Dévasté par la guerre, ce parc naturel est revenu à la vie

26 ans après la fin de la guerre civile qui a frappé le Mozambique, plus de 100 000 animaux vivent dans le parc national de Gorongosa. Une rare bonne nouvelle.

De David Quammen
Il est désormais possible d’observer des lions et des lycaons, aussi connus sous le nom de chiens sauvages, à Gorongosa.

Dans le centre du Mozambique, le long de la côte sud-est de l’Afrique, le parc national de Gorongosa renaît de ses cendres après la guerre. Alors qu’ils viennent tout juste d’être publiés, les derniers chiffres du recensement aérien 2018 des animaux du parc montrent que les grands mammifères du Gorongosa, dont le nombre s’était effondré lors du conflit, sont de plus en plus nombreux.

C’est un lieu où la plupart des grands mammifères sont bien plus nombreux aujourd’hui qu’ils ne l’étaient en 1992, lorsque la guerre civile a pris fin. De tels endroits sont rares en Afrique et constituent une raison de se réjouir. Selon les recensements effectués à l’époque, 15 buffles d’Afriques, 6 lions, 100 hippopotames et une poignée de gnous bleus vivaient dans le parc. Les derniers chiffres dénombrent quant à eux plus d’un millier de buffles, presque 550 hippopotames et plus de 600 gnous. Plus difficiles à compter, les lions aussi se portent bien, profitant de l’abondance des proies.

Le parc national de Gorongosa était dévasté au début des années 1990, à la suite de 15 années de guerre civile et après avoir été transformé en champ de bataille par deux armées, qui tuaient les animaux du parc pour nourrir les soldats et pour acheter des armes en vendant de l’ivoire. Le parc est resté ainsi pendant plus d’une décennie, jusqu’en 2004, lorsque le Gorongosa Restoration Project (Projet de restauration de Gorongosa), un partenariat entre le gouvernement du Mozambique et la Carr Foundation, une fondation américaine, a débuté. En plus d’apporter des ressources financières et son sens de la gestion, la Carr Foundation, et son fondateur Greg Carr, avaient également imaginé que le Gorongosa pourrait devenir un « parc des droits de l’Homme ».

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Cet objectif a eu des avantages concrets pour les populations locales qui vivent autour du parc, que ce soit en termes de santé, d’éducation, d’agronomie, de développement économique, ainsi que de la protection des paysages, de l’eau et de l’ensemble de la diversité biologique de Gorongosa. Le progrès est constant et mesurable. L’un de ces indicateurs est l’alphabétisation des femmes et des jeunes filles ; l’autre est la récupération de la faune. Si le recensement d’animaux n’est jamais facile, à Gorongosa, la savane, des plaines inondables et de l’habitat de forêt mixte permettent de l’effectuer en hélicoptère.

Pendant deux semaines, six heures par jour, Mike Pingo, un pilote chevronné, a effectué des recensements d’animaux depuis les airs, à bord de l’hélicoptère Bell Jet Ranger. Il était accompagné de Marc Stalmans, le directeur des programmes scientifiques du parc, ainsi que de deux autres collègues, afin de repérer les animaux, les compter espèce par espèce et enregistrer les données. Le pilote faisait des allers-retours le long de transects cartographiés, couvrant une bande de 500 mètres de large à chaque passage à 50 mètres d’altitude, tandis que lui et les autres membres à bord comptaient chaque animal visible aussi gros ou plus gros qu’un phacochère. Pour dénombrer les cobes à croissant, si nombreux dans les plaines inondables de Gorongosa, ils devaient prendre des photographies grand-angle. Essayez de faire cela pendant quelques heures et vous verrez par vous-même que c’est l’idéal pour avoir le mal de l’air, des maux de tête et une rigueur statistique. Mais ces hommes sont expérimentés, ont l’estomac bien accroché et une très bonne vue, et ils font ce qu’il faut faire.

Si le nombre de buffles et de gnous a augmenté de manière spectaculaire après la guerre, puis de façon importante à partir de 2004, les populations d’impalas, de koudous et de nyalas, une superbe antilope dotée de cornes en spirale, ont également connu une forte hausse. L’après-midi, plus de 500 hippopotames se rafraîchissent dans les eaux du lac Urema de Gorongosa et des rivières voisines. Les phacochères sont si nombreux que vous pouvez en apercevoir deux dormir sous votre porche à l’hôtel Gorongosa. La population de cobes à croissant, qui compte plus de 55 000 têtes, augmente, ce qui témoigne de la qualité de l’habitat de la plaine inondable de Gorongosa. Ces animaux constituent de nombreuses proies potentielles pour les lions, les lycaons et les léopards. Bien que Greg Carr et ses collègues espèrent voir plus d’éléphants dans le parc, ces derniers ont bien récupéré et sont aujourd’hui plus de 550. (À lire : En réaction au braconnage, de plus en plus d'éléphants naissent sans défenses.)

Quant aux oiseaux, ils sont présents en nombre à Gorongosa : aigrettes, ibis, anhingas, cormorans, vanneaux, échasses, hérons cendrés, oies-armées de Gambie et jacanas à poitrine dorée se portent bien. Même si les oiseaux sont particulièrement difficiles à dénombrer en hélicoptère car ils ne cessent de voler en grandes nuées, effrayés par l’aéronef, les recenseurs ont indiqué avoir observé 229 nids actifs de marabouts d’Afrique.

Les chiffres du recensement des animaux constituent une bonne nouvelle, estime Marc Stalmans. « Les résultats pour les gnous sont particulièrement encourageants », a-t-il déclaré. Il en va de même pour les buffles : Marc Stalmans, qui espérait avec prudence que la population de cette espèce atteindrait le seuil des 1 000 individus, est satisfait de voir que cet objectif est rempli. « Le niveau de rétablissement des phacochères est également spectaculaire », ajoute-t-il. En effet, leur nombre a quasiment doublé depuis 2016.

Le redressement des populations d’animaux est le fruit de quatorze années d’efforts passionnés et intelligents fournis par l’équipe de Gorongosa, à savoir Greg Carr, le directeur du parc, les scientifiques et les biologistes de la conservation, mais aussi les personnes impliquées dans les opérations, la communication, le développement et l’activité humaine. Greg Carr et ses collègues savent qu’il n’est pas possible de protéger les animaux et leur habitat sur le long-terme en tenant à l’écart les personnes désespérées. Si vous voulez que les éléphants, les impalas et les koudous se portent bien à l’intérieur du parc, il est nécessaire de s’assurer que c’est aussi le cas pour les Hommes qui vivent juste à l’extérieur des limites du parc.

Toutefois, pour nourrir ses enfants, même une personne respectueuse de la loi peut poser un piège dans lequel tombera un animal peu méfiant. Dans cette optique, le plus petit chiffre, mais aussi l’un des plus importants du recensement 2018 des animaux de Gorongosa est encourageant : aucun animal n’a été découvert pris dans un piège au sein du parc. Depuis les recensements effectués en 2014 et 2016, ce chiffre est en baisse et la tendance est bonne.

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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