Rencontre avec les lamantins

Il y a quelques décennies, ces mammifères marins ont frôlé l'extinction en Floride. Les habitants se sont alors mobilisés et le nombre de lamantins a augmenté. Avant de nouvelles et inquiétantes hécatombes.

De Gena Steffens
Photographies de Jason Gulley, Erika Larsen
Publication 17 janv. 2023, 17:46 CET
La gueule d’un lamantin laisse échapper des rubans de vallisnérie, dans le parc d’État d’Ichetucknee Springs. Dans nombre de ...

La gueule d’un lamantin laisse échapper des rubans de vallisnérie, dans le parc d’État d’Ichetucknee Springs. Dans nombre de cours d’eau, les effluents du développement urbain et de l’agriculture ont tué les herbes aquatiques essentielles à la survie de l’animal. La rivière Ichetucknee, elle, reste assez propre. 

PHOTOGRAPHIE DE Jason Gulley

Je ne pensais pas inviter un inconnu dans la maison de mon arrière-grand-mère, cet après-midi-là. J’avais prévu d’emmener Buddy Powell, Explorateur pour National Geographic, à Crystal River pour une interview sur l’eau. Car c’est dans cette petite ville de Floride qu’ont commencé les péripéties modernes du lamantin. Mais le bateau était tombé en panne et nous étions là, sur de vieux canapés orange, dans le salon années 1970.

Buddy Powell est un peu plus âgé que les canapés, mais en bien meilleure forme. Il a une silhouette juvénile et des yeux alertes rivés sur l’eau. « C’est une chose inconsciente, explique t-il. J’ai passé l’essentiel de ma vie à chercher des lamantins et, maintenant, c’est comme si mon cerveau était connecté en permanence avec les images que j’ai gardées de cette quête. »

Dans les années 1960, le lamantin de Floride en avait quasiment disparu. Buddy Powell était alors un enfant. « En trouver un constituait un événement », se rappelle-t-il. Il est aujourd’hui l’un des plus grands experts mondiaux de ces mammifères marins herbivores.

Le lamantin constitue une curiosité au sein du règne animal. Ni prédateur ni proie, il peut mesurer 4 m et dépasser 900 kg, mais n’est pas du tout agressif. Il compte aussi parmi les animaux sauvages « charismatiques » qui charment les humains. D’ailleurs, les habitants de la région ont aidé l’espèce à y renaître. La population des lamantins en Floride est passée de moins de 1 000 dans les années 1960 à plus de 7 500 il y a six ans, selon les estimations par relevés aériens. Leur habitat a été protégé et restauré ; de nouvelles règles de navigation préviennent les collisions avec les bateaux ; et des opérations de sensibilisation ont été menées auprès du public.

Épicentre de ce renouveau, Crystal River est la « capitale mondiale du lamantin ». L’animal n’est toutefois pas tiré d’affaire. La Floride compte 22 millions d’habitants. Les trois quarts vivent dans la zone littorale et un grand nombre dans l’habitat principal du lamantin. La présence humaine y a dégradé les cours d’eau, les zones humides et les sources enchanteresses. Prenez l’Indian River Lagoon, le long de la côte Est. Cet habitat important pour les lamantins est densément peuplé. Le déversement de déchets humains, de sédiments liés à l’urbanisation et d’engrais a altéré l’eau. Ce qui a tué les herbiers marins, la principale source de nourriture des lamantins du lagon. Plus de 1 000 y sont morts lors des deux dernières années.

Élever des animaux charismatiques tels que l’éléphant, le panda ou le dauphin au rang de symboles de la protection de la nature peut susciter un puissant activisme en leur faveur. En 1978, le Manatee Sanctuary Act de Floride a fait de l’État un « refuge et un sanctuaire » pour le lamantin. La vitesse des bateaux dans les eaux chaudes où l’animal se réfugie en hiver, dont la Crystal River, a notamment été limitée. Ce texte venait compléter les lois fédérales sur la protection des mammifères marins et sur les espèces en danger, adoptées au début de la décennie.

 

Homosassa Springs, en Floride, avec ses eaux à environ 23 °C, constitue un refuge hivernal important pour les lamantins, ainsi que pour des poissons tels que les carangues, les brochets de mer et les mulets. Le lamantin ne peut pas survivre dans une eau à moins de 20 °C.

