Ricardo Moreno, le biologiste panaméen qui piste les félins

Une de ses missions : favoriser la coexistence entre Hommes et félins.

De Corinne Soulay
Publication 27 déc. 2018, 16:00 CET
Ricardo Moreno (à gauche) pose un collier GPS sur un ocelot, dans le parc national de ...
Ricardo Moreno (à gauche) pose un collier GPS sur un ocelot, dans le parc national de la Soberanía, au Panama.
PHOTOGRAPHIE DE Ricardo Moreno, National Geographic Image Collection

Sa passion pour les félins, Ricardo Moreno, 43 ans, la doit à une enfance passée à regarder des documentaires de National Geographic et à suivre son chat. « Je suis fasciné par la majesté, la ruse et la patience des félins, en particulier des jaguars », confie le biologiste panaméen, nommé « Explorateur émergent National Geographic » en 2017.

Depuis 1996, il étudie leur répartition et leurs déplacements dans son pays. « J’installe des pièges photographiques et je pose des colliers GPS afin de récolter le maximum d’informations », détaille celui qui est aussi président de la fondation Yaguará Panamá. Ses journées sont longues : lever à 5h30, puis entre huit et dix heures à escalader des reliefs abrupts. « Nous observons des jaguars, des ocelots, des pumas, ainsi que des proies telles que les porcs des montagnes. Il m’arrive de faire face à une centaine de ces bêtes et de devoir grimper aux arbres ! Parmi les risques, il y a aussi les trafiquants de drogue qui sillonnent les forêts, armés. »

Une des missions de Yaguará Panamá est de favoriser la coexistence entre hommes et félins. «Au Panama, au moins 334 jaguars ont été tués par la population entre 1989 et 2018, déplore le biologiste. Mais, sans ce prédateur, le nombre d’herbivores augmenterait: ils mangeraient les graines d’arbres et la végétation aurait du mal à se régénérer. »

Les travaux de Ricardo Moreno servent aussi à éclairer les politiciens. « Nos données permettront aux autorités de prendre des décisions pour rétablir la continuité du corridor biologique forestier, précise-t-il. Les jaguars ne peuvent pas traverser certaines zones, où les routes et les villages se développent. Or, le Panama est un pont entre le nord et le sud de l’Amérique. »

 

Ce reportage a été publié dans le numéro de janvier 2019 du magazine National Geographic.

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