Le Canada durcit les conditions d'observation des baleines

Au Canada, il est maintenant illégal de déranger les mammifères marins, et donc de nager, d'intéragir avec eux ou de les approcher à moins de 100 à 400 mètres selon les régions.

De Johanna Read
Publication 16 sept. 2021, 15:58 CEST
Whale Gaze

Un béluga nage dans la baie d'Hudson, dans la province canadienne du Manitoba. Le Canada a récemment mis à jour sa réglementation sur les mammifères marins, ce qui signifie que les bateaux ne peuvent plus s'approcher trop près des baleines.

Photographie de Kike Calvo, Nat Geo Image Collection

Trois voyageurs vêtus de combinaisons en néoprène sont allongés face contre terre sur un flotteur en mousse attaché à un zodiac dans la baie d'Hudson, dans la province canadienne du Manitoba. Ils sont tirés par un bateau, leurs visages plongés dans l'eau glaciale, dans l'espoir de voir des bélugas les regarder fixement.

Il s'agit d'une excursion d'aquagliding avec des bélugas, l'une des solutions de contournement que l'industrie du tourisme a trouvées depuis que le Canada a commencé à mettre en œuvre de nouvelles réglementations plus strictes pour protéger la faune marine en 2018.

Lesdites réglementations visent à réduire les interactions humaines avec les cétacés, dont beaucoup sont menacés d'extinction en raison de la hausse des températures des océans, des pénuries d'approvisionnement alimentaire et de l'augmentation du trafic maritime. Ces règles exigent notamment que tous les bateaux se tiennent à bonne distance des mammifères. Certaines activités, dont le snorkeling avec les baleines à bosse, sont interdites. 

La plupart des gens conviennent que les baleines doivent être protégées, mais il existe un débat sur l'ampleur des restrictions imposées aux bateaux d'observation, que certaines entreprises qualifient de « trop lourdes et même excessives ». Mais les lois canadiennes ont changé, ce qui signifie que les touristes vont devoir adapter leurs attentes et leur attitude pour observer les baleines sans leur porter atteinte.

 

LES BALEINES ONT BESOIN DE NOTRE AIDE

Environ 30 espèces de baleines vivent dans les eaux canadiennes. Les touristes peuvent observer les baleines au large des trois côtes, des villes comme Vancouver et Halifax aux hameaux comme Pond Inlet. Un voyage l'été à Churchill garantit l'observation de certains des 55 000 bélugas peuplant la baie d'Hudson. Le béluga est une des espèce de baleines vivant dans le Saint-Laurent, au Québec. À Terre-Neuve-et-Labrador, les baleines nagent parfois près des icebergs.

Un groupe de bélugas nage au large de l'île de Baffin, au Nunavut.

Photographie de Paul Nicklen, Nat Geo Image Collection

Malgré cette abondance d'opportunités d'observation, certaines baleines sont en voie de disparition. On ne compte plus que 366 baleines noires de l'Atlantique Nord et 74 épaulards dans la mer des Salish au large de la Colombie-Britannique et de l'État de Washington. 

« La plupart des institutions qui proposent d'observer des baleines reconnaissent la nécessité de les protéger et respectent les règles », indique Sebastian Teunissen, directeur exécutif de l'Institut canadien de la baleine, à but non lucratif. Une étude parue en 2020 sur les baleines de la mer des Salish a révélé que 72 % des plaisanciers n'étaient pas au courant des règles d'observation. Sur les 365 « incidents » reportés en un an - la plupart pour des excès de vitesse ou non-respect des distances - seuls 8 % concernaient des navires de tourisme.

Malgré la mise à jour des réglementations et des campagnes de sensibilisation, Teunissen souligne que « l'interaction humaine continue d'être une cause majeure de décès et de blessures chez les baleines ». L'exemple le plus célèbre est sans doute celui de Luna (L98), un individu connu pour rechercher la compagnie des humains et des bateaux près de Nootka Sound, en Colombie-Britannique. Il est décédé en 2006 après s'être approché trop près d'une hélice.

L'Institut canadien de la baleine a notamment pour mission de s'assurer que les baleines sont mieux averties de l'approche des navires, d'éviter que les cétacés se retrouvent pris au piège dans les cordages et les engins de pêche ; et réduire les effets du changement climatique sur ces animaux.

 

FAIRE FACE AUX MENACES

La diminution du nombre de baleines et les menaces croissantes auxquelles elles sont confrontées ont poussé le gouvernement canadien à renforcer ses réglementations en vigueur au cours des dernières années.

Avant l'entrée en vigueur des nouvelles réglementations, les bateaux d'observation des baleines à travers le Canada étaient généralement respectueux des animaux, bien que certains se soient rapprochés pour offrir aux clients des séances photos. Maintenant, les seules rencontres rapprochées autorisées concernent les rencontres impromptues avec les baleines qui ne permettent pas au personnel d'équipage de s'éloigner rapidement.

Dans l'estuaire de Churchill, des bélugas curieux suivent un zodiaque d'observation de baleines.

