le confinement toutefois, la dysphorie sociale pouvait être largement évitée. Le retour au travail et à la vie sociale impose de nouveaux défis aux personnes qui débutent tout juste leur transition.

En visitant des quartiers respectueux des LGBTQ, comme Christopher Street dans le Greenwich Village de New York, la communauté LGBTQ peut éviter une partie des risques liés au voyage.

PHOTOGRAPHIE DE Michael Brooks, Alamy Stock Photo

Lors des voyages de loisir, Karen recommande de faire des recherches avant de visiter une nouvelle région. Il existe de nombreux pays, villes ou quartiers respectueux des LGBTQ. En 2017, San Francisco a même désigné le sud-est de Tenderloin comme quartier culturel transgenre.

L’application GeoSure propose des évaluations de la sécurité pour les personnes de la communauté LGBTQ dans plus de 30 000 quartiers du monde entier.

« Séjournez dans un endroit qui vous accueille », conseille Karen. « Il existe des villes, des régions et des quartiers qui seront très heureux de vous recevoir. »

Elle recommande également de voyager aux côtés d’un proche ou d’une personne de confiance lorsque c’est possible. De cette manière, les personnes transgenres seront accompagnées de quelqu’un pour les aider à se défendre ou à alléger l’anxiété liée au voyage.

Kam Burns est rédacteur en chef pour le journal Politico. Il se concentre sur les plateformes novatrices et émergentes. Ses écrits portent sur la santé mentale, les questions LGBTQ et la culture populaire. Kam est un membre fondateur de la Trans Journalists Association et coauteur du TJA Style Guide.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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