Cette chauve souris écholocalise les chants des grenouilles pour se nourrir

Une nouvelle analyse des diverses techniques de chasse des chauves-souris révèle à quel point ces animaux nocturnes sont doués et encore très peu connus.

De Jake Buehler
Publication 9 oct. 2019, 12:00 CEST
Une phyllostome à lèvres frangées dévore une grenouille túngara sur l'île Barro Colorado au Panama.
Une phyllostome à lèvres frangées dévore une grenouille túngara sur l'île Barro Colorado au Panama.
PHOTOGRAPHIE DE Christian Ziegler, Nat Geo Image Collection

En tant que créatures de la nuit, les chauves-souris ont un grand défi à relever : localiser et chasser leur proie dans le noir total.

Ces mammifères volants ont développé une solution inégalée : l'écholocation, grâce à laquelle ils émettent des ondes sonores qui rebondissent sur les proies et indiquent leur localisation. Cependant, ce super-pouvoir inné ne représente qu'une fraction des techniques incroyablement sophistiquées utilisées par les chauves-souris pour s'alimenter.

Récemment, des scientifiques ont ratissé différentes études antérieures afin de dresser la liste exhaustive de leurs sombres talents qu'ils ont ensuite publiés dans la revue Functional Ecology.

Alors que de nombreuses études se sont intéressées aux outils et aux comportements spécifiques qui permettent à une chauve-souris de localiser sa proie, il manquait une analyse plus globale de l'ensemble des sens utilisés par ces prédateurs pour chasser, indique l'auteure principale de l'étude Rachel Page, chargée de recherche au Smithsonian Tropical Research Institute du Panama.

« Malgré les décennies de recherche, nous en savons relativement peu sur l'écologie cognitive et sensorielle sous-jacente de la plupart des espèces de chauves-souris, » en sachant qu'il en existe au moins 1 300, explique Rachel Page. « Et puisque les chauves-souris sont des animaux volants nocturnes, difficiles à observer sans équipement spécifique, leur étude approfondie n'est que toute récente. »

L'équipe de chercheurs a découvert que les aptitudes sensorielles des chauves-souris étaient multiples ; des chauves-souris vampires capables de détecter la respiration d'un animal aux murins de Natterer attirés par le son produit par la copulation des mouches domestiques.

Dans l'ensemble, leurs résultats suggèrent que les chauves-souris sont nettement plus talentueuses (et nettement moins comprises) que les scientifiques le ne pensaient jusque-là, affirme-t-elle.

JE N'AI D'OREILLES QUE POUR TOI

Les chercheurs ont parcouru plusieurs études qui s'intéressaient à la façon dont les chauves-souris carnivores et insectivores utilisaient les informations fournies par leur proie ou les autres chauves-souris pour trouver de la nourriture. L'équipe a ensuite évalué les adaptations sensorielles compatibles avec ces techniques de chasse avant de comparer les avantages et les difficultés posés par chaque approche.

Par exemple, lorsque l'écholocation n'est pas optimale, c'est le cas pour les espaces petits et fermés comme les broussailles où il est difficile de cibler une proie, les chauves-souris cherchent plutôt à écouter passivement le moindre son.

Prenons par exemple la chauve-souris vampire qui se nourrit exclusivement de sang qu'elle prélève discrètement sur des mammifères endormis. Ces chauves-souris disposent de neurones activés uniquement par le bruit de respiration d'un animal et c'est ainsi qu'elles repèrent leur proie. Ces chauves-souris que l'on trouve en Amérique Centrale et du Sud peuvent même reconnaître le mode de respiration d'un animal spécifique, disons une vache, et retourner s'abreuver de son sang nuit après nuit.

« Les chauves-souris vampires sont généralement bien plus petites que leurs victimes, elles risquent donc d'être piétinées, écrasées ou que leur proie se réveille pendant le processus pour se défendre, » explique Page. « Après avoir réussi à se nourrir sur un animal, il est possible que la stratégie la plus sûre soit de retourner sur le même animal. »

La petite chauve-souris à queue courte de Nouvelle-Zélande est peut-être la plus douée pour chasser dans les milieux encombrés. Ces chauves-souris « piétonnes » passent 40 % de leur temps à fourrager au sol (plus que toute autre chauve-souris), elles écoutent attentivement le son produit par les insectes à mesure qu'ils se déplacent dans la litière de feuilles et utilisent leurs naseaux tubulaires pour déterminer leur position.

 

SANS-GÊNE

Certaines chauves-souris utilisent à leur avantage les bruits émis la nuit par leur proie en écoutant leurs appels d'accouplement comme quelqu'un écouterait une radio CB.

Par exemple, la phyllostome à lèvres frangées d'Amérique Centrale et du Sud repère et capture les grenouilles túngara en se calibrant sur le chant rauque des mâles qui se rassemblent dans les mares. En se focalisant sur ces appels, les chauves-souris peuvent trouver l'endroit où se rassemblent les grenouilles et en capturer plusieurs pour leur dîner.

Natifs d'Europe et du Moyen-Orient, les murins de Natterer sont de véritables rabat-joie attirés par le bourdonnement caractéristique que produisent deux mouches en copulant ; une stratégie qui leur permet de faire d'une pierre deux coups à chaque repas.

 

LE REPAS EST SERVI

Certaines chauves-souris préfèrent se fier à leurs propres congénères qui leur fournissent des indices sur les endroits où trouver de la nourriture, par exemple en se dirigeant vers le son produit par les impulsions d'écholocation d'autres chauves-souris.

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    La petite chauve-souris bouledogue que l'on trouve en Amérique Centrale et du Sud suit le bourdonnement intense d'écholocation produit par les autres chauves-souris bouledogues lorsqu'elles fondent sur des insectes. En suivant ces sons, elles arrivent à une corne d'abondance temporaire d'insectes à la surface d'un point d'eau, ce qui leur évite d'avoir à chercher elles-mêmes leur nourriture.

    « Fait très intéressant, » fait remarquer Page, « les chauves-souris peuvent également tendre l'oreille pour écouter le bruit des autres espèces de chauves-souris. »

     

    LA POINTE DE L'ICEBERG

    Yossi Yovel est zoologiste à l'université de Tel Aviv, il n'a pas participé à l'étude mais indique que ces résultats « offrent un résumé complet et qualitatif de la discipline. »

    Yovel a également été impressionné par la façon dont les scientifiques ont classifié les stratégies de chasse en trois groupes majeurs : écouter les mouvements des proies, tirer profit de la communication des proies et s'inspirer des autres chauves-souris chassant à proximité.

    Page insiste sur le fait que son étude n'est qu'un premier pas. « Les chauves-souris sont des animaux extraordinaires, d'une diversité incroyable, hautement sociaux et capables de s'adapter, » déclare-t-elle.

    « Nous ne faisons que commencer à comprendre les schémas sous-jacents à leurs diverses stratégies de fourrageage et à la façon dont elles recueillent des informations pour trouver leur proie. »

     

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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