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Jaime Rojo
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Les ranchs privés tournés vers la conservation, comme le Cienega Ranch en Arizona, constituent des corridors pour la faune sur les terres frontalières, reliant les réserves et les terres publiques. Le spécialiste de la faune Scott Patrick (ci-dessus) relâche un renard nain à Cienega, où le propriétaire Josiah Austin a également réintroduit des chiens de prairie à queue noire et des chevêches des terriers.
Explorant un corridor le long d’un ruisseau sur les terres de Cuenca, ces coatis à nez blanc approchent de la limite nord de leur aire de répartition. « L’une des beautés des Sky Islands, c’est qu’on y trouve des espèces aux confins de leur territoire », explique Eamon Harrity, spécialiste de la faune à l’association Sky Island Alliance. Des espèces improbables s’y côtoient. Mais avec la poursuite de la construction du mur frontalier, certains chercheurs craignent que les coatis d’Arizona se retrouvent coupés des populations du Mexique, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud.
Sur les terres frontalières, des fermes à grande échelle, comme celles de Chihuahua, au Mexique (en haut à droite), très gourmandes en eau, mettent les rares ressources hydriques souterraines.
Verlon Jose (ci-dessus), président de la nation Tohono O’odham, a récemment signé un accord avec les autorités américaines afin que la tribu cogère la zone protégée du pic Baboquivari, en Arizona. Site sacré pour son peuple, il fait partie d’un corridor inestimable pour la faune et d’un habitat jugé critique pour les jaguars. La limite sud de la réserve tohono o’odham suit la frontière, 100 kilomètres marqués par une barrière assez basse pour ne pas entraver les déplacements des animaux.
Dans les années 1980, la mère de Valery Gordon (à gauche), Valer Clark (à droite), a entrepris de réhabiliter les terres autour de son ranch en Arizona, en contrôlant l’érosion et en captant les eaux de crue qui, autrement, ravinaient les terres. Elle a fondé Cuenca los Ojos pour promouvoir ses techniques de permaculture à plus grande échelle. L’organisation gère désormais de vastes hectares de pâturages à Sonora. Autrefois dégradés, ces espaces abritent des espèces récemment réintroduites comme les castors et les bisons, ainsi que des jaguars et autres prédateurs. Réensauvager la frontière contribue à contrer sa réputation de « lieu hostile », explique Valery Gordon. « C’est un endroit vibrant, résilient et d’une beauté spectaculaire. »
Cet ours noir équipé d’un collier GPS, surnommé Pedro, a été photographié dans le nord de Sonora. Pendant plus d’un an après que Marín a commencé à le suivre en juillet 2024, Pedro a hésité à traverser une autoroute près de la frontière. L’automne dernier, il s’est décidé d’un pas lourd pour rejoindre l’ouest du Nouveau-Mexique, franchissant un passage sans mur dans les montagnes Peloncillo. Une zone que le ministère de la Sécurité intérieure prévoit de murer.
L’écologiste de la faune et Explorateur National Geographic Ganesh Marín fixe un collier GPS à un ours noir anesthésié par la vétérinaire Susana Ilescas (à gauche), ici avec la spécialiste de la faune Paige Satterfield. Le projet de suivi de Ganesh Marín montre comment les ours se comportent en présence de routes, clôtures et du mur frontalier.
Parmi les voyageurs du désert, photographiés grâce aux dispositifs installés par la Sky Island Alliance sur les terres de Cuenca, figurent lynx roux, pumas, ratons laveurs, rats, pécaris, mouffettes, coyotes et renards gris.
Les plus petits animaux parviennent à franchir le mur frontalier par des ouvertures de la taille d’une chatière. Les autorités frontalières affirment que plus de cinquante d’entre elles ont été installées à travers l’Arizona entre 2017 et 2020. Eamon Harrity, qui surveille les passages de la faune pour Sky Island Alliance, en a recensé trente le long de plus de 240 kilomètres de frontière dans la région des Sky Islands.
Dans les montagnes Pajarito, en Arizona, les travaux ont été abandonnés sur un segment du mur en 2021 – mais pas avant qu’une zone de préparation du chantier n’ait entaillé le paysage. Le ministère de la Sécurité intérieure a annoncé l’an dernier son intention d’achever cette section.