Comment font les panthères des neiges, très solitaires, pour trouver un partenaire ?

Pendant quelques brèves semaines, chaque hiver, ces félins insaisissables sortent de leur retraite solitaire et lancent des appels à travers la montagne à la recherche d’un partenaire.

De Bethany Brookshire
Publication 11 févr. 2026, 15:25 CET
Une panthère des neiges indique sa présence en urinant en marge de son chemin. Les marquages ...

Une panthère des neiges indique sa présence en urinant en marge de son chemin. Les marquages olfactifs de ce type ne sont pas uniquement territoriaux, ils portent des informations sur la taille d’un mâle, sur sa santé et sur sa disponibilité.

PHOTOGRAPHIE DE Steve Winter, National Geographic Image Collection

Parfois, pour décrocher un rendez-vous galant, il faut hurler du haut des montagnes, laisser des griffures un peu partout et uriner sur quelques rochers. Les panthères des neiges sont expertes en ces matières.

Il n’existe que quelques milliers de ces grands félins splendides et tachetés de l’espèce Panthera uncia, dispersés dans les montagnes d’Asie centrale. Les quelques semaines précieuses de la saison des amours viennent de débuter et ces félins d’ordinaire solitaires doivent surmonter la neige, la glace, les sommets accidentés et les rivaux pour se retrouver et se reproduire. Ils n'ont dans leur vie que quelques occasions d’y parvenir.

Pour se pister entre elles, les panthères des neiges s’aventurent dans les vallées, dans les ravins et sous les rochers, et se laissent des messages écrits à l’aide d’excréments, d’urine, de griffures et d’odeurs. Tout cela débouche, avec un peu de chance, sur quelques jours d’accouplements sans interruption.

Voici ce que les chercheurs qui les étudient à l’aide de pièges photographiques et de colliers GPS apprennent sur la façon dont les panthères des neiges communiquent et choisissent leurs partenaires.

 

RENCONTRER DES PARTENAIRES POTENTIELS

Lors de la saison des amours, qui court de janvier à mars pour les panthères des neiges, ces dernières parcourent leur territoire à la recherche d’un partenaire.

Pour s’assurer de mutuelles possibilités d’accouplement, les panthères des neiges laissent leurs larges territoires se chevaucher. En 2018 a paru une étude examinant l’ajustement selon les saisons du territoire de panthères équipées de colliers radio en Mongolie, mais aussi celui de pumas en Amérique du Nord. Celle-ci a montré que les territoires de toutes les panthères des neiges chevauchaient ceux de deux mâles, tandis que ceux de ces derniers chevauchaient les territoires de deux femelles au moins. Dans une étude publiée en 2025, un autre groupe a montré que les populations de panthères des neiges du Bhoutan se composaient principalement de femelles, avec une moyenne de deux femelles pour un mâle.

Le fait de laisser l’accès à plusieurs partenaires est une stratégie maligne. « Pour la femelle, il n’y a que des effets positifs à chevaucher [le territoire] de deux mâles », révèle Örjan Johannson, écologue de l’Université suédoise des sciences agricoles à Riddarhyttan et de la Fondation pour les panthères des neiges qui a dirigé l’étude de 2018.

Cela signifie qu’une femelle peut effectuer un choix entre plusieurs mâles et sélectionner celui qui lui convient le mieux. Si un mâle meurt, un autre mâle investira son territoire, représentant un nouveau partenaire potentiel… mais aussi un risque. En effet, celui-ci pourrait tuer les petits déjà mis au monde par la femelle, car ils ne sont pas les siens ; un problème si la femelle n’a accès qu’à un seul mâle. Mais si elle a le choix entre deux mâles, et que l’un meurt, la femelle pourrait déplacer sa portée sur le territoire de l’autre mâle pour la mettre à l’abri.

 

UTILISER LES ODEURS POUR COMMUNIQUER

Le partage d’un territoire avec plusieurs partenaires potentiels crée des itinéraires et parcours communs, le long des ravins ou des canyons. Cela signifie qu’il existe des endroits où laisser des messages sur lesquels les autres panthères des neiges finiront par tomber.

Une panthère des neiges (Panthera uncia) renifle un marquage territorial avec ses deux petits dans la ...

Une panthère des neiges (Panthera uncia) renifle un marquage territorial avec ses deux petits dans la Réserve de biosphère du désert froid de l’Himalaya.

