Comment le mur qui sépare le Mexique et les États-Unis fragmente l’habitat de la faune sauvage

Le mur frontalier séparant le Mexique et les États-Unis constitue le dernier obstacle en date à fragmenter les habitats et à perturber les déplacements de la faune locale. Un désastre écologique que des défenseurs de la nature tentent de limiter.

De Brian Kevin
Photographies de Jaime Rojo
Publication 15 juin 2026, 11:56 CEST
Un blaireau avec un serpent à sonnette dans la gueule longe le mur à lames d’acier ...

Un blaireau avec un serpent à sonnette dans la gueule longe le mur à lames d’acier construit le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Il perturbe profondément les déplacements des animaux, sauf les plus petits qui peuvent se faufiler par quelques ouvertures étroites.

PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

Un blaireau avec un serpent à sonnette dans la gueule longe le mur à lames d’acier construit le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Il perturbe profondément les déplacements des animaux, sauf les plus petits qui peuvent se faufiler par quelques ouvertures étroites.

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Pour comprendre pourquoi les Madrean Sky Islands méritent leur surnom, mieux vaut adopter la vue aiguisée du faucon. Une vaste étendue désertique parsemée de plus de cinquante petites chaînes de montagnes escarpées – un archipel de verdure de part et d’autre de la frontière – s’étend à travers l’Arizona, le Nouveau-Mexique et les États mexicains de Sonora et de Chihuahua.

Ces oasis en altitude font de la région des Sky Islands l’une des plus riches en biodiversité au monde, un lieu où un mammifère véloce peut traverser cinq écosystèmes diérents en une journée, du maquis désertique poussiéreux aux forêts luxuriantes de pins et de sapins. Depuis des millénaires, toutes sortes de créatures sauvages – pécaris et antilocapres, coyotes et ocelots, ours noirs et jaguars – parcourent ce territoire le long des crêtes et des cours d’eau, formant un réseau de corridors frais et humides où la végétation prospère. Vues d’en haut, ces routes ancestrales, rubans verts sur la terre fauve, sont facilement repérables.

Rivières et autres cours d’eau sculptent des corridors essentiels à la faune à travers les Sky ...

Rivières et autres cours d’eau sculptent des corridors essentiels à la faune à travers les Sky Islands, une chaîne de montagnes à cheval entre l’Arizona, le Nouveau-Mexique et les États mexicains de Sonora et de Chihuahua. Ici, la rivière Cajón Bonito serpente le long des hautes terres de Sonora gérées par l’organisation de conservation Cuenca los Ojos.

PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

Rivières et autres cours d’eau sculptent des corridors essentiels à la faune à travers les Sky Islands, une chaîne de montagnes à cheval entre l’Arizona, le Nouveau-Mexique et les États mexicains de Sonora et de Chihuahua. Ici, la rivière Cajón Bonito serpente le long des hautes terres de Sonora gérées par l’organisation de conservation Cuenca los Ojos.

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Vous remarqueriez aussi l’empreinte humaine : routes et autoroutes, champs irrigués, clôtures de ranch, sols dénudés par le surpâturage et l’érosion. Le long de la frontière, quelque 400 kilomètres de mur ont été construits entre les États-Unis et le Mexique au cœur des Sky Islands depuis 2017. Autant d’obstacles potentiels sur les artères ancestrales qu’empruntent les animaux sur les terres frontalières – des routes que le photographe et Explorateur National Geographic Jaime Rojo connaît intimement. 

Ancien directeur de projet pour une organisation mexicaine de conservation, il a consacré ces deux dernières années à documenter les innombrables façons dont l’humain fragmente l’habitat de la faune dans les Sky Islands, perturbant les déplacements saisonniers des animaux, entravant leur accès à la nourriture, à l’eau et à leurs partenaires.

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Dans les montagnes Pajarito, en Arizona, les travaux ont été abandonnés sur un segment du mur en 2021 – mais pas avant qu’une zone de préparation du chantier n’ait entaillé le paysage. Le ministère de la Sécurité intérieure a annoncé l’an dernier son intention d’achever cette section.

PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

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Chemin faisant, il a également constaté comment une coalition remarquable œuvre des deux côtés de la frontière pour préserver et restaurer l’intégrité écologique de la région. Ce groupe rassemble des scientifiques qui surveillent les rares passages possibles pour la faune dans le mur frontalier, des éleveurs privés qui réintroduisent plantes et animaux indigènes sur leurs terres, et des leaders autochtones qui revendiquent la gestion de territoires sacrés et ancestraux.

Parmi les défenseurs figurent des pionniers comme Valer Clark, 85 ans, fondatrice de l’association Cuenca los Ojos, qui a passé des décennies à empiler des pierres dans des ravins poussiéreux, réparer des lits de cours d’eau et restaurer la végétation sur des ranchs rongés par l’érosion. Des chercheurs comme l’Explorateur National Geographic Ganesh Marín ont parcouru des kilomètres dans l’arrière-pays pour installer des caméras de surveillance de la faune, collectant des données cruciales sur les déplacements d’ours noirs, de pécaris et d’insaisissables jaguars. « Ils sont tous pragmatiques et réalistes, note Jaime Rojo, et leur attachement aux Sky Islands les réunit. »

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Dans les années 1980, la mère de Valery Gordon (à gauche), Valer Clark (à droite), a entrepris de réhabiliter les terres autour de son ranch en Arizona, en contrôlant l’érosion et en captant les eaux de crue qui, autrement, ravinaient les terres. Elle a fondé Cuenca los Ojos pour promouvoir ses techniques de permaculture à plus grande échelle. L’organisation gère désormais de vastes hectares de pâturages à Sonora. Autrefois dégradés, ces espaces abritent des espèces récemment réintroduites comme les castors et les bisons, ainsi que des jaguars et autres prédateurs. Réensauvager la frontière contribue à contrer sa réputation de « lieu hostile », explique Valery Gordon. « C’est un endroit vibrant, résilient et d’une beauté spectaculaire. »

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Aujourd’hui, alors que la construction du mur frontalier se poursuit, nombre de ces partenaires, plus que jamais séparés, cherchent de nouvelles façons de collaborer pour que les migrations animales ancestrales ne disparaissent pas complètement.

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PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

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Les ranchs privés tournés vers la conservation, comme le Cienega Ranch en Arizona, constituent des corridors pour la faune sur les terres frontalières, reliant les réserves et les terres publiques. Le spécialiste de la faune Scott Patrick (ci-dessus) relâche un renard nain à Cienega, où le propriétaire Josiah Austin a également réintroduit des chiens de prairie à queue noire et des chevêches des terriers.

PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

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Les plus petits animaux parviennent à franchir le mur frontalier par des ouvertures de la taille d’une chatière. Les autorités frontalières affirment que plus de cinquante d’entre elles ont été installées à travers l’Arizona entre 2017 et 2020. Eamon Harrity, qui surveille les passages de la faune pour Sky Island Alliance, en a recensé trente le long de plus de 240 kilomètres de frontière dans la région des Sky Islands.

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Les plus petits animaux parviennent à franchir le mur frontalier par des ouvertures de la taille d’une chatière. Les autorités frontalières affirment que plus de cinquante d’entre elles ont été installées à travers l’Arizona entre 2017 et 2020. Eamon Harrity, qui surveille les passages de la faune pour Sky Island Alliance, en a recensé trente le long de plus de 240 kilomètres de frontière dans la région des Sky Islands.

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Parmi les voyageurs du désert, photographiés grâce aux dispositifs installés par la Sky Island Alliance sur les terres de Cuenca, figurent lynx roux, pumas, ratons laveurs, rats, pécaris, mouffettes, coyotes et renards gris.

PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

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PHOTOGRAPHIE DE Jaime Rojo

La National Geographic Society, association à but non lucratif engagée pour mettre en lumière et protéger les merveilles de
notre monde, a financé le travail des Explorateurs National Geographic Jaime Rojo et Ganesh Marín présentés dans ce reportage.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise. S'abonner au magazine

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