Pourquoi National Geographic publie une grande enquête sur le tourisme animalier

Amateurs de selfies ou non, les touristes aiment s'aventurer au plus près des animaux exotiques. Notre enquête lève le voile sur l'envers du décor et sur les pratiques abusives omniprésentes.mardi 21 mai 2019

De Susan Goldberg, Rédactrice en chef monde
Plai Thong Bai est âgé d'un demi-siècle, il est célèbre à travers toute la Thaïlande suite à son apparition dans des publicités pour la bière Chang. Lorsqu'il est loué pour des festivals ou des soirées, il est souvent peint de divers motifs comme ceux de la photographie ci-dessus. Dans l'enclos où il vit, une chaîne entrave ses pattes avant.
Cet article apparaît dans l'édition juin 2019 du magazine National Geographic.

Tout le monde aime les animaux. National Geographic en est l'exemple parfait, nos photos d'animaux comptent parmi les plus aimées par nos abonnés sur Instagram, les articles sur les animaux attirent de nombreux visiteurs sur notre site Web et les pages de notre magazine regorgent de photos d'animaux en tous genres.

Pourtant, sans le vouloir, cet amour pour les animaux a parfois des conséquences dramatiques sur leur vie. En juin, nous partons à la découverte du secteur florissant du tourisme de faune qui permet à chacun d'admirer et de soutenir les animaux lorsqu'il est mené de façon responsable, mais qui peut rapidement se transformer en un tourisme d'exploitation induisant de graves conséquences pour la faune.

Nous avons envoyé la journaliste Natasha Daly et la photographe Kirsten Luce parcourir le monde pour mener une enquête sur la vie des animaux en captivité après le passage des touristes amateurs de selfies. Ce qu'ils ont découvert vous brisera le cœur. Dans certaines attractions organisées par des opérateurs peu scrupuleux, les touristes n'ont aucune idée du traitement abusif infligé aux animaux qui leur apportent tant de joie. Ils « ne savent pas… que les éléphants acceptent d'être montés et de se donner en spectacle sans blesser personne uniquement parce qu'ils ont été 'brisés' étant bébés, » rapporte Natasha Daly.« Ou encore que les paresseux d'Amazonie capturés illégalement dans la jungle meurent la plupart du temps au bout de quelques semaines de captivité. »

Ces découvertes choquantes ne s'arrêtent pas là, notre journaliste s'est aperçue que les éléphants d'un complexe « écotouristique », dans lequel les visiteurs peuvent admirer des animaux se promenant en liberté, sont les mêmes éléphants qui emmènent des touristes en balade et réalisent des numéros à quelques kilomètres de là, parfois sous la menace de crochets en métal.

Le tourisme de faune n'a rien de neuf. Il est toutefois urgent de passer en revue ces pratiques en raison de leur popularité sur les réseaux sociaux. Qui n'aimerait pas câliner un bébé tigre et immortaliser l'instant par une photo ? Personne, jusqu'à ce que la vérité n'éclate : les tigreaux sont privés de leur mère quelques jours après leur naissance afin qu'elle puisse être rapidement à nouveau inséminée. Et personne ne sait réellement ce qu'il advient des bébés tigres lorsqu'ils deviennent indomptables à l'adolescence.

Comme notre enquête le démontre, ce secteur tire bien trop souvent profit de l'amour des touristes pour les animaux alors même qu'il exploite ces derniers à des fins lucratives dès leurs premiers pas et jusqu'à leur dernier souffle.

Avec la série d'articles du mois de juin sur l'exploitation des animaux et le travail permanent de notre équipe Wildlife Watch, nous espérons donner à ce sujet à la fois difficile et essentiel toute l'attention qu'il mérite. C'est la première étape vers l'assurance d'un heureux dénouement pour tous ces animaux.

Merci de lire National Geographic.

 

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation commun à la National Geographic Society et à National Geographic Partners. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. Retrouvez d'autres articles de Wildlife Watch à cette adresse et découvrez les missions à but non lucratif de la National Geographic Society ici. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à nous faire part de vos impressions à l'adresse ngwildlife@natgeo.com.
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