PHOTOGRAPHIE DE Oriol Alamany, Minden Pictures

Le message ? Une odeur. « Les panthères des neiges font partie des grands félins les plus prolifiques pour ce qui est des marquages olfactifs », explique Rodney Jackson, président-fondateur de l’Association de protection des panthères des neiges (SLC) de San Francisco. Dans un article de recherche publié en 2024 s’intéressant à des panthères des neiges au Pakistan, Rod Jackson et ses collègues ont montré que ces animaux choisissent des zones sans neige qu'ils commencent par gratter avec leurs pattes arrière. Ils frottent ensuite les glandes olfactives situées au coin de leur gueule contre les rochers, y laissant autant de poils que possible et déféquant un peu. Ils déposent également une urine odorante et créent ainsi un mélange unique d’odeurs. « Ces marqueurs olfactifs étaient détectables pour notre nez au bout de trente-cinq à quarante jours », précise Rod Jackson.

Les panthères des neiges émettent également des cris pour faire savoir aux félins des environs qu’elles sont dans les parages. Ces appels ne ressemblent en rien à des rugissements léonins. Ils ressemblent plutôt aux cris d’une personne enrouée. « C’est un son étrange, explique Örjan Johannson. Elles grimpent sur les montagnes et s’appellent les unes les autres. »

En entendant ces cris, d’autres félins présents sur le territoire vont vérifier leur courrier olfactif. L’odeur peut les renseigner sur le sexe du félin en question, leur signaler s’ils ont déjà flairé ce félin auparavant et même qu’un mâle est imposant et dominant. Une femelle saura quel mâle des environs a laissé sa trace.

Quand un mâle dominant laisse sa trace sur les rochers, il « affirme, pour ainsi dire, ses droits », commente Rod Jackson. « Tout autre mâle va devoir se sentir assez puissant pour lire ses traces. » Si un mâle ajoute sa propre odeur à une autre marque, cela pourrait conduire à une lutte de pouvoir et les panthères des neiges s’attaqueront et s’entretueront. Des mâles plus petits et subordonnés pourraient simplement humer l’odeur de loin et éviter la zone purement et simplement, par précaution.

Certains félins vont ensuite regratter l’endroit et y ajouter leur propre odeur. Avec le temps, un ensemble de rochers peut se transformer en véritable tableau d’affichage olfactif.

« Nous les appelons sites reliques, car il s’agit probablement de zones de marquage utilisées de génération en génération », explique Rod Jackson.

Si le marquage olfactif s’accentue durant la saison des amours, les panthères communiquent par l’odeur tout au long de l’année.

 

DES RITUELS DE REPRODUCTION INTENSE

L’odeur est particulièrement forte car chaque occasion de se reproduire est précieuse. En ce qui concerne les mâles, « ce n’est pas avant l’âge de quatre ou cinq ans qu’ils sont capables d’établir un territoire, explique Örjan Johannson. Ensuite, quand ils atteignent l’âge de neuf ou dix ans, ils se font de nouveau chasser. » Pendant ce temps, après chaque accouplement réussi, les femelles passent près de deux ans à élever une portée, et sautent ainsi une saison de reproduction. Les mâles ont accès aux femelles dont les territoires chevauchent le sien, mais « s’il a deux femelles, le maximum est en réalité de six saisons de reproduction possibles ».

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    Une panthère des neiges regarde en direction d’un appareil photo au loin dans la neige du Parc national de Hemis.

    PHOTOGRAPHIE DE Steve Winter, National Geographic Image Collection

    Lorsqu’une femelle choisit son mâle, les deux se retrouvent pour une relation brève pouvant durer huit jours. Les panthères des neiges se tournent autour et se roulent dans l’odeur de l’autre. Puis, l’accouplement débute. « Les femelles ont ce que l’on appelle une ovulation induite, c’est-à-dire qu’elles entrent en chaleur grâce à l’accouplement », explique Örjan Johannson.

    En captivité, les panthères des neiges peuvent s’accoupler jusqu’à six fois par heure ; le mâle mord l’arrière de la nuque de la femelle lorsqu’il lui monte dessus et chaque accouplement dure une trentaine de secondes et suscite de nombreux cris. Cependant, les chercheurs ne savent pas vraiment ce qui se produit dans la nature. Ils peuvent épier un couple pendant une heure environ, mais suivre des grands félins aux hormones en ébullition pendant cinq jours représenterait un défi presque insurmontable, explique Örjan Johannson.

    Ces félins restent difficiles à pister. Mais quand la saison des amours arrive, ils arrivent à se retrouver. Qu’importe la quantité d’urine que cela nécessite.

    Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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