Voyage

En Italie, ces "maisons de hobbits" semblent venir d'un autre monde

Cap sur les Pouilles en Italie pour visiter les trulli, ces petites habitations traditionnelles à l'histoire fascinante.

De Margarita Gokun Silver
Une touriste admire la vue sur les trulli d'Alberobello, une petite ville des Pouilles en Italie. Uniques en leur genre, ces habitations étaient construites en blocs de calcaire et surmontées de toits en dôme.

Ne soyez pas étonné si au détour d'une ballade au cœur de la vallée d'Itria dans le sud-est de l'Italie vous apercevez des habitations tout droit sorties d'un conte de fée. Baptisées trulli, ces structures pugliese traditionnelles de taille modeste et coiffées d'un toit en ardoises empilées semblent avoir été rapportées d'une autre planète. Bordant la quasi-totalité des routes de la vallée, les trulli ne se limitent pas à leur statut d'amusante curiosité : ils servent encore aujourd'hui de résidence, de ferme, d'auberge et bien plus.

Ils sont loin d'être difficiles à trouver, plusieurs milliers de trulli sont visibles dans la vallée d'Itria. La seule ville d'Alberobello, située à environ 60 km de Bari, en compte 1 500 dont certains datent du 14e siècle. Cet ensemble architectural a rejoint en 1996 la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

La région d'Alberobello est habitée depuis environ un millénaire et la construction des trulli y a probablement démarré à cette époque. Cependant, l'origine de leur forme est bien plus ancienne et certaines sources affirment que l'idée fut apportée par les Grecs lorsqu'ils colonisèrent le sud de l'Italie entre 800 et 500 avant notre ère. Les Tholos, des chambres funéraires grecs, sont dotées d'un toit similaire en dôme et en grec ancien, le terme trullos  (τρούλος) signifie coupole.

Bâtis dans la plus pure tradition des pierres sèches, une technique de construction sans mortier utilisée dans le bassin méditerranéen pendant plusieurs milliers d'années, les trulli pugliese sont reconnaissables à leurs murs blanchis à la chaux et à leur toit en encorbellement. Les toits de nombreuses habitations sont également surmontés d'un pinnacolo (pinacle) dont la taille peut varier et grâce auquel les constructeurs de trulli, ou trulleros, identifiaient probablement leur travail. Par ailleurs, plusieurs trulli présentent des symbole, par exemple des croix ou le mauvais œil (certains astrologiques, d'autres chrétiens ou païens) peints en blanc sur leurs toits. Bien que ces symboles soient une réelle curiosité, ce ne sont pas des marquages originaux affirme Annunziata Berrino, professeure d'histoire contemporaine à l'université de Naples et auteure d'un livre sur le sujet. « Ils ont été inventés au fil du temps pour satisfaire la curiosité des visiteurs, » ajoute-t-elle.

En revanche, ce qui est bien authentique, c'est l'attachement des habitants de la région à leur histoire architecturale. « Les Trulli sont protégés depuis 1910 et les locaux ont beaucoup souffert en raison de l'interdiction de modifier ces habitations, » explique Berrino. « Si aujourd'hui il est possible de visiter Alberobello et ses trulli, c'est grâce au sacrifice de l'ensemble de la population. »

 

COMMENT Y ALLER

La majorité des visiteurs atterrissent à Bari ou Brindisi pour ensuite se rendre à Alberobello, il faut compter une heure de route depuis l'aéroport. Il est également possible de prendre le train avec la compagnie ferroviaire nationale Trenitalia qui propose des trains réguliers à destination de Bari en provenance de Rome et d'autres grandes villes italiennes.

De nombreux trulli servent encore aujourd'hui de résidence, de ferme ou d'auberge.

 

À VOIR DANS LA RÉGION

Les trulli pimentent le paysage de la région mais ils sont loin d'être la seule chose à voir. « Pour une visite de la vallée d'Itria respectueuse de l'environnement à un rythme agréable, optez pour le vélo ou la randonnée, » conseille Alessandro Perrone, guide dans la vallée depuis plus de 10 ans. « Vous apprécierez descendre les collines en respirant l'air méditerranéen et ses odeurs de thym, menthe sauvage ou myrtille et vous pourrez faire un détour par les vignobles qui longent la route.

En dehors d'Alberobello, il faudra absolument prévoir une halte dans ces trois lieux incontournables : le village voisin de Locorotondo connu pour sa forme circulaire ; Cisterino, l'une des villes les plus pittoresques de la vallée ; et Ostuni également connue sous le nom de « ville blanche » en raison de ses édifices aux murs blanchis à la chaux. N'oubliez pas de vous attarder sur les kilomètres de murs en pierre sèche, cette technique ancienne d'empilement est considérée comme un art ; très répandue en Italie et dans d'autres pays européens, elle a récemment rejoint la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.

 

Margarita Gokun Silver est une journaliste et écrivain indépendante basée à Madrid. Suivez ses aventures sur Twitter.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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