Jacob, le lion à trois pattes symbole d'espoir

Jacob, un lion ougandais, a survécu à la chasse au collet et à une tentative d'empoisonnement. Il est cependant toujours menacé, tant le braconnage a explosé en Ouganda ces dernières années.

De Douglas Main
Publication 9 févr. 2022, 12:01 CET
jacob in tree

Jacob se repose dans les branches d'un grand figuier, dans le parc national Queen Elizabeth en Ouganda, où les lions ont développé une culture de l'escalade des arbres. Photographié ici en 2018, Jacob n'avait pas encore perdu sa patte, mais aujourd'hui encore, il est capable de grimper aux arbres.

PHOTOGRAPHIE DE Alexander Braczkowski

Les félins n'ont peut-être pas neuf vies, mais Jacob en a déjà eu quelques-unes. Ce lion ougandais a déjà survécu à quatre attaques qui auraient pu tuer un lion de moindre importance : un collet, un piège, un empoisonnement et une attaque de buffle.

Plus récemment, ce lion africain de six ans, l'un des lions s'épanouissant dans les arbres ougandais, a été pris dans un piège semblable à un piège à ours dans le parc national voisin des Virunga, en République démocratique du Congo, où son clan se rend parfois.

Le piège lui a sectionné la jambe au-dessus de la patte en août 2020. Après avoir été soigné à plusieurs reprises par une équipe de vétérinaires de l'Uganda Wildlife Authority, il a réussi à se déplacer sur ses trois membres et a même rejoint son clan pour chasser. Il a depuis été vu en train de s'accoupler avec au moins une femelle, indique Alex Braczkowski, chercheur spécialiste des lions et explorateur National Geographic, qui a filmé Jacob pour la dernière fois dans son habitat, le parc national Queen Elizabeth.

Mustafa Nsubuga, vétérinaire de la Fondation pour la conservation de l'Ouganda, montre la jambe coupée que Jacob a perdu dans un piège en août 2020. Après de multiples soins prodigués, la blessure a guéri et aujourd'hui Jacob se débrouille avec trois jambes.

PHOTOGRAPHIE DE Avec l'aimable autorisation de Kabunzungwire Moris et Mustafa Nsubuga

Braczkowski affirme que son incroyable résilience est une source d'inspiration. « Cela montre simplement que si on donne à ces animaux une toute petite chance de continuer, ils peuvent encore se débrouiller pour vivre, et c'est assez incroyable. »

Mais le sort de Jacob met également en lumière quelques-unes des graves menaces qui pèsent sur cette espèce, qui ne compte que 20 000 individus à l'état sauvage et est classée comme vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature. Partout en Afrique, les braconniers ciblent de plus en plus les lions pour revendre les parties de leur corps, comme leurs dents, leurs griffes et leurs os, utilisés en Asie du Sud-Est et dans quelques communautés africaines à des fins médicinales ou comme symboles de statut social, explique Paul Funston, directeur du programme Lions de Panthera, l'organisation mondiale de protection des grands félins.

Huit lions du clan de Jacob ont été empoisonnés en mars 2020 par des braconniers, mais Jacob s'en est sorti indemne. Quelques semaines plus tard, Jacob a été encorné par un buffle du Cap ou un phacochère qui lui a laissé de profondes plaies à la poitrine. Et en 2019, Jacob a été pris dans le piège d'un braconnier avant d'être secouru. 

« Il est vital de mettre un terme à ce commerce, car il présente le risque réel de conduire de nombreuses populations de lions déjà fortement décimées à l'extinction locale », estime Paul Funston.

 

DES MENACES GRANDISSANTES

Jacob porte un collier de radiopistage qui alerte l'Autorité ougandaise de la faune lorsqu'il cesse de bouger, signe qu'il peut être blessé. Lorsque Jacob a perdu sa patte, l'agence a mené une action ambitieuse pour le sauver, lui administrant de multiples traitements, faisant appel à des experts de plusieurs organisations, telles que la Fondation ougandaise pour la conservation et la Société pour la conservation de la faune.

Malgré l'importance du tourisme dans la région, l'incidence du piégeage a augmenté ces dernières années, non seulement pour attraper des lions, mais aussi d'autres mammifères pour la viande de brousse, explique Alex Braczkowski.

Jacob marchant dans le parc national Queen Elizabeth au début du mois de février 2021. À ce moment-là, sa jambe avait guéri, environ cinq mois après la blessure. Il était déjà capable de suivre le rythme de son clan et même d'aider à la chasse.

PHOTOGRAPHIE DE Alex Braczkowski

En raison de la raréfaction des proies due au piégeage, les lions de la région se déplacent environ six fois plus loin que les lions de la réserve nationale Masai Mara au Kenya pour trouver de la nourriture, et ils se déplacent beaucoup plus qu'il y a dix ans.

Dans le parc national Queen Elizabeth et les zones environnantes, « la conservation des lions dépend de collaborations cruciales entre l'Autorité ougandaise de la faune et les ONG partenaires, et de la nécessité d'être au bon endroit au bon moment », explique Braczkowski.

Les défenseurs de la nature s'accordent à dire qu'il faut œuvrer davantage pour lutter contre le commerce illégal de parties de lions, notamment en employant davantage de gardes pour surveiller les lions, en organisant des patrouilles pour retirer les pièges, en améliorant la collaboration pour protéger les animaux et en s'engageant davantage auprès des populations locales.

Selon Paul Funston, les lions sont bien protégés dans environ 15 à 20 % de leur habitat restant, notamment dans certaines régions d'Afrique australe et d'Afrique de l'Est.

Mais si le piégeage et le braconnage restent incontrôlés, ajoute-t-il, l'espèce « pourrait ne plus exister dans certaines régions de son aire de répartition dans les années à venir. »

La National Geographic Society, qui s'engage à mettre en exergue et à protéger les merveilles de notre monde, a financé le travail de l'explorateur National Geographic Alexander Braczkowski.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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