Animaux

Découverte de la plus rare espèce d'orang-outan au monde

Une nouvelle étude montre qu'environ 800 singes vivant dans les montagnes de Sumatra appartiennent, en réalité, à une nouvelle espèce.Monday, November 6

De Jason G. Goldman
Un mâle adulte Tapanuli dans la forest de Batang Toru.

Le 20 novembre 2013, l'organisation Sumatran Orangutan Conservation Programme a reçu un appel concernant un orang-outan retrouvé blessé dans la région montagneuse de Tapanuli.

« Il avait des entailles sur le visage, le crâne, le dos, les mains et les pattes » explique Matt Nowak, chercheur. « Ils ont également découvert des bulles d'air en train d'exploser à l'intérieur de son corps. » Ces blessures indiquent qu'il a été torturé et maltraité. Malgré les soins vétérinaires, l'orang-outan, nommé Raya, est mort huit jours plus tard.

Raya est devenu le représentant d'une nouvelle espèce d'orang-outan : le Pongo tapanuliensis, ou l'orang-outan de Tapanuli, l'espèce de grand singe la plus rare au monde.

Cette espèce, nouvellement identifiée, évolue uniquement dans la forêt de Batang Toru, située en haute-altitude. Michael Krützen, généticien à l'Université de Zurich, qui a pourtant étudié les grands singes pendant plus de 10 ans, n'avait pas distingué cette famille d'animaux.

Cette confusion est dûe au fait que les orangs-outans de Batang Toru sont bien plus semblables à leurs homologues de Bornéo, de l'autre côté de la mer, qu'à ceux vivant sur leur propre île. Jusqu'à maintenant, la science reconnaissait deux espèces d'orangs-outans : celui de Sumatra et celui de Bornéo, tous deux fortement menacés.

« Nous avions toujours supposé que ces individus étaient des Pongo abelii, l'orang-outan de Sumatra, » dit-il.

 

L'ÂGE DE GLACE ET DES GRANDS VOLCANS

Anton Nurcahyo, jeune diplômé de l'Australian National University, a fait le tour des musées du monde entier à la recherche d'os d'orangs-outans. Lorsqu'il s'est penché sur les spécimens de Batang Toru, il est revenu les mains vides. En connaissance de cause, Matt Nowak s'est donc assuré que le squelette de Raya serait préservé.

Les scientifiques ont finalement composé une équipe. Le groupe de Michael Krützen a entièrement séquencé le génome de 37 orangs-outans sauvages venant de Sumatra et Born2o. 

Publiés par le journal Current Biology ce 2 novembre, les résultats démontrent que les orangs-outans de Bornéo, de Sumatra et la nouvelle espèce de Batang Toru, ont connu trois évolutions génétiques majeures. Étonnamment, les plus anciennes lignées appartiennent à la nouvelle espèce.

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Les travaux génétiques suggèrent qu'il y a plusieurs millions d'années, les orangs-outans auraient migré de l'Asie continentale du Sud vers l'actuelle Sumatra et occupé la région sud de la caldera de Toba. Il y a environ 3,3 millions d'années, une partie d'entre eux migrèrent pour le nord de Toba. Bien que les deux groupes continuèrent de se reproduire ensemble de temps à autres, leur évolution est restée distincte.

Il y a 600 000 ans, une seconde séparation marqua l'espèce. Parmi les orangs-outans restés vivre dans le sud de Toba, certains allèrent s'établir à Bornéo. Durant la période glaciaire les orangs-outans pouvaient aller d'un territoire à l'autre sans difficulté et donc se reproduire avec des groupes voisins. Ce phénomène explique les ressemblances plus accrues entre les individus de Batang Toru et ceux de Bornéo. 

Il y a environ 75 000 ans, le volcan de Toba est entré en éruption. Bien qu'il n'y ait peut-être pas de liens, les données génomiques montrent qu'à la même période, la population dans cette région s'est effondré. Suite à la destruction de la forêt tropicale par des coulées de lave, le groupe du nord et celui du sud furent définitivement séparés. 

 

LA MENACE PÈSE SUR LES ORANGS-OUTANS

James Askew, diplômé de l'université de Californie du sud, a récemment découvert que les cris des mâles de Batang Toru divergent de ceux des mâles de Bornéo et Sumatra. Les cris des ourang-outans de Sumatra sont longs et graves tandis qu'à Bornéo, ils sont plus courts et plus aigus. Les cris des mâles de Batang Toru en sont un mélange : ils sont longs mais aigus. 

« Il est invraisemblable qu'une divergence génétique si forte entre des orangs-outans vivants n'ait pas été établie avant aujourd'hui, » commente Kris Helgen, un mammalogiste de l'Université australienne d'Adelaïde.

« Les différences de taille entre les squelettes sont vraiment impressionnantes et elles permettent d'établir l'existence d'une nouvelle espèce, même sur la base d'un seul squelette, » explique Kris Helgen, qui n'était pas lui-même impliqué dans l'étude.

Le mammalogiste rappelle que cette étude n'est que le commencement et qu'il est indispensable de continuer à analyser de nouveaux spécimens de Batang Toru.

Cette démarche est particulièrement importante car un peu moins de 800 spécimens évoluent encore à Batang Toru, répartis dans trois zones respectives.

« Beaucoup d'espèces oubliées, tel que le Pongo tapanuliensis, sont menacées, » ajoute Kris Helgen. « Il est urgent et indispensable de documenter cette espèce et de lui donner un nom scientifique afin qu'ils soient reconnus comme une espèce distincte, plus intensément étudiés et protégés d'extinction. »

 

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