Le requin frangé, un poisson sorti tout droit de vos pires cauchemars

Effrayant, rarissime, archaïque, les qualificatifs utilisés par l’Homme sont légion pour tenter de décrire ce requin dont les apparitions ne se comptent pourtant que par dizaines. Portrait d'un requin méconnu, qui peuple les abysses de notre planète.

Publication 21 oct. 2020, 17:35 CEST, Mise à jour 15 juil. 2021, 09:43 CEST
Rarement observé, le requin-lézard capture ses proies en pliant son corps et bondit en avant comme ...

Rarement observé, le requin-lézard capture ses proies en pliant son corps et bondit en avant comme un serpent. Ses mâchoires extrêmement flexibles lui permettent d'avaler de grosses proies, tandis que ses rangées de petites dents pointues les empêchent de s'échapper.

Photographie de National Geographic

Le requin frangé, Chlamydoselachus anguineus, également appelé requin-lézard, n’est aperçu par l’Homme que quelques fois par siècle. La moindre apparition de ce « fossile vivant » comme le qualifient volontiers certains biologistes, est précieuse voire quasi-religieuse. Certains scientifiques pensent d’ailleurs que cette espèce de requins méconnue du grand public est à l’origine de nombreux témoignages d’apparitions de serpents de mer.

Recensé dans les années 1880, on sait aujourd’hui qu'il fréquente les grands océans de notre planète, privilégiant les profondeurs et les abysses, pouvant nager jusqu’à 1 500 mètres sous la surface. Il est cependant capable de se rapprocher, lors de rares occasions, des côtes et à plus faible profondeur. Son agressivité envers l’Homme reste à ce jour encore inconnue.

Le requin frangé, tout droit sorti de vos pires cauchemars

Long de 1,35m en moyenne, le corps remarquablement filiforme du requin frangé se confond facilement avec celui d'une anguille. La longueur maximale connue chez cette espèce est de 1,70m pour les mâles et de 2,0m pour les femelles ; ce dimorphisme sexuel s'explique par le peu de place disponible pour le développement des embryons.

Le requin frangé a un très faible taux de reproduction : ovovivipares, les femelles donnent naissance à des juvéniles déjà formés d’environ 22 cm de long, après une gestation de trois ans et demi lors de laquelle les embryons sortent de leurs œufs à l'intérieur même de l'utérus et sont menés à terme en consommant les réserves de leur vitellus. Chaque portée comporte en moyenne deux à 15 spécimens.

Cette lente reproduction en fait une espèce quasi-menacée sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) ; les rares cas de spécimens capturés comme prises collatérales par les bateaux de pêche sont suffisants pour menacer la survie de son espèce.

Si l’apparence du requin frangé nous paraît aussi cauchemardesque, c’est certainement en raison de sa gueule composée d’environ 300 dents tricuspides, recourbées et effilées comme des aiguilles, parfaitement alignées sur 25 rangées. Cette formidable dentition, articulée à une très longue mâchoire située en bout de museau, l’opposant fondamentalement aux requins plus « actuels », en fait un redoutable prédateur. Il se nourrit principalement de céphalopodes, les calmars représentant son mets privilégié, de poissons osseux et d’autres espèces de requins.

Les biologistes le considèrent comme un véritable « fossile vivant », même si ce terme reste galvaudé. L’un des marqueurs archaïques de ce requin sont ses arcs branchiaux. Composés de cartilage, ils séparent la cavité buccale du requin et sa chambre branchiale, formant un repli de peau souple derrière la tête. Un requin « actuel » en possède en cinq, tandis que les requins préhistoriques tels que le requin frangé ou le requin griset en possèdent six, voire sept.

Cette particularité, combinée à d’autres caractéristiques, a conduit certains paléontologues à le considérer comme le dernier membre d'une famille vieille de plus 380 millions d'années, d'autres le reliant plutôt à des ancêtres qui auraient vécu il y a environ 35 millions d'années. Certains font également le lien entre sa description et les caractères anatomiques retrouvés sur une espèce de requin fossilisée datée de 80 millions d’années.

Si ses origines ne trouvent pas consensus auprès de la communauté scientifique à l’heure actuelle, trois périodes sont donc supposées concernant les origines de Chlamydoselachus anguineus ; le Dévonien, le Jurassique ou l’Éocène.

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