Le marsouin du Pacifique est au bord de l’extinction

On dénombre désormais moins de 19 marsouins du Pacifique dans le golfe de Californie. mardi 17 septembre 2019

De Annie Roth
Cet article est à paraître dans le numéro d'octobre 2019 du magazine National Geographic.

L'un des animaux marins les plus menacés au monde est un petit marsouin connu sous le nom de marsouin du Pacifique (Phocoena sinus), endémique du golfe de Californie, au large du Mexique. Personne ne sait exactement combien de spécimens sont encore en vie à l'état sauvage mais en 2018 les chercheurs n'en dénombraient plus que dix-neuf. Si rien n'est fait pour ralentir le déclin de l'espèce, celle-ci disparaîtra probablement avant 2021. Comment avons-nous pu laisser cela se produire ?

Créature trapue d'environ 1.30 m de long, le marsouin du Pacifique est le plus petit des cétacés, une famille qui comprend baleines, dauphins et marsouins. Les contours foncés de leurs yeux leur donnent un aspect bovin, raison pour laquelle ils sont surnommés « vaquitas » en espagnol, qui signifie « petites vaches ».

Cette jeune marsouine, connue sous le nom de V01F, a été capturée dans le cadre de la mission VaquitaCPR, visant à placer certains de ces cétacés en danger critique d'extinction dans des espaces protégés.

Peu de temps après que les scientifiques ont découvert l'espèce en 1950, ils se sont rendus compte que celle-ci était en danger critique. Les marsouins du Pacifique se retrouvaient régulièrement pris au piège dans les filets de pêche destinés aux crevettes et aux totoabas, un poisson dont la vessie natatoire est un mets très recherché en Chine. En 1975, après que le totoaba a été déclaré espèce en voie de disparition, le Mexique en a interdit la pêche. Cependant, la pêche étant plus lucrative et moins risquée que le trafic de drogue, la pratique a été maintenue, entraînant dans son sillon la mort des marsouins du Pacifique.

En 2005, le gouvernement mexicain a transformé une partie du golfe de Californie en un refuge pour marsouins du Pacifique. Mais la population a continué à chuter, passant de plus de deux cents individus en 2008 à moins de trente en 2016. Incapable de protéger cette espèce de marsouins à l'état sauvage, le gouvernement mexicain a tenté de les protéger en captivité. En 2017, une équipe internationale composée de scientifiques, de vétérinaires et d'environnementalistes s'est réunie au Mexique pour mettre en place VaquitaCPR, un projet de plusieurs millions de dollars visant à transférer la moitié des marsouins du Pacifique restants dans des enclos protégés jusqu'à ce que leur sécurité à l'état sauvage soit assurée. L'équipe a capturé deux femelles, mais lorsque celles-ci ont commencé à montrer des signes de stress, elles ont été relâchées. L'une d'entre elles n'a pas survécu et le projet VaquitaCPR a été interrompu.

V01F semblait tellement stressée par l'expérience que les environnementalistes ont pris la décision de la relâcher dans la nature.

Matthew Podolsky, biologiste de la faune, affirme que « même si ce marsouin du Pacifique n'était pas mort et que l'opération de capture avait porté ses fruits, le problème initial resterait le même » : les braconniers désespérés, les cartels avides et les fonctionnaires corrompus se soucieraient davantage de capturer des totoabas que de protéger les marsouins du Pacifique. Podolsky a co-réalisé Sea of ​​Shadows, un documentaire National Geographic sur le travail d'activistes et d'enquêteurs infiltrés pour aider à sauver l'espèce.

Dans cette lutte contre l'extinction, Podolsky voit un récit édifiant sur l'importance de protéger les animaux rares « dès les premiers signes » - pas seulement lorsqu'il n'en reste plus que quelques-uns.

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