PHOTOGRAPHIE DE Jason Gulley

Or les animaux charismatiques peuvent aussi susciter la discorde. C’est ce que l’on a appelé la « guerre du lamantin » : d’un côté, les défenseurs de l’animal ; de l’autre, les intérêts commerciaux, les promoteurs immobiliers et les plaisanciers voulant profiter à leur guise des eaux de Floride.

Qu'y a-t-il de si fascinant chez un animal à l’air de dirigeable difforme et qui passe son temps à manger, dormir et péter ? La réponse se trouve au Manatee Tunnel, au centre de soins intensifs de ZooTampa. Il peut accueillir plus de vingt individus à la fois.

Le tunnel est sombre. Derrière d’épais panneaux de verre, les lamantins semblent exécuter des sauts périlleux dans l’espace tels des astronautes. Leurs nageoires, qui bougent comme un avant-bras humain, sont bordées d’ongles. Cette particularité rappelle que leurs ancêtres, voilà 50 millions d’années, marchaient sur la terre ferme. Leurs poils drus sur une peau gris ardoise servent d’antennes tactiles, conférant un sens du toucher extrêmement fin. Celui-ci les aide à évoluer en détectant les mouvements de l’eau.

Des spectateurs, hypnotisés par l’envoûtante et énigmatique grâce des lamantins, en restent muets. D’autres observent à voix basse à quel point ils sont mignons. Tout le monde rit quand un lamantin passe tout près et fait un tonneau, laissant échapper un flot de bulles de son arrière-train (tout comme les vaches, les lamantins sont des hervivores voraces et émettent de fortes flatulences). Mais la ferveur du public va-t-elle suffire à assurer leur survie en Floride ?

« Ce que les gens ne comprennent pas, pointe Lisa Smith, soigneuse au centre de soins intensifs de ZooTampa, c’est la nécessité de les aider à survivre dans les eaux qu’ils fréquentent. »

Des visiteurs regardent des lamantins profiter des eaux chaudes que rejette une centrale électrique située dans le comté de Palm Beach. Les scientifiques et les responsables publics de la gestion de la faune viennent souvent ici et dans d’autres refuges aux eaux chaudes pour évaluer les populations de lamantins. 

PHOTOGRAPHIE DE Erika Larsen

Cela implique en priorité de restaurer les fonds d’herbiers marins et la végétation d’eau douce, socle de l’existence du lamantin. Il faut aussi améliorer la santé globale des eaux en Floride (les herbes marines séquestrent le carbone trente-cinq fois plus vite que les forêts tropicales humides et en stockent le double par hectare).

La Crystal River, née de sources souterraines, porte bien son nom. Marécages et îles aux arbres couverts de mousse espagnole bordent ses eaux bleu électrique. Le chant des cigales et les odeurs de boue et d’iode emplissent l’air.

C’est l’un de mes souvenirs d’enfance les plus marquants : vers 1997, je suis debout dans l’eau jusqu’à la taille, avec un masque et un tuba. Mon père se tient au-dessus de moi et me pousse à plonger mon visage dans la mer. Une créature de la taille d’une petite voiture broute paisiblement à quelques mètres de là, dans l’eau trouble. Je suis terrifiée, mais j’immerge mon visage. J’entends les dents de l’animal grincer et je sens son énorme présence tout à côté de moi.

« Les meilleurs défenseurs de l’environnement sont ceux qui conservent des souvenirs très précieux de leur enfance », assure Buddy Powell. Il a grandi en explorant Crystal River, souvent dans une petite barque avec son père.

Powell a trouvé sa vocation très tôt. En 1967, à 13 ans, il a eu la chance de seconder Daniel Hartman, un doctorant qui réalisait la première  étude approfondie de l’histoire naturelle des lamantins. Détaillé dans National Geographic en septembre 1969, ce travail a rendu l’animal populaire. L’article alertait sur les dangers que l’augmentation de la population en Floride ferait peser sur ce doux herbivore. « La pollution a déjà détruit les ressources alimentaires du lamantin dans plusieurs rivières, écrivait Hartman. Leur avenir repose entièrement entre nos mains. »

En décembre 2021, des reporters filment la garde Jackie Gordon, qui vide dans l’eau des paniers de vallisnérie provenant de la Crystal River. Le but : nourrir les lamantins affamés du parc naturel d’État Ellie Schiller de Homosassa Prings. Un lamantin avale environ 45 kg de plantes aquatiques par jour.

