Animaux

De nouveaux coyotes aux yeux bleus ont été observés en Californie

Cinq coyotes aux yeux bleus, une couleur observée nulle part ailleurs, ont été photographiés en Californie. Il semblerait que cette caractéristique rare soit en train de se propager.

De Callie Broaddus

C’était au printemps dernier que Daniel Dietrich, photographe et guide dans le Point Reyes National Seashore, une aire protégée située au nord de la Californie, a aperçu un animal peu ordinaire : un coyote femelle aux yeux bleus. Cette couleur est incroyablement rare chez ces canidés et serait certainement le résultat d’une heureuse mutation génétique.

Mais il semblerait désormais que cette caractéristique soit en train de se propager. Au cours de ces derniers mois, au moins quatre autres coyotes aux yeux bleus ont été observés et photographiés dans un rayon de 160 km autour de la côte.

Le photographe qui a aperçu le premier coyote par une belle matinée d’avril n’avait, dans un premier temps, rien remarqué de particulier chez l’animal : il avait de longues pattes dégingandées, un pelage marron-argenté pour se fondre dans la végétation et de grandes oreilles triangulaires qui lui permettent d’entendre les gaufres, une espèce de rongeurs, cachés dans les herbes.

Mais alors que la quasi-totalité des coyotes possèdent des iris dorés, les siens étaient bleu glacé. National Geographic, qui avait rapporté la découverte de Daniel Dietrich en juin 2018, avait alors indiqué qu’il était possible que le coyote soit un spécimen « sur un million » à présenter cette caractéristique.

Depuis, des coyotes aux yeux bleus ont été aperçus et photographiés à l’Est, près de Sacramento, et plus au sud, en périphérie de Santa Cruz. Deux individus sont désormais connus pour vivre à Point Reyes ; une blessure à l’œil chez le premier a permis au photographe David Kramer d’identifier le second sans l’ombre d’un doute.

 

UNE COULEUR MISE DE CÔTÉ PAR L’ÉVOLUTION

De par la nature localisée du phénomène et de son absence totale ailleurs dans le pays, les scientifiques émettent désormais l’hypothèse qu’une mutation des gènes influant sur la couleur des yeux a dû se produire voici plusieurs générations. Les canidés observés il y a peu seraient donc des descendants récents d’un des coyotes originaux, le fameux spécimen « sur un million » à présenter cette mutation.

Les coyotes ont tendance à quitter leur territoire natal au bout d’un ou deux ans, afin d’en chercher un nouveau. Ils parcourent souvent entre 15 et 30 kilomètres, voire plus, s’aventurant dans des zones urbaines et traversant des routes dangereuses. Certains individus ont même franchi le Golden Gate Bridge de San Francisco. Une distance de 160 kilomètres pourrait donc facilement être couverte en l’espace de quelques générations.

Si de telles mutations sont rares, la possibilité que le gène ait été introduit lors d’une l’hybridation avec des chiens domestiques est dans ce cas précis encore plus improbable.

Les coyotes et les chiens peuvent se reproduire entre eux ; de ce croissement naissent des « coydogs ». De façon générale, d’importants changements au niveau de la couleur du pelage, de la structure et des proportions de la tête sont constatés chez ces animaux, indique Stan Gehrt, écologiste spécialisé dans la faune à l’Université d’État de l’Ohio et explorateur National Geographic. Toutefois, il confie n’avoir jamais observé de changement au niveau de la couleur des yeux.

Les yeux dorés ont été conservés au fil de millions d’années d’évolution chez le coyote. « Ils possèdent des yeux d’une couleur qui est la mieux adaptée à leur environnement et à leur façon de vivre », déclare Juan Negro, un scientifique spécialiste de la couleur des yeux chez les animaux.

De plus, il est presque certain que les iris bleus désavantagent ces animaux. Il est même possible qu’ils constituent un inconvénient au moment de se cacher ou soient responsables d’une sensibilité plus importante à la lumière, explique le scientifique.

Chez d’autres animaux, comme les chiens, les yeux bleus sont le résultat de la reproduction sélective.

À bien des égards, les coyotes se portent mieux aujourd’hui que par le passé. L’Homme a tué ou fait partir bon nombre de leurs prédateurs, à l’instar des loups et des pumas, et des carnivores féroces tels que les loups géants et les tigres à dents de sabre si nous remontons encore plus loin. Par conséquent, des pressions sélectives différentes et moins contraignantes s’exercent sur ces canidés.

En l’absence de ces superprédateurs, il est probable que les yeux bleus soient moins écartés du patrimoine génétique, souligne Juan Negro. Selon les photographes, les cinq coyotes aux yeux bleus observés semblent être en bonne santé et n’avoir aucune difficulté à chasser. Le gène pourrait donc perdurer.

 

DES ANIMAUX PEU ÉTUDIÉS

Pour ces étonnants ambassadeurs d’une espèce dont le rôle écologique dans le contrôle des populations de rongeurs et des maladies est très peu reconnu, les principales menaces qui pèsent sur leur survie semblent être identiques à celles des autres coyotes : les voitures, les chasseurs et le gouvernement américain.

Chaque année, il est estimé que 500 000 coyotes sont abattus en Amérique du Nord. Environ 80 000 d’entre eux sont victimes de méthodes de contrôle mortelles, notamment la chasse aérienne, menées par des fonctionnaires fédéraux grâce à l’argent public. Mais malgré ces mesures de contrôle, les coyotes subsistent.

D’après Camilla Fox, fondatrice et directrice générale de l’organisation locale à but non lucratif Project Coyote, ces animaux sont encore très peu étudiés.

Si nous comprenons mieux les coyotes, qui sont d’ailleurs les seuls canidés à ne vivre qu’en Amérique du Nord, « je pense que nous pouvons apprendre beaucoup en termes de capacité d’adaptation et de résilience dans un contexte de bouleversements sociaux et écologiques », déclare-t-elle.

En attendant que les chercheurs puissent étudier ces « mutants » majestueux à l’aide de dispositifs scientifiques, comme la pose de colliers pour suivre leurs déplacements et l’analyse de leur ADN, les photographes locaux continueront de raconter leur histoire, cliché après cliché.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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