Photographie de Cindy Hopkins, Alamy

Au Canada, il est maintenant illégal de déranger les mammifères marins ; et par conséquent de nager et d'interagir avec eux. Tous les exploitants de navires doivent réduire leur vitesse, leur nuisance sonore et leurs activités de pêche chaque fois que des baleines sont à proximité. D'autres mesures visant à protéger les orques résidentes du sud comprennent la suspension de certains types de pêche commerciale et récréative et la création de nouveaux sanctuaires de baleines.

Depuis 2018, les bateaux doivent rester à 100 mètres de la plupart des baleines. Pour l'orque résidente du sud et le béluga au Québec, la distance a été portée à 400 mètres. « Si vous voyez une queue, une nageoire ou des embruns, restez à distance », conseille une communication gouvernementale.

Se tenir à l'écart des baleines peut avoir des effets négatifs involontaires. « Si nous ne pouvons pas les surveiller, nous ne pouvons pas les protéger », soupire Erin Gless, directrice exécutive de la Pacific Whale Watch Association, représentant 29 opérateurs commerciaux d'observation des baleines de la Colombie-Britannique et de l'État de Washington qui transportent un demi-million de passagers chaque année.

Selon elle, ces activités d'observation participent à renseigner les scientifiques sur l'emplacement et l'état de santé des baleines.

 

QUID DU TOURISME ?

Le tourisme joue un véritable rôle dans la conservation et la protection de la faune et des habitats naturels. « Nous sommes les yeux et les oreilles du monde, nous partageons nos observations et sonnons l'alarme lorsque les baleines sont maltraitées », déclare Mike Reimer, propriétaire/exploitant de Churchill Wild, une entreprise d'observation des baleines dans la baie d'Hudson.

Les organisateurs de sessions d'observation de baleines ont sensibilisé et intéressé le grand public à la protection de la faune marine. Belle McCarthy du Tofino Resort + Marina, sur l'île de Vancouver, souligne que leurs capitaines ont pour consigne de doubler la distance minimale requise « pour assurer un respect mutuel entre nos clients et la faune ».

Mais certains voyagistes, en particulier dans des régions peu visitées comme Churchill, le Manitoba et Terre-Neuve-et-Labrador, souhaitent rediscuter ces règlementations avec le gouvernement. L'objectif, explique Mike Gatherall de Gatherall's Puffin & Whale Watch à Terre-Neuve, est d'adapter les réglementations afin que « les baleines soient protégées tout en permettant les opportunités d'éducation et de sensibilisation continues offertes par des excursions d'observation des baleines professionnelles ». 

Dans la baie d'Hudson de 1,23 million km², la réglementation en vigueur est un défi pour les exploitants de bateaux, qui doivent se tenir à 100 mètres minimum des bélugas, et 50 mètres dans les deux estuaires fluviaux étroits où les animaux se rassemblent. « Techniquement, nous enfreignons les règlements à la minute où nous entrons dans l'eau », explique Reimer. « Nos zodiacs sont assaillis par des centaines de bélugas curieux et amicaux. »

Un béluga nage dans la baie d'Hudson.

Photographie de Kike Calvo, Nat Geo Image Collection

Compte tenu de la population de bélugas comptant 55 000 individus dans la baie d'Hudson, la Churchill Beluga Whale Tour Operators Association souhaite des exemptions à la réglementation sur la distance et une approche plus coopérative entre le gouvernement et l'industrie. Tout au long de leur vie, dit Reimer, la majorité des bélugas « ne verront jamais un bateau ou n'auront aucune interaction avec les humains ».

Gatherall pense que les règles de distance devraient tenir compte non seulement des espèces et de la distance par rapport au rivage, mais aussi de la présence de juvéniles et du trafic naval local. « Il y a des cas où des restrictions plus importantes peuvent être justifiées », dit-il, et d'autres où les règles actuelles peuvent être très contraignantes.

Pourtant, bien qu'il soit difficile de mesurer à quel point ces réglementations protègent les baleines, certains chiffres invitent à l'espoir. Les épaulards résidents du sud ont vu trois naissances au cours de la dernière année. Deux des trois sont des femelles, essentielles à la croissance démographique de l'espèce.

 

OBSERVATION LOINTAINE

Malgré les réglementations étendues, il existe encore de nombreuses façons pour les visiteurs de voir des baleines au Canada. Recherchez des exploitants de bateaux expérimentés qui promeuvent leur respect des lois sur la protection des baleines. La Pacific Whale Watch Association répertorie les voyagistes en conformité en Colombie-Britannique. Dans la région du Saint-Laurent au Québec, sélectionnez les membres de l'Alliance Eco-Whale.

Apportez des jumelles et un appareil photo avec un bon zoom. Comme vous le feriez avec n'importe quel animal sauvage, respectez le besoin d'espace des baleines. « Des interactions plus étroites entre l'Homme et les baleines devraient être découragées, quelle que soit la « santé » d'une population», insiste Teunissen. L'accoutumance aux humains « n'améliore pas la vie de la faune, mais peut être préjudiciable ».

Johanna Read est une autrice basée à Vancouver spécialisée dans le tourisme responsable. Retrouvez-la sur Twitter et Instagram.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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