Voici la première espèce de canidé découverte en 150 ans

Selon une nouvelle étude, les chacals d'Afrique et d'Eurasie sont en fait deux espèces distinctes et éloignées. jeudi 9 novembre 2017

Le chacal, animal rusé des histoires traditionnelles, nous a encore joué un mauvais tour.

Si l’on en croit une nouvelle étude, l'espèce du chacal doré, que l’on retrouve en Afrique de l’est et en Eurasie, se compose en fait de deux espèces distinctes, dont une nouvelle espèce de loup. 

Surnommée le loup doré africain, c’est la première espèce de canidé (groupe qui rassemble les loups, les coyotes et les chacals) découverte en 150 ans. On retrouve deux autres espèces de loups en Afrique : le loup gris, et le loup d’Abyssinie. 

Les chacals dorés se ressemblent, sauf que l’eurasien est un peu plus petit que l’africain et possède un crâne plus étroit et une mâchoire un peu moins puissante. Cependant, une analyse profonde de leur ADN a révélé que les deux espèces évoluaient séparément depuis des millénaires.

« J’étais très surpris », a commenté le directeur de l’étude Klaus-Peter Koepfli, biologiste à l’Institut de conservation biologique à Front Royal, en Virginie.

Koepfli propose de renommer le chacal doré africain le loup doré africain (Canis anthus), gardant le nom original de l’espèce pour désigner le chacal doré eurasien (C. aureus).

 

FLAIRER UNE NOUVELLE ESPÈCE

Cela fait plusieurs années que les scientifiques se posent la question de savoir si les deux chacals dorés appartiennent vraiment à la même espèce.

En 2012, le biologiste Philippe Gaubert de l’université de Montpellier a publié une étude dans laquelle il montrait que les chacals dorés africains semblaient être une sous-espèce du loup gris séparée du chacal eurasien.

Pour mener son analyse, Gaubert a utilisé des extraits d’ADN mitochondrial, c’est-à-dire transmis par la mère, du chacal. 

Koepfli a jugé ces résultats intéressants et a voulu les vérifier sur des échantillons en provenance d’une plus grande aire géographique, ainsi que sur des données supplémentaires issues du génome des chacals et des loups gris.

Ce faisant, il s’attendait à répéter le travail de Gaubert. Ce ne fut pas le cas.

L’examen de 38 marqueurs génétiques différents en provenance de 128 spécimens de canidés (dont des chacals dorés du Kenya, d’Afrique du Nord et d’Eurasie ; des loups gris d’Afrique et des chiens domestiques) a permis à Koepfli de confirmer que les chacals dorés d’Afrique et d’Eurasie sont bien deux espèces distinctes. Mais il a également réalisé que le chacal doré africain n'était pas une sous-espèce de loup gris.

Le chacal doré d’Afrique est en fait une nouvelle espèce de loup à part entière et un lointain cousin du chacal doré eurasien. Leur dernier ancêtre commun remonte à environ un million d’années. La recherche a été publiée le 30 juillet 2015 dans la revue Current Biology.

 

« AUCUNE FAIBLESSE »

Gaubert maintient la conclusion de son travail original. S’il reconnaît la qualité du travail réalisé par la nouvelle étude, il n’est pas encore convaincu que le loup doré d’Afrique soit une nouvelle espèce. Par exemple, selon lui, les scientifiques doivent encore clarifier certains résultats conflictuels apparus dans les analyses d’ADN.

« Il reste encore beaucoup de travail », a-t-il affirmé.

Greger Larson, bio-archéologue à l’université d’Oxford au Royaume-Uni, est quant à lui convaincu par la nouvelle étude.

« Ils disposent de données phénoménales, et ont réalisé une belle série d’analyses. L’étude ne présente aucune faiblesse », commente Larson. 

Dans ce cas, pourquoi est-ce que le loup doré d’Afrique et le chacal eurasien se ressemblent tant s’ils ne sont que de lointains cousins ?

Le directeur de l’étude, Koepfli, explique que l’évolution des deux espèces a été influencée par les mêmes contraintes. Par exemple, les habitats naturels rudes des canidés auraient eu une influence sur leurs corps, petits et allongés, et leurs robes claires pour éviter d’absorber trop de soleil.

« Nous nous sommes rendu compte que l’information génétique peut nous raconter une histoire très différente sur les animaux », a commenté Koepfli.

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