PHOTOGRAPHIE DE Erika Larsen

À 20 ans, Powell en savait plus que quiconque sur le mystérieux mammifère. Le Service de la pêche et de la vie sauvage (FWS) lui a offert un emploi dans son nouveau programme de recherche sur les lamantins. Powell a alors passé neuf ans à brosser un tableau de leur existence, de plus en plus menacée dans toute leur aire de  répartition du sud-est des États-Unis : « Nous avons voyagé de l’Alabama à la Caroline du Sud en interrogeant des pêcheurs tout le long de la côte. » L’équipe de recherche a acquis un petit avion et engagé un pilote pour survoler toutes les zones aquatiques en quête de lamantins.

Les données recueillies par Powell et ses collègues ont servi de base au mouvement pro-lamantin en Floride. Le club Save the Manatee (« Sauvez le lamantin ») a ouvert la voie, tirant parti de l’allure débonnaire de l’animal pour créer un noyau de fans dévoués.

Des associations ont milité en faveur d’un renforcement des réglementations protégeant le lamantin et son habitat. Elles bataillaient en parallèle contre les opposants aux mesures telles que la limitation de la vitesse des bateaux, les restrictions à l’urbanisation du front de mer et la création de sanctuaires pour les lamantins.

En 2011, le FWS a dévoilé un projet de création de refuge à Kings Bay. Cette zone d’environ 2,5 km2 forme le cours supérieur de la Crystal River. Une limitation de vitesse permanente pour les bateaux de plaisance devait y être instaurée.

En retour, à l’initiative de l’homme d’affaires et philanthrope Steve Lamb, entre autres, est né Save Crystal River. Le but : lutter contre « les gars des lamantins ». Lamb s’en explique : « Dès qu’il s’agit d’une espèce en danger, le gouvernement peut édicter toutes les règles qu’il veut et on ne peut rien faire pour l’en empêcher. »

La guerre du lamantin a atteint son apogée en 2012. La Pacific Legal Foundation [ndlr : association de défense des citoyens contre les abus de l’État] a adressé une pétition au FWS au nom de Save Crystal River. Elle exigeait que le lamantin passe d’« espèce en danger d’extinction » à « espèce menacée ». En effet, sa population était repartie à la hausse.

Des employés de la Commission de protection de la pêche et de la vie sauvage de Floride déposent le cadavre d’un lamantin dans la déchetterie du comté de Pinellas. L’animal a été retrouvé dans une zone touchée par une marée rouge – une efflorescence d’algues aussi toxiques pour les mammifères marins que pour les poissons, les oiseaux et les humains. Les causes probables du décès sont renseignées dans une base de données après examen du cadavre. 

PHOTOGRAPHIE DE Jason Gulley

En 2017, après un examen approfondi, le FWS a déclassé le lamantin. Un choix controversé. Les mesures de protection existantes sont restées en place. Mais l’animal avait encore bien besoin d’actions de soutien concertées, et ses défenseurs craignaient que les efforts se relâchent.

« La décision de déclasser le lamantin, précise Buddy Powell, se fondait sur des constats suggérant que les mesures de protection de l’habitat et les règles relatives à la vitesse des bateaux avaient semblé efficaces, ce qui avait permis aux populations de lamantins de rebondir. »

Or, souligne l’expert, « nous savions qu’un tas de changements environnementaux commençaient à se produire : les marées rouges, l’urbanisation croissante de la Floride et son impact sur les cours d’eau, le changement climatique. Ces grands problèmes, qui touchent à l’environnement et aux paysages, sont bien plus difficiles à contrôler. Le FWS avait été averti. »

Un lundi de janvier, Will Wolfson engage notre bateau dans le Mosquito Lagoon, qui fait partie de l’Indian River Lagoon. Guide de pêche, Wolfson navigue sur ces eaux depuis dix ans. « Cet endroit est devenu un désert », déplore-t-il alors que nous entrons dans le labyrinthe d’une mangrove.

Avec son abondance en herbiers marins et ses eaux abritées, l’Indian River Lagoon a longtemps constitué un habitat  important, que ce soit pour les lamantins ou les poissons. Mais, entre 2011 et 2019, plus de la moitié des herbes marines ont disparu – plus de 90 % dans certaines zones.

