Animaux

4 000 reptiles ont été sauvés du commerce illégal

La police a épinglé les trafiquants dans des aéroports, des centres de reproduction et des animaleries à travers 22 pays. Mercredi, 5 juin

De Dina Fine Maron

Une organisation policière internationale a réalisé la plus grande saisie de reptiles visés par le trafic d'espèces sauvages à ce jour. Au cours des mois d'avril et de mai, douze suspects ont été arrêtés et plus de 4 000 reptiles vivants ont été récupérés dans des aéroports, des centres de reproduction et des animaleries à travers l'Europe, l'Amérique du Nord et d'autres pays.

L'initiative baptisée Opération Blizzard en référence aux lézards (en anglais lézard se traduit par lizzard) a été coordonnée par Interpol et Europol en réponse au commerce illégal de serpents, tortues et autres reptiles protégés. Le trafic de ces animaux constitue une réelle menace d'extinction pour certaines espèces, il peut également être à l'origine d'épidémies chez les Hommes. (À lire : Ce gecko est devenu un animal de compagnie convoité... et une espèce menacée)

Le commerce des reptiles exotiques a explosé ces 20 dernières années avec l'importation légale et illégale de millions d'animaux dans l'Union européenne ou aux États-Unis dans le but d'en faire des animaux de compagnie. Certains reptiles sont également prisés pour leur peau transformée en articles de mode luxueux comme des chaussures, des ceintures ou des sacs à main.

Il existe peu de mesures de protection pour les reptiles : seuls 8 % des 10 000 espèces sont concernés par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, le traité international qui contrôle le commerce transfrontalier des espèces sauvages.

Dans le cadre de l'Opération Blizzard, les forces de l'ordre de 22 pays ont ratissé des rapports de renseignements, recoupé des affaires antérieures, surveillé les réseaux sociaux et mené des inspections ciblées de centres de reproduction, rapporte Sergio Tirro, gestionnaire de projet pour le service des crimes environnementaux d'Europol qui a aidé à la collecte des informations nécessaires à l'opération. La collaboration internationale en matière de renseignements a permis d'identifier plus de 180 suspects.

« Cette opération démontre à quel point la coopération internationale est précieuse, » affirme Chris Shepherd, directeur exécutif de Monitor, une organisation à but non lucratif basée en Colombie-Britannique, au Canada, dont la mission est de combattre le trafic d'espèces sauvages. « Elle permet également de saisir toute l'envergure de ce trafic massif et minutieusement organisé. »

Six arrestations ont déjà été réalisées en Italie, six autres en Espagne et Interpol fait savoir que d'autres arrestations et des poursuites judiciaires suivront. Selon Europol, l'une des personnes arrêtées à bord d'un avion était en possession de 75 tortues vivantes dans sa valise, sans aucun justificatif.

« En règle générale, notre cible principale n'est pas un individu seul, nous préférons nous concentrer sur les groupes du crime organisé qui tirent les ficelles de ce trafic, » indique Tirro. Reste que la plupart des individus identifiés étaient des participants de petite envergure plutôt que des leaders du crime organisé, fait-il remarquer en ajoutant que les forces de l'ordre espèrent que le travail accompli permettra de monter un dossier contre les gros bonnets qui coordonnent ce commerce illégal.

Les saisies font état de plus de 20 crocodiles et alligators, 6 boas des sables en provenance du Kenya découverts aux États-Unis dans du fret aérien et 150 articles en peau de reptile, notamment des sacs à main, des bracelets de montre, de la médecine traditionnelle et des produits issus de la taxidermie. Bien que la cible principale de l'opération soit les reptiles, les forces de l'ordre ont également mis la main sur d'autres animaux et produits issus de la faune dont des hiboux vivants, des faucons, des cygnes, de l'ivoire d'éléphant et de la viande de brousse.

Neuf reptiles passés en contrebande de l'État de Washington vers la Colombie-Britannique ont été saisis au Canada, rapporte Sheldon Jordan, qui dirige l'unité des crimes environnementaux du ministère Environnement et Changement climatique Canada. Trois de ces animaux sont morts pendant le transport, ce qui montre à quel point le commerce des espèces sauvages peut être mortel, poursuit-il. L'Opération Blizzard a été conduite à cette période de l'année car la majorité du trafic de reptiles dans l'hémisphère Nord a lieu au printemps et à l'été, époque à laquelle ces animaux au sang-froid sont plus susceptibles de rester suffisamment chauds pour survivre au voyage, explique Jordan.

Cette saisie de 4 000 reptiles est conséquente, observe Shepherd, mais « des millions de reptiles sont victimes du trafic chaque année, » et le marché pour ces créatures est en constante expansion. Il est donc primordial de démanteler les réseaux organisés qui orchestrent le commerce des reptiles et de collaborer avec les pays dans lesquels ces animaux sont arrachés à la nature.

 

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Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.