La nouvelle législation japonaise pourra-t-elle vraiment réduire le trafic d'ivoire ?

Depuis le 1er juillet dernier, le Japon exige que les défenses d'éléphants soient datées au carbone 14.

La nouvelle législation ne s'applique pas à l'ivoire coupé ou taillé, ni aux 170 tonnes de défenses déjà stockées.
La nouvelle législation ne s'applique pas à l'ivoire coupé ou taillé, ni aux 170 tonnes de défenses déjà stockées.
photographie de Brent Stirton, Getty for National Geographic

Depuis le 1er juillet dernier, quiconque souhaitant enregistrer et vendre une défense d'éléphant entière au Japon doit d'abord prouver l'âge de celle-ci grâce à la datation au carbone 14. Selon les responsables du ministère de l'Environnement japonais, la nouvelle mesure vise à garantir que les défenses illégalement acquises après 1990, année d'entrée en vigueur de l'interdiction du commerce international de l'ivoire, ne se retrouvent pas sur le marché intérieur japonais, qui est aujourd'hui le plus important au monde.

Les autorités estiment que la datation au carbone 14 s'avérera tellement lourde qu'elle dissuadera les citoyens privés - qui détiennent un nombre incalculable de défenses - de céder l'ivoire qu'ils possèdent à des revendeurs. À mesure que ceux-ci épuiseront leurs stocks restants, le marché japonais ralentira lentement, assure-t-on.

« Nous nous attendons à ce que le nombre de défenses d'ivoire entières nouvellement enregistrées qui pénètrent sur le marché intérieur soit extrêmement limité, déclare Toshio Torii, directeur général adjoint du Bureau de la conservation de la nature attaché au ministère de l'Environnement japonais. Avec les nouvelles normes en vigueur, « le commerce au Japon ne contribuera jamais au braconnage ni au commerce illégal de quelque nature que ce soit », estime-t-il.

La datation au carbone 14 s'appliquera uniquement aux défenses entières enregistrées après le 1er juillet 2019, et non aux 170 tonnes de défenses déjà stockées. La législation ne s'appliquera pas non plus aux défenses coupées ou à l'ivoire sculpté. Pour ces raisons, un certain nombre de défenseurs de l'environnement estiment que la datation au carbone 14 aura peu ou pas d'impact sur la réduction du commerce illégal de l'ivoire au Japon.

« Je suis totalement opposé à tout éloge de cette nouvelle mesure », indique Masayuki Sakamoto, directeur exécutif du Japan Tiger and Elephant Fund, une organisation à but non lucratif prônant une interdiction de l'ivoire. « Je crains que certains journalistes et le grand public ne se méprennent et croient que le Japon se dirige vers la fermeture de son marché intérieur de l'ivoire, mais ce n'est pas le cas. »

Le système japonais visant à garantir la légalité de son commerce de l'ivoire a longtemps été critiqué par Sakamoto et d'autres. Les preuves montrent que les commerçants exploitent facilement les failles des lois nationales pour blanchir l'ivoire d'origine inconnue.

La loi sur la datation au carbone 14, proposée pour la première fois en 2017, vise à combler certains de ces vides juridiques. Mais les marchands d'ivoire semblent déjà anticiper le changement, comme l'explique Sakamoto. Selon des données qu'il aurait obtenues du ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie japonais, les revendeurs n'auraient déclaré que 13,6 tonnes de pièces coupées en 2017, mais en 2018, ce chiffre est passé à 24,8 tonnes. « Les concessionnaires d’ivoire sont très intelligents et ils ont déjà changé de stratégie », déclare Sakamoto. « Maintenant, le stock de pièces coupées monte en flèche. »

Le gouvernement doit encore publier les détails logistiques du nouveau règlement. Les propriétaires d’ivoire seront responsables de l’organisation des tests et de la prise en charge des coûts pouvant aller jusqu’à 710 euros (selon le groupe à but non lucratif Traffic, qui surveille le commerce des espèces sauvages, des défenses entières au Japon se vendent en moyenne 2 000 dollars chacune). Les tests eux-mêmes sont simples, selon Thure Cerling, professeur émérite de géologie, géophysique et biologie à l'Université de l'Utah, qui a mis au point les premières méthodes de datation au carbone pour l'ivoire.

« Mon sentiment personnel, cependant, est qu'il ne devrait tout simplement pas y avoir de vente d'ivoire du tout ; ils devraient simplement sortir le produit du marché », dit Cerling.

Le Japon fait face à une pression croissante des gouvernements et des groupes de défense de la faune à se joindre à la Chine, aux États-Unis et à de nombreux autres pays pour interdire le commerce intérieur de l'ivoire. Le gouvernement a jusqu'à présent résisté, en invoquant un manque de preuves établissant un lien entre son marché d'ivoire et les éléphants récemment tués en Afrique.

« La réglementation japonaise est légitime », estime Hiroki Sato, directeur adjoint du ministère de l'Environnement. « Si l'ivoire issu du braconnage est introduit clandestinement au Japon, il sera exclu du marché légal national. »

 

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation commun à la National Geographic Society et à National Geographic Partners. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à faire part de vos impressions sur ngwildlife@natgeo.com.

Cet article est initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Lire la suite