Huit lionceaux retrouvés morts empoisonnés en Ouganda

La survie des lions sauvages est gravement menacée par les empoisonnements, tandis que l'Homme empiète de plus en plus sur leur habitat.

De Jani Actman, Rachael Bale

Le 10 avril dernier, 11 lions ont été retrouvés morts empoisonnés par les autorités de la faune dans le parc national Queen Elizabeth. Ces fauves, trois lionnes et huit lionceaux, appartenaient à une troupe également composée de trois mâles.

Le clan avait été filmée avec d'autres lions du parc dans le cadre d'une émission télévisée sur la conservation de ces félins et leur habitude de grimper et de se suspendre dans les Euphorbia ingens. De nombreux visiteurs venaient dans le parc pour observer le comportement inhabituel de ces fauves acrobates. Alors que la plupart des lions ne grimpent pas aux arbres, différentes troupes sont connues pour cette habitude pour le moins singulière : dans le parc, un autre clan est connu pour grimper aux figuiers et en Afrique du Sud, des lions partagent aussi ce comportement.

Alex Braczkowski, explorateur National Geographic qui avait réalisé un documentaire sur ces lions grimpeurs en Ouganda, était à Las Vegas pour un salon de la photographie lorsqu'il a appris la nouvelle par téléphone.

« Je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer », explique Alex Braczkowski, qui habite à Durban en Afrique du Sud. « Je les ai suivis tous les jours en voiture lorsque je les filmais. Je me suis attaché à eux ».

Jimmy Kisembo, ranger de l'autorité ougandaise de la faune et gardien des lions, était à la tête de l'équipe qui a découvert quelques-unes des carcasses. Certaines d'entre elles avaient été rongées jusqu'à l'os par des hyènes. « J'étais tellement bouleversé », se souvient-il. « Tout le monde a pleuré. Nous étions démoralisés ». Il précise que son équipe travaille désormais d'arrache-pieds pour trouver une solution afin de protéger les lions restants.

Découverts non loin du village de pêcheurs d'Hamkungu, les carcasses et les ossements ont été envoyés à Mweya, une ville de la région, pour être analysés.

Pour Alex Braczkowski, les lions ont été empoisonnés avec de l'aldicarb, un insecticide connu sous le nom de Temik, peu cher et facilement trouvable en magasin. L'aldicarb est un carbamate : celui-ci empêche une enzyme spécifique de décomposer les substances chimiques qui transmettent l'influx nerveux. L'accumulation de carbamte dans les synapses du cerveau peut provoquer des vomissements, une gène respiratoire, des difficultés à respirer et la mort, généralement causée par suffocation.

Les autorités ougandaises de la faune pensent que les fauves ont été empoisonnés en représailles, parce qu'ils ont tué du bétail. Alex Brackowski, qui est en contact avec les autorités du parc, indique qu'il n'y a, à l'heure actuelle, aucun suspect.

Ce n'est pas la première fois que l'aldicarb est utilisé pour empoisonner des animaux sauvages ou même domestiques. En Afrique du Sud, des voleurs ont eu recours à l'insecticide pour empoisonner des chiens afin de les empêcher d'aboyer. Le produit aurait aussi été utilisé pour empoisonner des rhinocéros, des vautours, des léopards et des lions.

En Afrique de l'est, avec des contacts de plus en plus nombreux entre les grands carnivores comme les lions et les éleveurs de bétail, les cas d'empoisonnements intentionnels de la faune ne sont pas rares. En 2015, trois lions du clan Marsh au Kenya sont morts après avoir mangé une vache dont la carcasse avait été arrosée de pesticide, un acte de vengeance des éleveurs de bétail à l'encontre des lions. Onze vautours sont également morts après s'être nourris de la carcasse.

Il n'y a que quelques villages de pêcheurs à l'intérieur du parc national Queen Elizabeth. À Hanjungu, les éleveurs de bétail laissent parfois leurs animaux sortirent des limites du village, où l'herbe est plus verte. Les lions voient alors des proies faciles entrer directement dans leur territoire et attaquent.

En 2008, lors du dernier recensement, 120 lions vivaient dans le parc. D'après Alex Braczkowski, qui a également suivi la population de fauves, les derniers chiffres devraient bientôt être communiqués.

Dans le village d'Hamkungu, Ludwig Seifert, vétérinaire, dirige le Uganda Large Carnivore Program, une organisation surveille la faune et fait des recherches. Elle mène également des programmes de conservation auprès des communautés pour trouver des solutions, comme par exemple indemniser les éleveurs à hauteur du prix du marché pour les vaches tuées par les prédateurs.

En 2017, quatre lions sont morts empoisonnés dans le parc Queen Elizabeth. La situation inquiète Alex Braczkowski, qui estime que si les empoisonnements continuent au même rythme, il n'y aura plus aucun lion dans le parc d'ici cinq ans.

Les représentants du parc pensent adopter des mesures plus sévères contre le pâturage du bétail dans le parc et envisagent de prendre des lionnes adultes d'une autre troupe pour encourager la reproduction et ainsi augmenter le nombre de lions.

Au cours des 75 dernières années, la population de lions d'Afrique a chuté de 90 %. Selon la Big Cats Initiative de la National Geographic Society, une perte de l'habitat et des rencontres plus fréquentes avec l'Homme sont responsables de ce déclin.

D'après Alex Braczkowski, les lions peuvent se reproduire assez rapidement et l'écosystème du parc national Queen Elizabeth peut le supporter. « Ils ont encore leur habitat et il y a encore des proies. Il y a encore de l'espoir ».

Wildlife Watch est un projet d'articles d'investigation entre la National Geographic Society et National Geographic Partners. Ce projet s'intéresse à l'exploitation et à la criminalité liées aux espèces sauvages. N'hésitez pas à nous envoyer vos conseils et vos idées d'articles et à faire part de vos impressions sur ngwildlife@natgeo.com.
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