Le pangolin d’Afrique est le mammifère le plus braconné du monde

Une récente étude démontre l’ampleur du trafic de cet animal de l’Afrique vers l’Asie. Et le phénomène s’intensifie à mesure que les espèces de pangolins asiatiques disparaissent.

Un pangolin est ici photographié en Namibie. Le gouvernement namibien soutient les programmes de protection du vulnérable animal.
Un pangolin est ici photographié en Namibie. Le gouvernement namibien soutient les programmes de protection du vulnérable animal.
photographie de CEDRIC ET ELYANE JACQUET

Son corps est recouvert d’écailles, il possède de petites pattes griffues et se nourrit de fourmis et de termites, à l’aide d’une longue langue gluante. Cet animal étonnant, c’est le pangolin, un petit mammifère présent en Afrique et en Asie et long de 30 cm à 80 cm, à l’aspect des plus singuliers. Mais c’est surtout le mammifère le plus chassé illégalement du monde. Bien plus, en nombre, que les éléphants et les rhinocéros réunis !

Selon une étude internationale, publiée en juillet 2017 dans la revue Conservation letters, le trafic de pangolins en Afrique a augmenté de 150 % entre 1970 et 2014. Contrairement aux grands mammifères du continent, le pangolin n’est pas traqué pour devenir un trophée mais pour être revendu en Asie (Lire aussi "J'ai tué un éléphant pour 70 000 euros", notre enquête sur la chasse aux trophées dans le numéro d’octobre 2017 de National Geographic). Sur ce continent, sa viande est un met de luxe, et ses écailles entrent dans la composition d’une poudre prétendument miraculeuse.

Le pangolin à la recherche de nourriture
Le pangolin à la recherche de nourriture

Pour estimer l’ampleur de la chasse aux pangolins, les chercheurs ont analysé des données issues de 113 sites, dans 14 pays d’Afrique centrale, principalement le Cameroun, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale, le Gabon, la République démocratique du Congo et la République du Congo. Résultat, entre 500 000 et 2,7 millions de pangolins sont capturés chaque année dans les forêts de ces pays ! Le plus souvent à l’aide de pièges, bien que leur utilisation soit illégale dans la plupart des régions de l’étude.

En 2016, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (cites) avait pourtant interdit toute commercialisation de l’animal. Sa vente illégale vers certains pays d’Asie reste, malgré tout, en forte progression. Les espèces asiatiques de pangolin sont devenues rares. Elles sont désormais classées au mieux « en danger » et au pire « en danger critique d’extinction » par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Le marché noir s’est donc tourné vers les quatre espèces africaines : Phataginus tricuspis, Phataginus tetradactyla et Smutsia gigantea et Smutsia temminckii.

Comme la corne de rhinocéros, les écailles de pangolin, vendues environ 1 000 euros le kilo, sont réduites en poudre pour fabriquer des remèdes utilisés en médecine traditionnelle chinoise pour une trentaine de maux, des troubles érectiles aux cancers les plus graves. Pourtant, les écailles sont constituées essentiellement de kératine, une molécule qu’on retrouve dans les ongles, les poils, les cheveux, le bec, les cornes et qui est a priori dépourvue de principe actif.

La viande du pangolin est également très appréciée en Chine et au Viêt Nam, où les restaurateurs déboursent environ 1 750 euros pour un animal.
Ce n’est pas tout : le physique atypique du pangolin fait de lui un objet de curiosité, qu’on s’offre dans toute l’Asie. En Afrique aussi, l’animal est un cadeau de luxe. On lui prête même des pouvoirs magiques. Glissées dans la poche, les écailles du petit mammifère protégeraient du mauvais œil…

Triste preuve de son succès : depuis 1990, sur les marchés africains, le prix du pangolin géant (Smutsia gigantea) a été multiplié par 5,8 et celui des espèces arboricoles (Phataginus sp.) par 2,3. Les auteurs de l’étude tirent la sonnette d’alarme : si des mesures de protection ne sont pas prises d’urgence, les espèces africaines connaîtront le même sort que leurs cousines asiatiques. Elles figurent d’ailleurs depuis 2015 sur la liste des animaux « vulnérables » de l’UICN.

National Geographic a publié en octobre 2017 une grande enquête sur la chasse aux trophées en Afrique, dont un extrait est disponible ici.

 

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