« Les herbiers marins ne peuvent plus pousser ici, constate Wolfson. L’eau est trop trouble. »

En 2010, un hiver exceptionnellement froid a tué des centaines de lamantins. Les années suivantes, les températures ont augmenté, tandis que sédiments, eaux usées et engrais ne cessaient de s’écouler dans le lagon. Les algues ont alors proliféré de façon incontrôlée. Et la vie végétale ne recevait plus la lumière du soleil.

« Maintenant, je dois me mettre à quatre pattes pour déceler un seul brin d’herbe », dit Wolfson. Lui et d’autres pêcheurs ont commencé à sensibiliser le public et à faire pression sur les autorités de l’État et fédérales pour qu’elles agissent. Mais qui se préoccupe des herbes marines ?

« Personne ne semblait s’en soucier jusqu’à l’an dernier, quand la situation est devenue critique et que tous ces cadavres de lamantins se sont mis à remonter à la surface et à dériver au fil de l’eau, note Wolfson. Ce n’est que lorsqu’ils entendent “lamantin” que les gens commencent à s’intéresser à l’urgence environnementale. »

À Fanning Springs, un lamantin évolue avec grâce dans une nappe d’eau de source chaude et claire, au-dessus des eaux troubles et plus froides du fleuve Suwannee en crue. Les lamantins ont l’air bien en chair, car ils possèdent un énorme tube digestif afin de traiter toute la matière végétale qu’ils doivent ingérer pour survivre.

PHOTOGRAPHIE DE Jason Gulley

La disparition des herbiers marins dans l’Indian River Lagoon n’est pas un cas isolé. Au début des années 2000, à l’adolescence, je passais les étés chez mon arrière-grand-mère. La prolifération des algues avait changé cette oasis pour lamantins en zone sinistrée. Les algues formaient d’épais tapis filandreux qui masquaient le soleil, tuant toute végétation aquatique subsistante.

« Nous craignions que les lamantins n’aient plus assez à manger », se rappelle Powell.

Les premières mesures pour réparer les dégâts ont été modestes. On se réunissait entre voisins avec des râteaux pour ramasser les algues.

Paradoxe, c’est Save Crystal River, l’adversaire des écologistes quant au statut du lamantin, qui a été le fer de lance de la restauration de la végétation. Face à la ruine des lieux qu’il chérissait, Steve Lamb a cherché des solutions. En 2015, grâce à des fonds de l’État, Save Crystal River a engagé l’entreprise de restauration aquatique Sea & Shoreline. La tâche : débourber et replanter la rivière avec de la vallisnérie (longue herbacée vivace). Mais la perspective d’en repiquer dans toute la rivière avait de quoi décourager.

« Les gens pensaient que nous étions fous », confie Lisa Moore, présidente de Save Crystal River. Plus de 135 000 t de déchets ont été aspirés et environ 350 000 plants de vallisnérie repiqués à la main. La rivière a retrouvé un écosystème qui n’était plus dominé par les algues.

« Depuis des années, les lamantins n’avaient plus à manger, déclare Steve Lamb. Maintenant, cette merveilleuse vallisnérie abonde et l’eau est propre. [Les lamantins] sont en pleine forme, que Dieu les bénisse. C’est formidable. » Naguère, les lamantins passaient les quelques courts mois d’hiver à Crystal River, puis retournaient brouter dans le golfe du Mexique. Certains s’attardent désormais là toute l’année, stimulant l’économie touristique de la ville.

L’eau reste chaude en hiver sur ces fonds sablonneux, près de Homosassa Springs, où des lamantins viennent se regrouper. Leur population actuelle en Floride compterait jusqu’à 7 500 individus, contre moins d’un millier il y a cinquante ans.

PHOTOGRAPHIE DE Jason Gulley

En janvier 2022, des comptages aériens ont révélé un nombre record de lamantins dans ces eaux – plus de 1 000 rien qu’à Kings Bay. La végétation récemment restaurée a aussi permis à la Crystal River de regagner en diversité animale (poissons, crabes bleus, mollusques…).

Il faudra vingt à trente ans et 5 milliards de dollars pour restaurer l’Indian River Lagoon, selon l’Agence de protection de l’environnement (EPA). L’essentiel du lagon se trouve dans le comté de Brevard, à majorité républicaine. En 2016, les habitants y ont voté pour l’adoption d’une taxe volontaire sur les ventes. Celle-ci va rapporter environ 500 millions de dollars en dix ans. L’argent récolté ira à des projets de traitement des eaux usées et de restauration aquatique.

