Sixième extinction de masse : un million d'espèces seraient menacées

L’ONU travaille sur un rapport concernant l’état de la biodiversité mondiale depuis 15 ans. Si les travaux sont sur le point d’aboutir, les chiffres déjà énoncés donnent le vertige : près d’un million d’espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction.

De Arnaud Sacleux
Une lionne attaque une gazelle dans le parc national Hwange du Zimbabwe. Les populations de lion à travers l'Afrique ont chuté de 80 % au cours du siècle dernier, en grande partie à cause des chasses légale ou illégale. Il reste toutefois une lueur d'espoir. Dans les habitats soigneusement gérés, comme le parc national de Gorongosa, les populations de lions prospèrent.

C’est un rapport de 1 800 pages que l’ONU est en train d’achever. 150 experts issus de 50 pays différents ont évalué 8 millions d’espèces dans le monde dans un rapport qui sera transmis fin avril aux décideurs de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES). Ils se réuniront du 29 avril au 4 mai pour discuter ligne à ligne de ce texte.

Certains scientifiques avancent que cet état des lieux est aussi inquiétant que les prévisions sur le changement climatique ; selon un résumé du projet obtenu par l'AFP daté de janvier, notre planète connait une accélération rapide et imminente du taux d'extinction de ses espèces. « Un demi-million à un million d'espèces devraient être menacées d'extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies » précise-t-il. Une disparition qui aura un impact direct sur l’équilibre de l’écosystème, l’Homme et son économie.

 

CE QUE L’ON SAIT SUR L’ÉTAT DE LA FAUNE

Selon le texte, notre planète en est au début de sa sixième extinction de masse. La sixième mais la première à attribuer à l'Homme qui a déjà condamné près de 680 espèces de vertébrés depuis 500 ans. Quelques jours avant sa sortie, basé sur l'analyse des vertébrés ainsi que d’autres espèces moins étudiées comme les insectes, avec près de 5,5 millions d’espèces examinées, le rapport de l’ONU fait donc écho aux multiples alertes lancées par les chercheurs et scientifiques du monde entier depuis plusieurs années.

Les responsables de cette extinction qui se profile sont les activités humaines ; l’utilisation des terres en termes d’agriculture, d’exploitation forestière ou de forage ainsi que l’exploitation directe des ressources naturelles. On parle notamment de surpêche et de chasse. D’autres facteurs viennent compléter le tableau : le réchauffement climatique, la pollution et les espèces invasives. Ces activités ont gravement altéré « 40 % de l’environnement marin et la moitié des cours d’eau » explique le résumé.

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Récemment, le requin-taupe, le requin le plus rapide au monde, a été placé sur la liste des espèces « en voie d’extinction » de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) à cause de la surpêche. Huit espèces d’oiseaux ont disparu ces 10 dernières années, les mines de saphir à Madagascar ont condamné les lémuriens à l’extinction, des amphipodes vivant à plus de 9 km sous la surface des océans ont été retrouvés avec du plastique dans les entrailles et en juin 2016, le Melomys Rubicola a été reconnue comme étant la première espèce à s’éteindre à cause du réchauffement climatique.

Les insectes, pourtant moins étudiés que les vertébrés, sont en tête de liste. « 41 % des espèces sont en déclin, soit deux fois plus que pour les vertébrés » avance Jérôme Murienne, biologiste et chercheur au CNRS qui se base sur une étude publiée dans la revue Science.

 

QUELLES CONSÉQUENCES ?

Dans un monde de plus en plus peuplé, ces disparitions ne seront pas sans conséquences et « si nous voulons une planète durable qui fournit des services aux communautés autour du monde, nous devons changer de trajectoire dans les 10 prochaines années, comme nous devons le faire pour le climat » souligne à l’AFP Rebecca Shaw, scientifique en chef de WWF.

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L’eau potable, les forêts absorbant le CO2, les insectes pollinisateurs nécessaires aux cultures, l’abondance de poissons, tout a un impact direct sur l’Homme. Nourriture, énergie, médicaments, « les apports que les gens tirent de la nature sont fondamentaux pour l'existence et la richesse de la vie humaine sur Terre et la plupart d'entre eux ne sont pas totalement remplaçables » avertit le rapport.

Plus de deux milliards de personnes dépendent du bois pour l'énergie, quatre milliards utilisent une médecine naturelle et 75 % des cultures ont besoin d'être pollinisées par des insectes. « De nombreuses plantes, dont beaucoup de plantes cultivées, ont besoin d’insectes pour se reproduire. Un déclin des insectes aura donc des conséquences néfastes sur notre agriculture » acquiesce Jérôme Murienne.

Le changement climatique, à l’instar de la dégradation de notre écosystème, sont des sujets à prendre au sérieux. Pas seulement pour l’environnement, mais pour des questions économiques et de développement. Le patron de l’IPBES Robert Watson, qui fera partie du groupe de décision début mai, appelle d’ailleurs à une transformation globale et rapide de la production alimentaire et énergétique si l’on souhaite inverser la tendance.

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