La République démocratique du Congo fait face à une famine majeure

Face aux violences qui sévissent dans la région du Kasaï, les habitants n’ont eu d’autres choix que de fuir, abandonnant leurs cultures et s’exposant à la famine.

De Juliette Heuzebroc
Des femmes cultivant dans le Grand Kasaï, en République démocratique du Congo.

En République Démocratique du Congo, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Unicef et le Programme alimentaire mondial (PAM), toutes trois agences des Nations unies, tirent conjointement le signal d’alarme sur la situation alimentaire et humanitaire de la région, craignant une famine qui menace des millions de personnes.

 

LE KASAÏ AUX PRISES AVEC L’INSÉCURITÉ ALIMENTAIRE

La région du Kasaï et les trois provinces qu’elle comprend sont des terres historiquement agricoles, qui apportent aux habitants nourriture et revenus. Les populations de la région ont toujours fonctionné en autosuffisance. Mais les affrontements entre les milices et l’armée qui font rage depuis 2016 ont contraint des villages entiers à abandonner leurs terres, auxquelles ils n’ont pas eu accès pendant des mois.

« Les agriculteurs qui ont fui en raison des affrontements ont raté trois saisons consécutives de semis. Du coup, les vivres manquent cruellement. L'aide alimentaire ne parvient pas à combler le vide. Seulement 400 000 des 3,2 millions de personnes souffrant d'insécurité alimentaire grave au Kasaï ont reçu une aide en décembre » selon la déclaration de la FAO, du PAM et de l’Unicef.

Au Kasaï, plus de 90 % de la population rurale dépend de l’agriculture. La presque totalité de la région doit donc faire face à une véritable instabilité sécuritaire et alimentaire. Après avoir dû se cacher dans les forêts suite à la destruction ou l’incendie de leurs villages, 630 000 personnes déplacées ont pu regagner leurs terres où tout est à reconstruire.

Au moins 400 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë sévère. Pour leur permettre de survivre, les ONG réclament une aide médicale, sanitaire et alimentaire. Des mesures sur le long terme sont attendues de la part des Nations unies et du gouvernement congolais.

Un commando congolais, dernier bastion de rebelle M23, s'enthousiasme durant leur avancée vers Bunagana sur une route montagneuse. Octobre 2013.

LA RDC ATTEINT LE POINT DE RUPTURE

À l’origine de la crise que connaît la région du Kasaï, il y a un conflit qui ne cesse de s’embraser depuis septembre 2016. À cette période, Kamuina Nsapu, chef coutumier entré en rébellion contre le gouvernement, est abattu dans des circonstances obscures. Ses partisans, persuadés qu’il s’agit d’un assassinat commandité par les autorités congolaises, prennent les armes et forment des milices. Depuis lors, c'est l'escalade de la violence dans la région. Les milices font régulièrement face à l’armée congolaise. Chaque affrontement se traduit par des massacres ou des exécutions. Les civils sont les premières victimes de ces excès et des ces répressions, chassés de chez eux lorsqu’ils ne sont pas décimés.

À l’image du Kasaï, la République Démocratique du Congo atteint le point de rupture. En 2017, elle est devenue le pays d’Afrique avec le plus de populations déplacées. Elle doit cette première place à l'aggravation brutale de la situation. D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le pays comprend 4,3 millions de personnes déplacées dont 1,7 million sur la seule année 2017. Plus de 13,1 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire sur le territoire en 2018.

« La situation humanitaire en RDC est à un point de rupture, tout comme notre capacité à répondre à la crise avec un financement extrêmement limité », a déclaré Jean-Philippe Chauzy, le chef de mission de l'OIM en RDC.

Jean-Philippe Chauzy fait également part de sa forte inquiétude concernant la tendance des financements à la baisse. Ils sont à leur plus bas niveau depuis des années alors que la situation ne cesse de s’aggraver. Afin de répondre aux besoins humanitaires des régions du Tanganyika, du Kivu nord et sud ainsi que du Kasaï, l’OIM a lancé un appel de fonds de 75 millions de dollars.

 

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