1 reptile sur 5 est aujourd'hui menacé d'extinction

Selon une récente évaluation mondiale, 21 % des reptiles seraient voués à disparaître. La destruction des habitats en serait la cause première, suivie de près par le braconnage, les espèces exotiques envahissantes et le changement climatique.

De Margot Hinry
Publication 13 mai 2022, 15:20 CEST
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Un crocodile américain nage dans les jardins du parc marin national de la Reine à Cuba.

PHOTOGRAPHIE DE Photogaraph by Jennifer Hayes, Nat Geo Image Collection

Après 15 ans d’étude, 52 coauteurs et la contribution de plus de 900 scientifiques, des chercheurs ont publié une étude portant sur plus de 10 000 espèces de reptiles du monde entier. Les scientifiques mettent en lumière le besoin évident de conservation des espèces de tétrapodes, et notamment des tortues et des crocodiles.

« Nous avons mené la majeure partie de l'étude via une série de 48 ateliers régionaux au cours desquels nous avons invité des scientifiques connaissant bien les reptiles de la région à contribuer à remplir les évaluations de la Liste rouge de l'UICN » décrit Bruce Young, le principal coauteur de l’étude.

En réponse à cette large étude, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a publié un articlecette semaine pour préciser que ces résultats allaient permettre de cibler et d’identifier « là où les actions de conservation sont les plus urgentes ».

À l'échelle mondiale, la liste rouge des espèces menacées la plus récente recense 40 084 espèces menacées sur les 142 577 espèces étudiées. Les espèces qualifiées de menacées sont classées dans l’une des trois catégories d’extinction, En danger critique (CR), En danger (EN), Vulnérable (VU), selon cinq critères quantitatifs : la taille de la population, le taux de déclin, l’aire de répartition géographique, le degré de peuplement et de fragmentation de la répartition.

Jusqu’ici, des évaluations mondiales avaient permis de révéler les différents taux de menaces des amphibiens (41 %), des mammifères (26 %) ou encore des requins et raies (37 %). « Il a fallu beaucoup de temps pour obtenir un financement suffisant pour mener à bien les recherches. De plus, il y a beaucoup d'espèces de reptiles [plus de 10 000 espèces connues, ndlr], ce qui a pris beaucoup de temps » explique Bruce Young. Jusqu’ici, le manque d’évaluation de ces populations rendait les analyses plus difficiles et ne permettait pas de déterminer les zones les plus à risques et de proposer des plans de conservation.

L’étude précise que les « reptiles sont exceptionnellement diversifiés dans les régions arides, ce qui suggère qu'ils peuvent avoir des besoins de conservation différents ». Certaines régions connaissent de plus fortes expositions aux risques d’extinction. Parmi celles-ci, on compte l’Asie du sud-est, l'Afrique de l'ouest, le nord de Madagascar, le nord des Andes, les Caraïbes.

 

LES REPTILES LES PLUS MENACÉS HABITENT LES FORÊTS

Les chiffres sont clairs : 30 % des reptiles vivant dans des forêts sont menacés, face à 14 % dans les zones arides. Le deuxième coauteur de l’étude, Neil Cox, s’est exprimé dans le communiqué en précisant que la perte de l’habitat restait pour ces espèces la principale menace. Détruits par l’agriculture intensive, l’exploitation forestière, les habitats des reptiles se font rares, ce qui contribue à leur disparition.

Les 7 espèces de tortues marines sont menacées

Pour les tortues, Cedric Baudran expert national et animateur du réseau herpétofaune de l'Office National des Forêts (ONF), précise les causes de ce déclin de population. « Il faut distinguer les tortues marines, pour lesquelles la pêche est l’une des causes de déclin, et les tortues « continentales » comme la tortue d’Hermann (Testudo hermanni), qui voit ses habitats se réduire ou la cistude d’Europe (Emys orbicularis) et l’émyde lépreuse (Mauremys leprosa) qui sont des tortues d’eau douce. Leurs habitats sont globalement en danger, puisqu’ils diminuent en surface, au profit de zones urbanisées par exemple. À cela se rajoute le fait qu’ils se fragmentent, rendant les connexions entre populations de reptiles plus difficiles ».

Au cœur de cette nouvelle étude est posée la question de l’impact du changement climatique. « Nous avons constaté que 10 à 11 % des reptiles sont manifestement et directement affectés par le changement climatique. […] Étant donné que de nombreux reptiles ne peuvent pas être actifs lorsqu'il fait trop chaud, le réchauffement des températures peut réduire le nombre d'heures par jour pendant lesquelles un animal peut s'alimenter, ce qui réduit le taux de survie » précise Bruce Young.

Le changement climatique modifie la fréquence des incendies et des grandes sécheresses, ce qui dégrade les habitats et affecte indirectement les reptiles. Bruce Young commente également ces impacts indirects en abordant d’abord la question de l’accélération de « la propagation des plantes envahissantes qui altèrent les habitats », mais également la propagation des maladies et le fait que la hausse des températures amène « les populations à empiéter sur les habitats naturels lorsqu'elles se déplacent à la recherche de climats plus favorables pour elles-mêmes ou leurs cultures ».

Certaines espèces souffrent du braconnage, de surexploitation, de croyances en des médecines traditionnelles, quand d’autres sont tuées pour leur dangerosité. C’est le cas des crocodiles, « il est important d'éduquer les gens pour qu'ils comprennent où se trouvent les crocodiles et quand sont-ils les plus dangereux. Par exemple, lorsqu'ils défendent leurs nids » précise Bruce Young.

A travers leurs recherches, les scientifiques constatent qu’au sein même de la famille des reptiles, le risque d’extinction n’est pas parfaitement égal. « La proportion de tortues (Testudines) et de crocodiles (Crocodylinae) menacés (57,9 % et 50 %, respectivement) est beaucoup plus élevée que celles des squamates (Squamata) (19,6 %) et des tuatara (Sphenodon punctatus) (0 %) et comparable aux groupes de tétrapodes les plus menacés, les salamandres (57 %) et les monotrèmes (Monotremata) (60 %) ».

Cette étude permet de mettre en lumière un manque de conservation d’espèces endémiques, et ce partout dans le monde. Bruce Young recommande aux gouvernements d’adopter des objectifs plus ambitieux pour préserver ces espèces. L’idée étant de protéger la biodiversité notamment à travers des évènements tels que « de la prochaine COP15 de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra cet automne à Kunming, en Chine ».

Au niveau mondial, Cedric Baudan lui aussi que ce sont « les aménageurs du territoire au sens large » qui vont devoir prendre conscience et intégrer les chiffres de cette étude comme un signal d’alarme. « La biodiversité a toujours été une source d’inspiration et d’adaptation pour la survie de l’Homme, comme le venin pour la mise au point de certains vaccins par exemple. "Nous" sommes en train de réduire notre capacité à faire face à de futurs défis. Les reptiles que l’on voit disparaître aujourd’hui pourraient nous sauver demain. »

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