Les Nations Unies appellent les populations locales à protéger les animaux

Face à la menace omniprésente des groupes armés et du braconnage, un engagement des populations locales est indispensable pour la conservation des espèces sauvages.lundi 22 janvier 2018

De Juliette Heuzebroc
Une girafe broute dans le parc national du Serengeti en Tanzanie.

Le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), très inquiet face à l’effet des braconniers et des groupes armés sur la décimation des espèces sauvages, encourage les populations et organisations locales à agir pour la protection des espèces. Pour le PNUE, la clef de la conservation des espaces protégés se situe dans le niveau d’implication des locaux.

La présence de groupes armés influe fortement sur la faune africaine. La sécurité des parcs nationaux n’est plus assurée et le territoire des animaux est complètement fragmenté, favorisant leur extinction. En République démocratique du Congo (RDC), le parc national de la Garamba en est le triste exemple. Dans les années 1980, on trouvait plus de 20 000 éléphants là où ils ne sont plus que 1 100 à 1 400 spécimens aujourd’hui. Même sort pour les girafes qui ne sont plus qu’au nombre de 40, chassées pour faire de leurs queues des chasse-mouches, symbole d’autorité. Plus inquiétant encore, 80 à 98 % de la population de chimpanzés dans l’est de la RDC auraient déjà disparu.

Les groupes armés qui sévissent dans ces régions sont, la plupart du temps, non-étatiques. On y retrouve aussi bien les milices janjaouid au Soudan que l’Armée de résistance du Seigneur de l’Ouganda ou les combattants anti-Balaka et Séléka, pour ne citer qu’eux.

« L'importance de l'implication des communautés locales dans la lutte contre le braconnage, et du renforcement de leurs moyens de subsistance alternatifs, a maintenant été largement reconnue par divers forums nationaux, régionaux et mondiaux », a déclaré Bianca Notarbartolo, experte sur le commerce illégal d'espèces sauvages au PNUE. « Mais de tels engagements doivent encore être accompagnés d'une mise en œuvre efficace et suffisante ».

Pour porter cette dynamique, les gestionnaires des parcs nationaux réclament tout de même un soutien des autorités internationales. Pour impliquer les populations locales, il est indispensable de pouvoir sécuriser ces aires et de reconstruire une économie locale, afin de mettre en place un cercle vertueux.

Ces adorables Loxodontas sont aussi neutres en carbone que le parc dans lequel on les a trouvés, le parc national de Lower Zambezi en Zambie.

Les parcs nationaux représentent un énorme potentiel économique et communautaire pour les locaux. Avec près de 265 parcs nationaux sur l’ensemble du continent africain, dont les premiers sont apparus au tout début du 20e siècle (1er parc : 1907 – Namibie), ces institutions peuvent aussi bien être moteurs d’emplois (gardes, traceurs, guides…) que d’éducation avec les programmes de recherche qui y ont trait.

Les dernières actions sont très encourageantes : les gouvernements se penchent de plus en plus sur le potentiel des parcs et sur un cadre juridique accompagnant la protection des animaux. Des campagnes de sensibilisation des populations sont mises en place, avec un travail pédagogique sur les espèces en voie de disparition ainsi que sur les législations et applications de loi qui les encadrent.

Si l’on savait les coopérations transfrontalières nécessaires pour la conservation de ces espaces de protection, l’assemblée des Nations unies pour l’environnement l’a confirmé. La troisième session de l’assemblée, qui a eu lieu à Nairobi en décembre 2017, a été l’occasion de la signature d’un projet de financement à hauteur de 2,7 millions € pour le développement des Aires de conservation transfrontalières (ACT) afin de faire barrage au braconnage et à la fragmentation des territoires.

L’ONG Traffic, qui a publié l’étude à partir de laquelle le PNUE a basé ces déclarations, est vigilante mais optimiste « Heureusement, il existe des agences de conservation dévouées et compétentes sur le terrain, et ces organisations doivent être pleinement soutenues (financièrement, logistiquement et politiquement) afin qu'elles puissent continuer à défendre la faune et l'écosystème [régional] contre les énormes pressions qui s'exercent actuellement sur elles ».

 

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