Le cannibalisme ne serait-il qu'une question d'opportunité ?

Une étude sur le comportement social de la teigne des fruits secs montre comment le cannibalisme peut apparaître puis disparaître chez des espèces animales.

Publication 8 avr. 2021, 16:25 CEST
Un spécimen mâle Plodia interpunctella photographié par Birgit E. Rhode, Landcare Research New Zealand Ltd.

Un spécimen mâle Plodia interpunctella photographié par Birgit E. Rhode, Landcare Research New Zealand Ltd.

Photographie de Birgit E. Rhode, Landcare Research New Zealand Ltd., Creative Commons

« Dans la nature, le cannibalisme est un repas comme un autre » affirme Rudolf Volker, chercheur en biologie à l’Université de Rice au Texas. Dans une étude parue dans la revue Ecology Letters le 23 mars 2021, Volker Rudolf et ses équipes ont analysé des actes de cannibalisme. Le temps de dix générations de teignes des fruits secs (P. interpunctella), les chercheurs ont rapproché socialement et physiquement les larves issues d’une même génération et ont observé que les actes de cannibalisme disparaissaient au terme des observations. Ces derniers seraient exceptionnels mais avérés chez cette espèce.

La teigne des fruits secs, aussi connue sous le nom de Pyrale indienne des fruits secs, est réputée pour dévaster les garde-manger en pondant des œufs dans les céréales comme le blé ou le maïs. En modifiant la viscosité du milieu de culture et la dispersion des larves, les chercheurs se sont aperçus que les comportements de cannibalisme diminuaient de « manière significative ».  

Ce principe, acquis au cours de l’évolution, serait applicable à plusieurs espèces. Pour la première fois, cette étude souligne l'importance de la structure sociale et génétique des populations dans la poursuite de l'évolution des comportements sociaux.

Le cannibalisme animal est une pratique qui commence à être bien connue des scientifiques, elle consiste à manger partiellement ou entièrement un individu vivant de la même espèce par nécessité ou par instinct. Les modèles mathématiques et les études comportementales présentent le cannibalisme comme un moyen de maximiser la rentabilité individuelle : il s’agit souvent d’une adaptation qui compense une limitation de nourriture ou une compétition extrême pour les mêmes ressources.

Bien qu'à l'origine considéré comme un comportement anormal, le cannibalisme a maintenant été enregistré chez plus de 1300 espèces à travers un groupe diversifié de taxons, allant des protistes et invertébrés, jusqu’aux humains. Il agirait comme un facteur important de régulation de la dynamique des populations.

En 2019, des chercheurs du CNRS ont aussi tenté d’observer la rencontre entre deux agélènes à labyrinthe (Agelena labyrinthica), des araignées ayant l’habitude d’évoluer seules en milieu naturel. Ils ont alors observé que le rapprochement de deux araignées maintenues isolées conduisait à de violentes interactions et au cannibalisme. À l’inverse, des araignées maintenues en groupe pendant 20 jours ne présentaient aucun rapport conflictuel.

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« Ce principe pourrait être appliqué chez l’Homme » affirme le scientifique. Selon son raisonnement, et par transposition de ce qui est observable chez la teigne des fruits secs, dans les sociétés ou les cultures humaines qui vivent dans de grands groupes familiaux parmi des parents proches, par exemple, les individus tendraient vers un comportement moins égoïste, a contrario des sociétés ou des cultures où les gens sont plus isolés de leur famille et plus susceptibles d’être entourés d'étrangers.

« Si vous reconnaissez vos proches et évitez de les manger, vous pouvez vous permettre d'être beaucoup plus cannibale dans une population mixte, ce qui peut avoir des avantages évolutifs » écrit Rudolf Volker. Selon l'étude, un autre facteur entre en ligne de compte : la reconnaissance de la parenté peut entrainer à de tels comportements.

À l’avenir, Rudolf Volker et ses équipes prévoient d’étendre l’expérience en faisant varier le cannibalisme, la dispersion et la reconnaissance de parenté chez la teigne des fruits secs.

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