« À chaque fois que vous obtenez d’un comté de Floride – a fortiori d’un comté républicain – qu’il s’impose délibérément une nouvelle taxe, c’est une victoire pour l’environnement », relève Carter Henne, président de Sea & Shoreline. Une législation votée par les républicains et les démocrates renforce d’ailleurs le financement par l’État de la protection du lamantin et de projets pour éviter la disparition des herbes marines.

Dans certains comtés, des propriétaires de maisons mettent la main à la poche, en plus des subventions, pour supprimer leur fosse septique qui fuit et se raccorder aux égouts. Ailleurs, les habitants font pression afin que l’on restaure les herbiers et drague les rivières, afin d’éliminer l’azote et le phosphore piégés au fond.

Propriétaires et entreprises suivent désormais les directives d’un programme d’éducation populaire visant à réduire la consommation d’eau et d’engrais. Et, de plus en plus, les cultivateurs de canne à sucre, de légumes et de riz adoptent des « programmes de gestion des nutriments » pour  réduire leur impact sur la qualité de l’eau. Eric Hopkins, un producteur de légumes et de canne à sucre du comté de Palm Beach, à 40 km environ de l’Indian River Lagoon, l’affirme : « Nous ne sommes pas les méchants. Tout le monde a sa part dans ce bazar. Et tout le monde peut jouer un rôle pour remettre les choses d’aplomb. »

Une hélice de bateau a mutilé la nageoire caudale de ce lamantin. Selon les chercheurs, 96 % des lamantins adultes de Floride ont été heurtés par un bateau au moins une fois au cours de leur vie à l’état sauvage, qui dure environ quarante ans. Les biologistes identifient les individus à leurs cicatrices.

PHOTOGRAPHIE DE Erika Larsen

En 2021, déclare Hopkins, les agriculteurs de sa région ont réduit l’utilisation de phosphore, un polluant majeur, de 59 %. Soit plus du double de ce qu’exige la loi. Adopter des procédés adaptés de gestion des nutriments, ajoute-t-il, fait réaliser des économies aux agriculteurs. Surtout, c’est « la bonne chose à faire. Si nous ne maintenons pas la viabilité de nos terres, nous perdons tout simplement notre gagne-pain. »

Betty Osceola est éducatrice, écologiste et militante pour la qualité des eaux. Elle a grandi dans les Everglades de Floride [ndlr : une zone humide de plus de 15 000 km2, dans le sud de l’État] . Membre de la tribu Miccosukee, elle se souvient que sa mère et sa grand-mère lui racontaient avoir vu des lamantins au coeur du « fleuve d’herbes ».

Aujourd’hui, routes et digues empêchent ces mammifères de nager aussi loin dans les terres. « Il faut changer les mentalités, assène Osceola. Si, du fond de votre coeur, vous vous préoccupez de guérir le milieu aquatique, de guérir la terre, vous verrez bien plus d’améliorations que si vous vous contentez de gérer, d’éliminer. »

Pour que les choses évoluent, affirme-t-elle, il faut que davantage de personnes comprennent que nous faisons partie d’un système vivant. Un système dans lequel les lamantins, la vie végétale et nous tous sommes interconnectés.

« Je ne peux pas parler pour les autres peuples autochtones, mais c’est ainsi qu’on m’a éduquée : on nous a toujours appris à considérer tout ce qui nous entoure comme un membre de notre famille, souligne Osceola. Vous en faites partie. Tout le monde a sa place et sa raison d’être, et nous devons tous contribuer mutuellement à favoriser la vie, pour chacun d’entre nous. »

Chez les lamantins, ce sont les mères qui apprennent les techniques de survie aux petits. Les humains ne sont pas si différents.

Lorsque j’étais enfant, mes parents m’emmenaient à Crystal River pour passer du temps avec mes grands-parents, qui nous parlaient de ce monde dont nous allions hériter. Après le dîner, nous nous asseyions dehors. Nous regardions les éclairs de chaleur scintiller au loin et écoutions la musique des grenouilles et des insectes voletant au-dessus de l’eau. Et, parfois, un autre son nous faisait sursauter : pffff ! Un lamantin venait de remonter à la surface pour respirer.

Article publié dans le numéro 280 du magazine National Geographic. S'abonner au magazine

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