Cette découverte pourrait sauver le requin-marteau des Galápagos

Les scientifiques craignent que les requins qui donnent naissance dans des baies isolées soient exposés à la pêche.

Publication 17 oct. 2018, 10:04 CEST
Les requins-marteaux halicornes (Sphyrna lewini) sont connus pour former de grands bancs. Les scientifiques tentent de ...
Les requins-marteaux halicornes (Sphyrna lewini) sont connus pour former de grands bancs. Les scientifiques tentent de résoudre certains des mystères qui entourent l'espèce, comme leurs lieux de reproduction et de migration.
Photographie de Photograph and caption by Reiko Takahashi, National Geographic Your Shot

Avec leurs grands yeux situés de chaque côté de leur tête aplatie, les requins-marteaux figurent parmi les espèces les plus iconiques des Galápagos. Mais l'espèce est de plus en plus menacée. Des scientifiques cherchent des solutions pour tenter d'augmenter leur nombre.

Pour y parvenir, ils essayent notamment de découvrir où les femelles requins-marteaux donnent naissance à leurs petits, appelés requineaux. Si des études antérieures ont permis de savoir où et pourquoi certaines populations de requins-marteaux de la région migraient, il reste encore un mystère à résoudre, celui du lieu où naissent les petits des femelles qui vivent autour des Îles Darwin et Wolf de l'archipel des Galápagos. Ces deux îles possèdent l'une des plus grandes populations de requins au monde : les femelles en gestation qui y vivent contribuent donc au maintien de la population globale de l'espèce.

Pour en savoir plus, les scientifiques ont posé des balises satellites sur certains individus afin de suivre leurs mouvements. Celles-ci ont révélé aux chercheurs que des femelles requins-marteaux en gestation qui vivent autour des îles citées ci-dessus pourraient migrer vers des pays du continent sud-américain comme l'Équateur pour mettre bas. S'ils parviennent à confirmer ces découvertes, les scientifiques pourraient aider les gouvernements à mieux protéger l'espèce avant qu'elle ne se rapproche un peu plus encore de l'extinction.

 

DES BALISES POUR SUIVRE LES REQUINS

Bien qu'ils portent un nom intimidant, les requins-marteaux sont particulièrement timides.

« Même le son des bulles les effrayent », confie l'écologiste marin et explorateur National Geographic Pelayo Salinas, qui étudie l'espèce dans l'archipel des Galápagos.

Afin de poser une balise sur une femelle en gestation, Pelayo Salinas et son équipe de recherche ont plongé en apnée jusqu'à 98 - 164 mètres de profondeur munis de longues perches leur servant à fixer les boîtiers. Ces balises satellites sont programmées pour se détacher après un certain temps. Une fois séparée du requin, la balise transmet aux chercheurs des données relatives à la luminosité et à la température, ce qui permet à ces derniers de déterminer où et à quelle heure le dispositif a fait surface.

Entre 2016 et 2018, 11 requins ont été équipés avec succès de balises satellites.

« Les données issues des balises indiquent qu'au moins trois requins sont partis vers le continent », indique Mahmood Shivji, océanographe à la Nova Southeastern University qui travaille aux côtés de Salinas sur l'étude. Si les chercheurs disent qu'ils savaient que les requins migraient vers le continent, les nouvelles données fournies par les balises pourraient leur permettre de déterminer si les squales agissent ainsi pour donner naissance à leurs petits.

Bien que les balises satellites permettent aux scientifiques d'en savoir plus sur les requins-marteaux, leur marge d'erreur est assez importante : une fois séparées de leur hôte, les balises peuvent dériver sur une distance comprise entre 160 et 320 km selon l'océanographe.

« C'est là que l'ADN entre en action », ajoute Mahmood Shivji.

Pour la suite de l'étude, l'équipe réalisera des tests de paternité entre les requins adultes des Galápagos et les requineaux qui vivent dans les nurseries autour de l'archipel et des régions côtières du continent. 

« Reconstituer le parcours des requins à l'aide des balises satellites est une façon très rudimentaire de déterminer leurs mouvements », a confié Steven Kessel, directeur de la recherche marine à l'Aquarium Shedd de Chicago qui n'a pas pris part à l'étude. « L'analyse génétique répondra bien mieux à bon nombre de ces questions. »

 

UNE ESPÈCE MENACÉE ... QUI RAPPORTE

L'Union Internationale pour la conservation de la nature estime que les requins-marteaux halicornes qui vivent autour et dans les eaux de l'archipel des Galápagos sont menacés d'extinction. L'espèce est victime du commerce lucratif des ailerons de requins et bon nombre de spécimens meurent après avoir été pêchés par erreur.

Pelayo Salinas pense que, d'après certaines informations relatives à la température et à la luminosité fournies par les balises, quelques requins auraient succombé à des lignes de pêches abandonnées.

Comme les requins aident à contenir le nombre des espèces proies marines, ils permettent de créer un écosystème plus équilibré. Ils peuvent aussi bénéficier aux économies côtières, comme le révèlent des études souvent reprises par les organisations de conservation de la nature. À Palau, grâce au tourisme et à la plongée, un requin peut rapporter à l'économie plus de 860 000 € au cours de sa vie. La contribution des requins à l'économie des Bahamas s'élevait à plus de 98 millions d'euros en 2014 tandis qu'en 2016, ils ont généré plus de 190 millions d'euros de revenus en Floride.

« Ces animaux sont très importants », confie Mahmood Shivji. « S'ils donnent naissance dans les eaux près du continent et que la pêche est pratiquée dans ces zones, et nous savons que c'est le cas, alors cela va avoir un impact sur la population de requins-marteaux des Galápagos. »

L'océanographe estime que l'équipe de chercheurs devrait être en mesure de savoir si oui ou non les requins-marteaux migrent bien vers des zones continentales pour donner naissance à leurs petits d'ici 10 à 12 mois.

Si l'on en croit Pelayo Salinas, cette découverte pourrait changer la façon dont sont mises en œuvre les protections relatives à l'espèce. D'après lui, les espèces migratoires pourraient bénéficier d'accords internationaux de protection marine et non plus uniquement régionaux.

 

Cet article a initialement paru sur le site internet nationalgeographic.com en langue anglaise.

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